Chroniques du travail aliéné : Marine*, cheffe d’établissement de bains

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La chronique mensuelle de Marie-Louise Michel (psychologue du travail).


<titre|titre="On m'a demandé d'être Madame Karcher">

J’ai été nommée cheffe d’établissement de bains. Je devais « rénover une grande maison », c’est-à-dire que je suis devenue directrice de la piscine municipale. Je faisais suite à un collègue qui avait « fermé » les prises de décisions, il faisait tout, tout seul et achetait le silence du personnel en les payant 10 heures pour 4 heures effectuées, il laissait les gens partir avant l’heure.

Il fallait, le chef du personnel de la mairie me l’avait bien dit, que j’« ouvre », que j’ôte le couvercle et que je remette les gens au travail. L’ancien directeur n’avait pas d’horaire, c’était « sa » piscine depuis trente ans, il y vivait presque. J’ai mis en place de l’aquagym, ça a très bien marché, mieux que les cours de natation, il y a 300 personnes en liste d’attente... Ils l’ont mis en retraite mais je le dérange encore parce qu’il reste président du club, alors je lui demande de tout écrire, tout noter, ce n’est pas en se tapant dans le dos qu’on fait de la gestion, je compte tout, je vérifie tout. Avec moi c’est fini les pirouettes dans les douches entre les membres du personnels, les passes droit, les horaires de complaisance. Je sanctionne tous les aménagements, même si ce sont les gosses des élus, placés là pour travailler pendant leurs études.

Ça fait des histoires sans fin, je me fais engueuler pendant des heures au téléphone, ils essaient de m’intimider. Je suis en train de me brouiller avec tout le monde au fur et à mesure. On m’a bien demandé d’être « Madame Karcher » mais je ne suis pas soutenue autant que je le croyais. Je ne comprends pas.

*Seul le prénom est modifié, le reste est authentique.

 
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