Anti-tech : Contre la confusion dans nos mouvements !

Le mouvement anti-tech prétend apporter une analyse environnementale de nos sociétés capitalistes. En réalité, c’est plutôt la confusion qui règne dans cette approche, faisant la part belle aux dérives vers l’extrême droite. Développer certaines technologies ainsi que des connaissances scientifiques sont des enjeux vitaux : au lieu d’y voir une machination manipulatrice, saisissons-nous des moyens de leur production. Une analyse du mouvement anti-tech en quatre parties dont nous publions la première ici.
Le milieu écologiste actuel est traversé par une diversité de sensibilités, de stratégies et d’analyses, allant des approches les plus compatibles avec le capitalisme « vert » jusqu’aux idées les plus radicales en rupture avec le monde industriel et la science moderne, avec les courants anti-tech. S’inscrivant souvent dans une critique de la modernité, de la technologie et de la science, le mouvement anti-tech propose une rupture nette avec les outils techniques et les structures industrielles qui caractérisent nos sociétés modernes.
Ce courant repose sur deux constats centraux. D’une part, la technologie est vue comme le vecteur principal de l’exploitation de la nature : c’est par elle que les humains extraient, transforment, consomment et dégradent l’environnement. D’autre part, ces technologies profitent avant tout à une minorité dominante, souvent la classe capitaliste bourgeoise, consolidant des rapports de pouvoir entre humains (classes sociales, rapports Nord global/Sud global, patriarcat, racisme, etc.).
Partant de ces deux éléments, les anti-tech en déduisent que la suppression des technologies mènerait à l’effondrement des rapports de domination : plus de machines, donc plus d’exploitation, ni de la nature, ni des humains. Dans cette optique, le retour à des modes de vie préindustriels devient un horizon désirable.
Cependant, cette critique radicale repose souvent sur une posture de privilège social : ce sont en majorité des hommes blancs d’Occident qui fantasment un retour à la nature, à la « vie simple ». Leur analyse évacue les conditions matérielles d’existence de la majorité de la population, pour qui la technologie, bien qu’insérée dans des rapports de domination, est un levier d’émancipation (accès aux soins, à l’information, à l’énergie, etc.). Ainsi, à travers la figure du « paysan qui retourne à la terre », ce sont les discours essentialisants qui s’imposent, banalisant alors transphobie, misogynie et racisme.
Cette posture anti-tech soulève un paradoxe en prétendant abolir la domination tout en niant les rapports matériels qui conditionnent les inégalités. Le rejet des infrastructures modernes peut aggraver les inégalités existantes et renforcer les dominations contre lesquelles ces courants prétendent lutter.
Autre point de vigilance : la confusion fréquente entre critique de la technique et rejet de la science. Si la technoscience actuelle mérite une critique politique et sociale, le rejet en bloc de la démarche scientifique ouvre parfois la porte à des formes de relativisme, voire à des dérives anti-scientifiques dangereuses (telles que le complotisme).
Le problème n’est pas la technologie en tant que telle, c’est qu’elle est dans les mains du capital qui l’utilise pour faire du profit avant de rechercher l’amélioration des conditions de vie de tous et toutes. N’oublions pas que cette science et cette technologie sauvent des millions de personnes par la médecine ou l’accès à des ressources vitales mais qu’il est nécessaire de les orienter et de décider collectivement de leur usage par les populations.
Ce confusionnisme pose problème en empêchant de penser une écologie politique informée, capable d’articuler savoirs scientifiques et luttes sociales. Plutôt que de jeter la science avec la technique, construisons une critique située des usages technologiques dans un cadre démocratique. Le rejet de la science par une partie des anti-tech renforce nos ennemis de classe et fait la part belle à toute la mouvance complotiste.
Red Coal (UCL Grenoble)





