Chronopost Alfortville : La combativité des travailleuses et travailleurs sans-papiers

Depuis le 7 décembre 2021, devant l’agence Chronopost d’Alfortville dans le Val-de-Marne, près de 200 travailleuses et travailleurs sans-papiers tiennent un piquet de grève et de lutte pour exiger leur régularisation. Ils n’ont désormais que des fins de non-recevoir de la part de la préfecture, qui table désormais sur la répression.
Face à l’État pour maintenir les ressources essentielles. Trente-deux mois de lutte ! Les 18 grévistes Chronopost ont multiplié les manifestations, rassemblements, courriers en direction de l’entreprise et de sa maison mère (le groupe La Poste) ainsi qu’auprès des sous-traitantes [1]. Ils et elles ont agrégé autour d’elles et eux des dizaines de travailleuses et travailleurs sans-papiers d’autres entreprises mais aussi des grévistes d’une précédente lutte menée en 2019 qui n’avaient pas obtenu la régularisation. SUD PTT, l’union départementale Solidaires 94 et le collectif des travailleuses et travailleurs sans-papiers de Vitry les soutiennent.
Dans les chantiers d’exploitation pour le tri et la manutention des colis, le système de sous-traitance en cascade est aggravé par les lois xénophobes et racistes. La Poste est la maison mère de Chronopost, qui sous-traite à Derichebourg, qui sous-traite à son tour les embauches à une agence d’intérim : « Derichebourg intérim ». Côté cadre légal, les droits des étrangères et des étrangers sont régulièrement rabotés : l’adoption de la loi Darmanin « asile immigration » en janvier dernier, avec les voix du RN, a mis toujours plus les travailleuses et travailleurs migrantes à la merci du patronat !
Et en effet les employeurs des grévistes ont toujours refusé de reconnaître les avoir embauchées et exploitées, ils refusent de leur donner les documents exigés pour leur régularisation. Pourtant, La Poste a été condamnée le 5 décembre 2023 par le Tribunal Judiciaire de Paris pour non-respect de son devoir de vigilance sur l’utilisation de la sous-traitance.
Les grévistes se sont également adressées à l’État, seul détenteur du pouvoir de régulariser et par ailleurs principal actionnaire du Groupe La Poste donc donneur d’ordre et exploiteur en chef.
Refus de recevoir les déléguées, renvoi de balle entre ministères et préfecture, manœuvres pour tenter de diviser ou disperser les travailleurs et travailleuses en lutte... Depuis le début de la lutte, la préfecture du Val-de-Marne n’a accepté de recevoir que 32 dossiers, et n’a accordé que quinze régularisations, dont quatre pour les grévistes Chronopost. La situation semble bloquée.
Manifestations interdites
Le vendredi 9 août, la préfecture interdit la manifestation : toute la police du Val-de-Marne est mobilisée pour les Jeux Olympiques et Paralympiques, dit-elle... alors qu’aucune épreuve n’a lieu dans le département. Ce qui ne l’a pas empêchée de déployer pas moins d’une cinquantaine de policiers, plusieurs véhicules, des personnelles en civils sur le lieu de départ.
Le mardi 27 août, la préfecture a émis une nouvelle interdiction de manifestation. Mais elle a été immédiatement cassée au tribunal, une petite victoire et un camouflet pour la préfecture. La manifestation aura lieu du piquet à la préfecture de Créteil.
Face à l’intimidation, au pourrissement et aux tentatives de division, le piquet Chronopost d’Alfortville tient bon et les grévistes n’entendent pas baisser les bras. Ils et elles sont un exemple de persévérance pour notre camp social et méritent désormais un sursaut de solidarité ! Faisons d’avantage écho à leur lutte et au scandale que représente leur exploitation par l’État !
Nicolas Pasadena (UCL Montreuil)






