Boxe : La police du genre frappe à nouveau

Tous les prétextes sont bons pour tenter de contrôler nos genres et nos corps : les Jeux olympiques sont à chaque cession une occasion particulièrement prisée de le faire. Ceux de Paris 2024 n’ont pas échappé à la règle, permettant à l’offensive transphobe actuelle d’obtenir une médiatisation puissante.
On commence à s’y habituer : chaque mois, nous avons droit à une nouvelle panique morale transphobe. La dernière en date est celle qui a visé Imane Khelif, boxeuse algérienne médaillée d’or aux JO dans sa catégorie.
Alors qu’elle disputait son match contre l’italienne Angela Carini, cette dernière a abandonné après quelques secondes de combat. L’épisode aurait été vite oublié, s’il n’avait pas déclenché une intense vague de cyber-harcèlement visant la boxeuse algérienne et l’accusant d’être un homme.
Les sphères d’extrême droite se sont empressées de crier au scandale, appuyées par des personnalités connues pour leurs positions transphobes comme J. K. Rowling et Elon Musk ou des figures politiques telles que Trump ou Meloni.
Mais pourquoi ces attaques ? Pour le comprendre, revenons un peu en arrière. Lors des championnats du monde amateurs de 2023, l’International Boxing Association (IBA) décide de disqualifier Imane Khelif ainsi que la Taïwanaise Lin Yu-ting sous prétexte que ces deux athlètes avaient échoué à passer des tests supposés établir leur genre. Cependant, l’IBA n’est plus reconnue par le Comité international olympique à la suite de plusieurs scandales de corruption, et ses prétendus tests de féminité reposent sur une vision essentialiste. Pour cette fédération, on est homme ou femme en fonction de son patrimoine génétique, point. Cette conception ne prend pas en compte la complexité de nos genres et de nos corps : on peut très bien être une femme et ne pas présenter une combinaison de chromosomes XX
Par le passé, d’autres athlètes ont vu leur participation aux compétitions féminines remises en question. C’est le cas de Caster Semenya en 2009 ou encore Dutee Chand en 2015, deux coureuses hyper-androgènes, produisant plus de testostérone que la moyenne des femmes. Ces athlètes ont en commun avec Khelif et Yu-ting le fait d’être des personnes racisées. Toutes, à leur façon, ne correspondent pas aux normes de genre élaborées sur des critères occidentaux.
Elles aussi trouble-fêtes du genre, les femmes trans ont été interdites de participation lors de ces JO, y compris celles dont les taux de testostérone se situent dans les seuils autorisés. Pourtant, aucune étude à l’heure actuelle ne prouve qu’une femme trans hormonée depuis plusieurs années bénéficierait d’un avantage physique. Leur exclusion des compétitions se fait sur la base de préjugés sexistes et non de faits scientifiques.
Imane Khelif aura été sauvée par le fait d’être une personne cis, assignée femme à la naissance. De plus, le secret médical concernant ses chromosomes ou ses taux hormonaux n’a pas été levé.
L’opinion publique s’est donc finalement tournée en sa faveur, lui accordant diligemment le statut de femme véridique. Cette histoire illustre bien la vision de la féminité entretenue par notre société patriarcale : alors qu’un homme se verra encensé pour ses capacités hors-normes, une femme se doit d’être blanche, cis, dyadique [1]… et bien sûr, de ne pas briller plus que ses homologues masculins.
Johanna (UCL Finistère)





