Ecologie

Agro-industrie : Stop pesticides, dénoncer un problème global




Le 3 octobre 2026, les collectifs Cancer colère, le Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’ouest, les Soulèvements de la Terre et la Confédération paysanne appellent à une mobilisation massive dans le cadre de leur campagne contre l’industrie des pesticides. La manifestation ciblera un site de production de Syngenta à Saint-Pierre-la-Garenne dans l’Eure (27) entre Rouen et Paris. La mobilisation contre les industries mortifères aux pratiques néocoloniales est plus qu’urgent et importante !

Le 3 octobre 2026, les collectifs Cancer colère, le Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’ouest, les Soulèvements de la Terre et la Confédération paysanne appellent à une mobilisation massive dans le cadre de leur campagne contre l’industrie des pesticides. La manifestation ciblera un site de production de Syngenta à Saint-Pierre-la-Garenne dans l’Eure (27) entre Rouen et Paris. La mobilisation contre les industries mortifères aux pratiques néocoloniales est plus qu’urgent et importante !

L’actualité est marquée par de nouveaux assauts de classe politique contre la régulation des intrants chimiques en obéissant à ce que les représentants de l’agro-industrie lui murmurent à l’oreille. En juillet, la loi d’urgence agricole est ainsi adoptée à l’assemblée. Soutenue par une alliance droite/extrême droite, celle-ci favorise, entre autres, élevages intensifs et dispositifs d’accaparement de l’eau (type méga-bassine). Mais elle prévoit aussi la réintroduction de pesticides interdits, notamment l’acétimipride qui avait cristallisé les oppositions contre la loi Duplomb l’an dernier.

C’est dans ce contexte d’attaques répétées contre la modération des produits dangereux depuis plusieurs années que la mobilisation des victimes des pesticides s’organise peu à peu. Des collectifs comme Cancer colère se joignent aujourd’hui au Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest (CSVPO) pour politiser la question et pointer du doigt un problème grave de santé publique. En effet, selon les données de Santé publique France, le nombre de cancers a doublé entre 1990 et 2020. Le rallongement de l’espérance de vie ne suffit pas pour l’expliquer, si l’on prête attention à l’explosion de certains cancers pédiatriques (avec des traitements peu adaptés). Pour les chercheurs et chercheuses, l’hypothèse la plus convaincante est alors liée à l’environnement et met nécessairement en cause la question des pesticides comme des facteurs d’empoisonnement.

Le nombre de malades du cancer en France a doublé entre 1990 et 2023 selon Santé publique France.
Crédits : Laura Arias

Ce travail de coordination s’inscrit aujourd’hui dans la construction d’une campagne encore plus large à laquelle se joignent la Confédération paysanne et les Soulèvements de la Terre, et qui cherche à dépasser le clivage ­entre agriculteurs et agricultrices « coupables » et société civile « victime ». Même si le sujet est encore parfois tabou pour les agriculteurs et agricultrices, eux et elles et leur famille sont dans les populations les plus exposées aux empoisonnement par les intrants. Ils et elles sont prises en étau par d’un côté les risques que les intrants font courir sur leur santé et de l’autre, la contrainte à leur utilisation pour rester concurrentielles sur un marché mondialisé. La question des pesticides manifeste ainsi toute la pression exercée par le capital sur la classe agricole. La prédation capitaliste sur l’agriculture paysanne qui lui précédait a imposé progressivement un modèle rationnel qui a pour principales conséquences l’appauvrissement des sols et la vulnérabilité des cultures (notamment à cause de la monoculture). Pour maintenir un gain de productivité croissant, le capital a conduit la production agricole à s’industrialiser et donc avoir recours à la mécanisation et à l’introduction de produits chimiques. L’agro-industrie est aujourd’hui complètement dépendante des intrants pour fonctionner et les entreprises de production des intrants chimiques sont des acteurs puissants de la classe capitaliste agricole. Leur pouvoir d’influence est grand  : lobbyisme, relais auprès des principaux représentants de la FNSEA par exemple. Pour ­toutes ces raisons, la stratégie de cette campagne est d’instaurer un rapport de force contre les firmes de la chimie. Une stratégie unitaire qui a pour vocation de rallier le plus largement possible la classe agricole et la société civile.

Pourquoi se mobiliser le 3 octobre ?

Le 3 octobre, la cible est un site de production de l’entreprise Syngenta, une des plus puissantes firmes de production de pesticides. Syngenta incarne ce capitalisme prédateur qui fragilise l’agriculture paysanne et entretient une dépendance structurelle aux intrants chimiques Elle est implantée dans plus de 90 pays, dans lesquels elle exerce une logique prédatrice et coloniale empoisonnant sans scrupule les pays du Sud comme le Brésil. Pays dans lesquels Syngenta fait usage de procédés mafieux et d’une violence inouïe  : assassinat de paysans et paysannes opposantes par une milice privée au Brésil, répression syndicale, licenciements abusifs. Ce colonialisme est caractéristique de l’industrie qui produit massivement en Europe des produits destinés aux pays du sud, quand bien même ceux-ci sont interdits à la vente et à la production sur notre sol. Le site de Saint-Pierre-la-Garenne, Syngenta, produisait ainsi jusqu’en 2023 de quoi faire du Thiamémoxame (insecticide néonicotinoïde interdit en France depuis 2018) et l’exportait en Amérique du Sud en profitant d’une faille de la loi EGALIM (restriction européenne). Syngenta est aussi associé, depuis son rachat par le conglomérat ChemChina, à ADAMA, une entreprise de pesticides israélienne qui a fourni des produits au régime sioniste pour sa guerre coloniale. Pour toutes ces raisons, une coordination internationale a été amorcée et des actions auront lieu le 3 octobre dans une dizaine ­d’autres pays.

Le site visé dans l’Eure n’est pas en reste sur la façon de traiter ses salariées. La moitié des 150 salariées du site de Saint-Pierre-la-Garenne a assigné l’entreprise en justice. En cause, le fait que cette dernière refuse maintenant de rémunérer le temps de douche après-service (pourtant obligatoire pour des raisons de sécurité) comme du temps de travail. Syngenta comme les autres sont les véritables ennemis de notre classe toute entière. Les désigner comme tels nous permet de construire un champ de lutte commun entre agriculteurs, agricultrices, ouvriers, ouvrières et malades civiles. En novembre dernier, lors de l’action contre BASF, un rapprochement avec certains ouvriers et ouvrières syndiquées sur le site avait donné lieu à un soutien de Sud Chimie. La fédération, investie sur le sujet, devrait appeler à soutenir la mobilisation d’octobre.
Pour les militants et militantes révolutionnaires, il est plus que nécessaire de soutenir toutes les initiatives de construction d’un dialogue avec les ouvriers et ouvrières de la chimie. Une initiative qui ne pourra que renforcer le rapport de force entamé par la lutte contre les pesticides, car seule une remise en cause du pouvoir du capital sur l’agriculture pourra amorcer un changement de modèle.

Sol (UCL Caen)


Manifestation le 3 octobre à Saint Pierre la Garenne.
Départ à 12h depuis Gaillon.
Possibilité de dormir sur place la veille et le soir même.
Infos sur  : Stop-syngenta3oct.com

 
☰ Accès rapide
Retour en haut