8 mars 2025 : Une grève féministe, anticapitaliste et antifasciste

Cette année, le 8 mars est un samedi. La question de la grève effective des salariées se posera probablement avec moins d’acuité que ces dernières années. Pourtant, le travail du week-end est surtout une affaire de répartition genrée du travail, comme l’est encore la charge domestique. Ce 8 mars s’inscrit aussi dans un contexte idéologique marqué par des explosions réactionnaires, la promotion de l’asservissement, de l’impérialisme, de la haine et de la guerre. Cette année, notre grève sera féministe, anticapitaliste, antifasciste et solidaire !
Revendiquer des revalorisations salariales pour les métiers à prédominance féminine ou l’abrogation de la dernière loi sur les retraites reste d’actualité. Mais cette année, le 8 mars tombe un samedi et il semble important de faire un focus sur la question du travail des femmes le week-end et sur leur santé.
Les femmes peu qualifiées sont parmi celles qui pâtissent le plus du développement des horaires atypiques, en particulier du travail le samedi et le dimanche (services, commerces, soins...) [1]. Uberisation de l’économie et dérégulation du temps de travail font des femmes l’une des principales variables d’ajustement aux évolutions du capitalisme.
De plus, les horaires de travail atypiques se combinent souvent avec d’autres contraintes temporelles telles que les horaires irréguliers (variables d’un jour à l’autre), les journées discontinues (périodes de travail séparées d’au moins 3h) et les horaires imprévisibles (connus un jour à l’avance ou moins).
Ces conditions de travail sont particulièrement pénalisantes pour la santé et la qualité de vie des femmes concernées (fatigue exacerbée, somnolence diurne, troubles métaboliques, prise de poids, douleurs lombaires, tendance aux pratiques addictives, cancers).
En 2023, un rapport d’information du Sénat faisait l’état des lieux des maux invisibles de la santé des femmes au travail dont les répercussions sont encore largement méconnues et minimisées. De même, les difficultés associées à la santé sexuelle et reproductive sont encore sous-estimées voire ignorées dans le monde du travail. Il s’agit pourtant d’un enjeu de taille (endométriose et pathologies menstruelles incapacitantes, grossesses, PMA, ménopause).
Des inégalités genrées du travail à la maison
Souvent, l’inégalité de genre se double d’une inégalité sociale, avec un cercle vicieux entre précarité du travail, conditions de vie et mauvaise santé.
Dans les métiers du care, qualifiés d’essentiels pendant la crise sanitaire du Covid 19, on retrouve les secteurs salariés où travaillent majoritairement des femmes. Dans ces secteurs économiquement et identitairement disqualifiés, à faible niveau de qualification, à bas salaires, on s’occupe des autres et on se rend disponible pour cela. Ces métiers seraient finalement le prolongement soit-disant naturel du rôle social où les femmes sont assignées à la maison.
Car si le capitalisme profite de cette dévalorisation salariale et sociale, les hommes profitent directement des tâches domestiques effectuées majoritairement par les femmes, mais aussi du travail culturel, émotif, sexuel et reproductif (enfants et soins) qui y est associé. La charge mentale liée à la sphère privée ne s’ajoute pas simplement à l’activité professionnelle, elle conditionne des choix. Comme le travail salarié, le travail domestique touche à notre santé, bouffe nos espaces, notre temps et par conséquent notre capacité à résister [2].
Trouver du temps, résister, s’organiser et créer du commun
La grève est un moment important car on s’arrête. On s’arrête pour discuter, comprendre le monde qui nous entoure, se rencontrer, organiser nos espaces collectifs, renouer avec des combats communs.
Dans de nombreux endroits du monde, l’extrême-droite et l’ultra-libéralisme avancent, partout les effets du changement climatique s’accélèrent, les guerres se multiplient, les droits des personnes LGBTI et des femmes reculent. Les États-Unis de Trump sont l’un des exemples actuels les plus terrifiants. Dans ce contexte, les féministes appellent à combattre l’asservissement, le rejet et la haine qui s’installent car leur banalisation menace directement nos vies [3].
La création d’espaces collectifs de lutte, l’auto-organisation et la solidarité internationale sont nos meilleures armes.
Anne (UCL Montpellier)
LE PATRIARCAT EN CHIFFRES
→ Les femmes représentent 49 % de la population active.
→ 11 % des femmes salariées sont concernées par une maladie en lien avec le travail.
→ La souffrance psychique en lien avec le travail est deux fois plus élevée chez les femmes que chez les hommes.
→ 3 femmes sur 5 déclarent des douleurs liées aux troubles musculo-squelettiques.
→ 20 % des femmes ont subi au moins un fait de violence (agression, harcèlement, VSS) dans le cadre du travail.
→ 50 % des travailleuses sont cantonnées dans 10 professions sous payées dites féminisées.
→ Elles ont 40 % de retraites en moins que les hommes.
→ 82 % des personnes travaillant à temps partiel sont des femmes.
→ Le salaire moyen des femmes est de 22 % inférieur à celui des hommes.
→ ⅔ du travail domestique est réalisé par des femmes.
→ 80 % de femmes (majoritairement de plus de 50 ans, le plus souvent racisées et en situation précaire) travaillent dans des professions du nettoyage et sont quotidiennement exposées à au moins 7 produits cancérigènes.
→ Plus de 80 % de femmes exercent les métiers d’infirmière, aides soignantes, aides à domicile, etc. Cela implique un port répétitif de charges dépassant la norme autorisée de 25 kg, des horaires atypiques et du travail de nuit, des exigences émotionnelles et organisationnelles fortes.






