Antipatriarcat

Avortement : En Europe, bientôt des sous pour avorter dans un autre pays




L’initiative « Ma voix, mon choix », pour un avortement sûr et accessible en Europe, a été approuvée par le Parlement européen. Ce qui n’engage à rien.

La procédure d’initiative citoyenne européenne (ICE) est vendue comme la possibilité d’agir sur la législation européenne en obtenant un million de signatures de 7 pays différents. Mais c’est un leurre : si un texte atteint le million de signatures, la commission européenne doit décider d’une action à entreprendre, qui ne sera pas forcément une modification de la législation.

L’initiative qui nous intéresse s’appelle « Ma voix, mon choix ». C’est un appel en faveur d’un mécanisme de solidarité volontaire financé par l’Union européenne (UE) pour les soins liés à l’avortement des femmes n’y ayant pas accès de façon sûre et légale dans leur pays de résidence. Ce qui signifie selon l’initiative : de l’argent donné volontairement par des États (et l’Europe) « aux États membres qui seraient en mesure de réaliser des interruptions de grossesse pour toute personne en Europe qui n’aurait toujours pas accès à un avortement sans danger et légal ». Elle a recueilli 1,2 million de signatures entre avril 2024 et avril 2025.

Lors de l’audition publique au parlement européen mi-décembre, les députées ont approuvé l’initiative à 358 voix pour, 202 voix contre et 79 abstentions. C’est-à-dire qu’ils et elles demandent à la commission européenne de créer ce mécanisme financier.

Le texte [1] cite toutes les conventions et résolutions du parlement européen sur l’avortement (dont celle de 2024 demandant l’inscription du droit à l’avortement dans la charte des droits fondamentaux) démontrant le nombre de mesures existantes déjà insuffisamment appliquées. Sur les vingt « considérant » – principes admis rappelés en amont des textes – qui suivent, deux méritent une attention particulière. L’un explique : « considérant […] que la majorité des femmes qui avortent ont déjà des enfants, sont mariées ou dans une relation stable, ou ont recouru à un moyen de contraception », faisant dangereusement écho aux discours sur les « abus » d’avortements. L’autre dit : « considérant que seules les femmes biologiques peuvent tomber enceintes et avoir des enfants ». Fort heureusement, aucune position n’est prise en conséquence de ce point, juste un petit rappel transphobe pour le plaisir ? Ou la trace d’une UE qui cède à l’extrême droite ?

Enfin, le cœur du texte énonce : « [Le Parlement européen] invite la Commission, comme le propose l’ICE “My Voice, My Choice”, à mettre en place un mécanisme de solidarité, ouvert à la participation des États membres volontaires et doté d’un soutien financier de l’Union, sans ingérence dans les lois et réglementations nationales ; prie la Commission de présenter une proposition visant à apporter un soutien financier aux États membres qui proposent un avortement sûr, conformément à leur droit national, à toute personne résidant dans l’Union qui n’a toujours pas accès à un avortement sûr et légal. »

Après bientôt 2 ans de procédure de cette initiative citoyenne européenne, on attend à présent la réponse de la commission européenne qui devrait détailler ce qui sera concrètement mis en place (ou pas).

Pour patienter on peut lire l’interview [2] de la militante féministe Consuelo Catalá et recopier cette citation : « L’avortement est une insoumission absolue au mandat prioritaire de la société patriarcale. »

Christine (UCL Sarthe)

[1«  My Voice, My Choice : pour un avortement sans danger et accessible  », Résolution du Parlement européen, 17 décembre 2025.

[2Catala Consuelo, «  L’Avortement est une insoumission absolue au mandat prioritaire de la société patriarcale  », Medfeminiswiya, 2 janvier 2026.

 
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