Politique

Budget 2025 : La dette publique n’existe pas




Le trou dans le budget de l’État, c’est comme le « trou de la Sécu » : ça n’existe que parce que les capitalistes le veulent. Et c’est en fait un minuscule trou de souris, à l’échelle des montagnes d’argent qu’ils et elles détournent ‒ légalement ou non ‒ pour les entasser sur des comptes offshore, dans des paradis fiscaux. Les conséquences, ce sont les classes populaires qui allaient les payer : Barnier, récemment renversé, voulait imposer 40 milliards de coupes budgétaires dans les services publics, déjà en grande souffrance et en sous-effectif.

Il n’y a plus de sous ! Faut se serrer la ceinture ! En octobre, le gouvernement Barnier avait proposé un choc d’austérité d’une violence inédite : 40 milliards de coupes dans les dépenses pour les services publics, pour seulement 20 milliards de hausse « provisoire » d’impôts pour les plus riches et les entreprises. Faute de majorité parlementaire pour le voter, ce projet de budget aurait pu passer tel quel, à la faveur d’un mécanisme constitutionnel d’urgence.

60 milliards à trouver : même pas la moitié de la fortune de Bernard Arnault.
PHOTOTHÈQUE ROUGE / MARTIN NODA / HANS LUCAS

Mais d’où vient ce trou de 60 milliards d’euros dans la caisse de l’État ? Ni soudain, ni imprévisible, il a une cause structurelle et une cause conjoncturelle.

La cause structurelle, c’est l’autoréduction d’impôts que les capitalistes s’octroient en permanence. L’Observatoire européen de la fiscalité a évalué qu’entre 2015 et 2020, chaque année, 15 % à 20 % de l’impôt dû par les grandes entreprises avait disparu dans des paradis fiscaux. En 2017, l’économiste Gabriel Zucman avait chiffré l’évasion fiscale à entre 80 et 100 milliards d’euros chaque année en France. Soit, sur 2007-2022, un déficit cumulé théorique de 1 200 à 1 500 milliards d’euros qui sont allés s’entasser sur des comptes offshore au lieu de financer les hôpitaux, les écoles, la transition écologique…

Cadeaux au patronat

La cause conjoncturelle, ce sont les cadeaux, réductions et exonérations faites aux plus riches et aux entreprises. Car les États préfèrent légaliser une partie de l’évasion fiscale, n’ayant aucune intention de la juguler.

Ça a été une politique constante sous les présidences Sarkozy, Hollande et Macron. Un beau continuum capitaliste, par-delà les étiquettes politiciennes. L’Institut des politiques publiques et l’agence France Stratégie ont ainsi évalué qu’entre 2007 et 2022, ces cadeaux avaient représenté un manque à gagner, cumulé, d’environ 160 milliards d’euros pour le budget de l’État.

Rappelons les principales étapes de ce pillage : réduction de l’impôt sur les successions et « bouclier fiscal » pour les plus fortunés en 2007, défiscalisation des heures sup’ en 2007, réduction de la taxe professionnelle en 2010, de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) en 2011, Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en 2013, réduction de l’impôt sur les sociétés (IS) en 2014, exonération fiscale pour les startups en 2014, nouvelle réduction de l’IS en 2017, « flat-tax » de 30 % sur les revenus du capital en 2018, remplacement/réduction de l’ISF en 2018.

Une évasion fiscale titanesque

Et encore, on ne parle ici que de fiscalité, qui grève le budget de l’État. Il faut y ajouter les nombreuses réductions de cotisations sociales et patronales qui, elles, tarissent le financement de la Sécurité sociale.
On peut citer les exonérations de 2003 et 2007 sur les bas salaires, le fameux CICE de 2013, dont les exonérations ont été pérennisées en 2019, les exonérations sur les heures sup’ en 2007 et 2019, les exonérations dans certains secteurs (hôtellerie-restauration) en 2020…

Conclusion : les 60 milliards d’euros manquants s’expliquent par une évasion fiscale titanesque que l’État, au service des capitalistes, légalise. C’est un choix de classe, mais c’est aussi un choix idéologique de dire qu’il faut que ce soit la grande masse de la population qui se serre la ceinture pour ne surtout pas redistribuer les richesses.

Des luttes locales en perspective

Ce budget 2025, c’est un pas de plus vers le néolibéralisme. C’est-à-dire que ce n’est pas « moins d’État ». C’est moins de services publics, mais c’est plus d’État-matraque, plus d’État impérialiste, qui va continuer à faire diversion en jetant la suspicion sur la minorité musulmane, en réprimant les écologistes, les travailleuses et les travailleurs en lutte.

Toutes ces coupes budgétaires ne seront pas sans conséquences : elles vont impacter durement les populations, qui se soigneront moins, auront accès à des services publics dégradés ; elles vont accélérer la crise du recrutement chez les enseignantes et les infirmieres ; elles vont appauvrir les communes rurales et semi-rurales ; elles vont freiner la transition vers la sobriété énergétique.

Pour l’instant, tout cela peut sembler abstrait pour la masse de la population. Mais bientôt, elle sera confrontée à des conséquences localement très concrètes. Des luttes collectives surgiront pour empêcher la fermeture d’un hôpital, d’une maternité, d’une école. C’est la multiplication de ces luttes locales qui contraindra l’État, même s’il ne l’avouera pas, à reculer sur les coupes, et à prendre la richesse là où elle est. L’UCL en sera !

Guillaume Davranche (UCL Montreuil)


+56 % DE CRÉDITS MILITAIRES EN HUIT ANS

Les coupes budgétaires annoncées auraient impacté en premier lieu :

– l’Éducation nationale, avec 4 000 postes d’enseignantes supprimés principalement dans les écoles maternelles et élémentaires ;

– la santé, avec moins de remboursements par l’assurance-maladie sur les arrêts maladie, les consultations médicales, encore des suppressions de lits… ;

– la Justice, qui aurait vu son budget amputé de 500 millions d’euros ;

– les communes et autres collectivités territoriales, qui auraient perdu 5 milliards d’euros de financement ;

– la transition écologique avec la division par 2,5 du fonds vert pour les collectivités territoriales, la réduction des aides à la rénovation énergétique, la suppression du plan vélo, la baisse du budget de la sécurité routière… Autant de mesures qui reviennent à aggraver les déficits à moyen terme, puisqu’elles allaient empêcher des économies d’énergie et des gains en santé publique.

En revanche, le budget de la police n’était pas touché, et celui de l’armée progressait encore de 3 milliards d’euros, pour atteindre 50,5 milliards. Entre 2017 et 2025, les crédits militaires ont augmenté de 56 %, selon le ministère de la Défense nationale.

 
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