Contre l’offensive islamophobe

Refaire de l’antiracisme une lutte populaire

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Depuis plus d’une dizaine d’années, les thèmes racistes se sont imposés dans l’espace médiatique. Des gouvernements libéraux à l’extrême-droite, en France et en Europe, tous adhèrent plus ou moins ouvertement aux thèses complotistes de l’islamisation rampante et du « grand remplacement ».

Alors que le climat social reste tendu, et que les réformes antisociales annoncées ne vont certainement pas calmer la colère des travailleurs et travailleuses, Macron a tenté, le 16 septembre dernier, d’allumer un contre-feu en sortant le «  joker  » des marronniers politiques  : l’immigration. Il a déclaré devant les députés de son parti que ceux-ci devaient «  regarder ce sujet en face  », de ne pas être «  un parti bourgeois  », car «  les bourgeois n’ont pas de problème avec cela  : ils ne la croisent pas. Les classes populaires vivent avec.  ». Cette rhétorique démagogique de mépris des classes populaires, forcément racistes, va de pair avec un durcissement bien réel de la politique menée  : lois de plus en plus répressives, refus d’accueil des migrants, violence institutionnelle – notamment en centre de rétention administrative – poussant à la multiplication des suicides, etc.

Réthorique démagogique et mépris de classe

Ce virage identitaire de Macron a coïncidé dans le temps médiatique avec la première «  Convention de la droite  », organisée par Marion Maréchal Le Pen. Ce nouvel outil idéologique, d’«  alternative au progressisme  », ayant pour objectif de franchir le maigre fossé entre «  droite républicaine  » et «  droite nationale  », a rassemblé, le 28 septembre, plus de 1 500 personnes. À la tribune, se sont succédé les discours les plus réactionnaires, basés sur les théories chères aux identitaires et autres néofascistes  : «  le grand remplacement  » et la nécessité de défendre la suprématie de l’homme blanc.

Zemmour, «  l’essayiste  » réac et raciste, s’y est particulièrement distingué en haranguant la foule avec des propos haineux appelant à peine à demi-mot à la ratonnade. Inédite par la virulence des discours tenus, cette convention le fut aussi par sa couverture médiatique, puisque retransmise en direct par LCI (propriété de Martin Bouygues) à une heure de grande écoute. C’est une nouvelle étape franchie dans l’acceptation de l’extrême droite et sa promotion par une partie des médias dominants, et derrière eux par leurs propriétaires. Malgré la violence de ses propos, Zemmour sera désormais présent quotidiennement sur Cnews, propriété de Bolloré.

Les théories racistes gagnent du terrain

La mise en place de gouvernements issus de l’extrême droite se généralise, avec partout comme moteur la xénophobie et toute la palette de la rhétorique raciste. Dernier exemple en date, la création par la Commission européenne d’un poste dédié à la «  migration et la protection du mode de vie européen  » témoigne de l’alliance de plus en plus prononcée entre le libéralisme économique et l’idéologie identitaire. Dans nos quartiers et dans nos vies, ces discours racistes se traduisent en actes. À côté de la violence permanente des autorités envers les groupes minoritaires et les sans-papiers, les racistes, qu’il s’agisse d’élus locaux ou de militants de base de l’extrême droite, multiplient les attaques.

L’humiliation sans vergogne d’une femme voilée le 11 octobre dernier dans le conseil régional de Bourgogne-Franche Comté, initié par un élu du Rassemblement national, a provoqué un déferlement de haine médiatique envers les musulmans et les musulmanes, notamment de la part du gouvernement (ministre de l’Éducation en tête). Cet événement servant encore une fois à l’expression de mesures discriminantes, à savoir l’interdiction des femmes voilées en sortie scolaire, plutôt qu’égalitaires. En France, l’attaque d’une mosquée à Bayonne par un ancien candidat FN le 28 octobre fait écho à la tuerie de Halle (Allemagne) le 9 octobre. Chaque événement de ce type rend compte de l’avancée de plus en plus inquiétante de l’hégémonie culturelle de l’extrême droite dans les élites.

Face à ces discours et ces actes, les luttes antiracistes restent pourtant dynamiques. Partout dans le pays, des milliers de personnes sont impliquées dans la solidarité concrète envers les réfugié·es, les personnes migrantes et les sans papiers. Les luttes pour les régularisations et contre les expulsions ont d’ailleurs repris de la vigueur, avec l’apparition des «  gilets noirs  » et l’éclatement de nouvelles grèves. Parallèlement, les comités contre les violences policières se renforcentet, depuis les manifestations de gilets jaunes, le rapport de domination violent des forces de l’ordre envers les jeunes racisés des quartiers populaires a enfin été reconnu et suscite une solidarité nouvelle, autour notamment du «  Comité pour Adama  ». Pour la première fois, ce 19 octo­bre, une manifestation contre l’islamophobie à Paris a rassemblé plusieurs milliers de personnes.

Construire le front commun

Pourtant, si ces luttes sont de plus en plus visibles, elles restent divisées, et peinent encore trop souvent à rassembler au-delà des cercles militants. On ne peut nier que des freins existent l’unification des luttes dans un mouvement antiraciste autonome. Le dévoiement par la droite et l’extrême-droite du principe de laïcité – historiquement défendu par la gauche et l’extrême-gauche – paralysant sur ces questions tout un pan du mouvement social durant la dernière décennie, élargissant les divisions et les oppositions, n’y est pas pour rien.

Aujourd’hui, comme l’a d’ailleurs inscrit l’UCL dans son Manifeste, l’islamophobie doit être reconnue comme les autres formes de racisme, tant elle constitue le pivot de la rhétorique identitaire. Par ailleurs, si la participation aux manifestations antiracistes est courante, une grande partie du quotidien de ces luttes se passe au sein des quartiers populaires, quartiers trop souvent délaissés par le militantisme traditionnel. Il est urgent que les organisations révolutionnaires réinvestissent le terrain des luttes concrètes et se positionnent en soutien efficace à celles-ci. Enfin, au-delà de la défense contre les actions racistes, il est grand temps de réaffirmer des positions fortes au sein du camp antiraciste et de leur articulation cohérente autour d’un changement radical de société  : liberté de circulation, liberté d’installation, accueil de toutes et tous sans conditions, abolition des frontières, égalité totale de toutes et tous…

Commission antifasciste de l’UCL, 1er Novembre 2019

 
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