Assassinat d’Ismaël Haniyeh : Ni génocide, ni guerre régionale, stopper la mécanique coloniale

Samedi 10 août, une frappe israélienne visant l’école Al Tabai’een dans l’est de Gaza a ôté la vie à plus d’une centaine de personnes. L’État colonial israélien témoigne par cette opération de sa volonté forte de continuer son entreprise génocidaire, ciblant des lieux où les déplacées sont concentrées, notamment dans une école à l’heure d’affluence de la prière. Et l’assassinat d’Ismaël Haniyeh, principal responsable des négociations de cessez-le-feu côté palestinien, par l’armée israélienne, confirme la volonté d’Israël de poursuivre son entreprise de destruction.
Dans les premiers mois du génocide, le décompte du ministère de la Santé de Gaza permettait d’avoir un bilan du nombre de personnes mortes identifiées dans les hôpitaux, même s’il était largement sous-estimé car il ne comptait pas les personnes qui n’avaient pas été retrouvées sous les décombres ou les victimes indirectes des bombardements. Mais une des dimensions du génocide est la destruction systématique de toutes les infrastructures de la bande de Gaza : écoles, hôpitaux, universités, immeubles d’habitation, etc. Dès lors, tous les bilans chiffrés sont rendus impossibles : le 5 juillet, une lettre publiée dans la revue scientifique The Lancet estimait à 186 000 morts le bilan probable du génocide, alors que 5 jours plus tard, le bilan officiel du ministère de la Santé s’élevait à 38 300. Le 16 juillet, la polio, maladie extrêmement grave qui provoque notamment des paralysies, était détectée à Gaza. Alors que l’Organisation des Nations unies (ONU) estime qu’il faudrait au moins deux campagnes de vaccination massives pour faire face à la maladie, la destruction totale du système de santé de Gaza rend cet objectif irréalisable. Dans le même temps, Israël continue de bloquer les arrivées de nourriture et la bande de Gaza est toujours au bord de la famine.
À la campagne d’assassinat de masse et de destruction de tout ce qui permet aux Palestiniennes et Palestiniens de Gaza de survivre, s’ajoute la mise en place d’un système concentrationnaire, que nous décrivions dans le dernier numéro d’Alternative libertaire [1]. Depuis ce dernier article, un rapport de l’association israélienne de défense des droits humains B’Tselem et une vidéo insoutenable où des soldats de Tsahal violent un détenu Palestinien ont été publiées. L’attention a été enfin attirée sur ce système de torture de masse provoquant des manifestations de fascistes israéliens pour soutenir les violeurs ! Les viols dans les prisons sont justifiés par la lutte contre le « terrorisme », malgré le caractère totalement arbitraire des enfermements. Les assassinats ciblés revendiqués par Israël ne sont rien d’autre que la continuation de cette stratégie génocidaire.
Le 31 juillet Ismaël Hanyieh, dirigeant principal du Hamas, est assassiné par Israël alors qu’il était en visite à Téhéran. Plus tard dans la journée c’est Ismaël Al-Ghoul, célèbre journaliste dans la bande de Gaza, qui est tué par une frappe sioniste. Par ces actes, l’État israélien témoigne de sa volonté non seulement de détruire toute expression de la résistance du peuple palestinien, mais aussi d’abattre les négociateurs et de supprimer toute source d’information sur les massacres en cours. Avant octobre 2023, ce qui pouvait distinguer Gaza d’un camp de concentration était l’immense tissu social que les Palestiniennes et Palestiniens y entretenaient, prouvant une fois de plus au monde qu’ils et elles étaient un peuple qui continuait à tenir tête à l’occupant, même après 75 ans de colonisation et de massacres. Que ce soit à travers des meurtres de masse ou des assassinats ciblés, réduire à néant ce tissu social qui fait la force de la résistance du peuple palestinien est un pilier de la stratégie coloniale et génocidaire de l’État sioniste.
Le 30 juillet c’était Fuad Shukr, commandant en chef du Hezbollah, qui était assassiné à Beyrouth. Ce meurtre faisait soi-disant suite à la frappe qui a touché le village de Majdal Shams dans le plateau du Golan, lui aussi sous occupation israélienne. Cette frappe a ôté la vie à 12 personnes. Le Hezbollah, pourtant coutumier des attaques revendiquées, a ici nié toute responsabilité. L’État d’Israël a créé un narratif qui fait des habitantes et habitants du plateau des israéliennes et israéliens alors qu’ils et elles ont toujours refusé ce qualificatif. Ces personnes sont en réalité sous occupation coloniale et cela témoigne une fois de plus de sa volonté d’escalade par tout les moyens.
Le risque de guerre régionale se rapproche encore
Le meurtre d’Haniyeh, commis sur le territoire iranien, fait aussi peser le risque d’une guerre régionale impliquant Israël et l’Iran. Cette nouvelle provocation rapproche encore la région d’une escalade guerrière qui ouvrirait un front supplémentaire, en plus du Sud-Liban. En réaction, l’impérialisme américain s’est contenté d’assurer Israël de son soutien afin de « se défendre ». Les appels hypocrites de Joe Biden et Kamala Harris au cessez-le-feu, rendus nuls et non avenus par la poursuite des envois massifs d’armes aux génocidaires, ne suffisent pas à dédouaner les États-Unis de leur complicité : ni génocide ni guerre régionale ne seraient possibles sans l’appui américain.
En assassinant Haniyeh, l’État d’Israël tue un des principaux négociateurs et réaffirme ainsi son opposition à toute véritable proposition de cessez-le-feu. En plus d’être en soi inacceptable, cet assassinat est un coup porté aux Palestiniennes et Palestiniens de Gaza mais aussi aux otages israéliens et israéliennes. L’État d’Israël prétend se soucier des otages. En réalité, c’est lui qui les met en danger en les soumettant directement aux bombardements et à la famine imposés à toute la bande de Gaza ainsi qu’en torpillant toutes les négociations pour leur libération. La propagande israélienne prétend aussi que ce serait le Hamas qui, en refusant les propositions israéliennes évidemment inacceptables ou en boycottant certains des sommets, s’opposerait au cessez-le-feu. Ne soyons pas dupes de ces instrumentalisations. C’est bien Israël qui porte l’entière responsabilité de la poursuite du génocide, et non les groupes de résistance palestiniens.
Il y a urgence à stopper l’engrenage colonial israélien, à mettre fin au génocide et à soutenir le peuple palestinien qui résiste à son anéantissement par tous les moyens dont il dispose. Nous devons nous tenir à ses côtés en luttant contre la complicité de notre propre impérialisme. Le boycott des entreprises israéliennes complices, la lutte syndicale et politique contre les envois d’armes et pour des sanctions internationales, ne peuvent pas attendre. Le génocide se poursuit en Palestine, la lutte doit continuer !
Lou H (UCL Grenoble) et Daniel (UCL Lyon)





