Colombie : Auto-organisation des peuples indigènes

Version imprimable de cet article Version imprimable


Si la Colombie fait parler d’elle pour sa poudre blanche, c’est surtout la poudre des fusils qu’on y vend bon marché. Les peuples indigènes comptent parmi les premières victimes de la guerre. Mais la résistance s’organise, comme dans le nord du Cauca.

Depuis une cinquantaine d’années – voire depuis cinq cents ans – la guerre fait couler le sang en Colombie, dans le silence international. En 2002, la politique de « sécurité démocratique » de l’ex-président Uribe et la poursuite du Plan Colombie, n’ont fait qu’amplifier le conflit armé, dont les principales victimes sont les populations civiles. Le gouvernement, en prétendant faire la guerre au narco-trafic et à la guérilla, militarise à outrance le pays, dans le but de contrôler les territoires.

[*Miliciens et multinationales, la guerre du capital*]

Les ressources naturelles de la Colombie attisent la convoitise des firmes multinationales qui sollicitent l’exploitation de concessions. Le gouvernement et son armée sont des alliés précieux dans la spoliation des terres des peuples indigènes, des paysans, des Afro-colombiens. Avec son armée et des troupes paramilitaires violentes, le gouvernement mène une guerre brutale [1], qui produit des migrations massives dans les campagnes. Les déplacés [2] et victimes du conflit viennent peupler les périphéries des grandes villes où ils continuent d’être soumis aux menaces et assassinats ciblés ou collectifs, pendant que les firmes pillent l’or et sèment leurs mono-cultures et biocarburants sur les terres désertées.

Quant à la guérilla (principalement les FARC et l’ELN), si par le passé elle a longtemps affirmé défendre les intérêts du peuple, elle ne vit aujourd’hui que pour défendre son commerce de drogue à grande échelle, incitant les paysans à remplacer les cultures vivrières par la coca ou le cannabis, et les peuples indigènes à transformer l’usage médicinal de la coca pour en faire une source de revenus, aussi dérisoire soit-elle. Par ses stratégies de recrutement et ses actes de guerre, la guérilla met en danger les civils, qui sont les premiers à tomber lors des combats, et voient leurs enfants mourir dans les rangs des guérilleros.

C’est ce que vient de vivre le village indigène de Toribio, dans le nord du Cauca, où, le 9 juillet 2011, en réponse à l’installation de bataillons de l’armée, les FARC ont fait exploser un bus piégé, provoquant la destruction de 480 maisons, plus d’une centaine de blessés et cinq morts. Ce qui justifie l’intensification de la militarisation par l’État et le contrôle des peuples indigènes de la région, principaux résistants à la politique guerrière et ultra-libérale du gouvernement.

[*Les peuples indigènes du Cauca résistent*]

Le Cauca se trouve dans le sud du pays, où le peuple Nasa résiste le plus opiniâtrement pour survivre en tant que peuple indigène, en tant que culture et manière de vivre. Organisé dans l’Asociación de Cabildos Indígenas del Norte del Cauca (ACIN), le peuple Nasa construit de manière communautaire ses Plans de vie, en opposition au Plan de mort capitaliste du gouvernement, afin d’affirmer ses principes d’existence, son autonomie et sa cohésion avec la « Terre Mère ». L’autonomie politique et juridique qu’entend appliquer le peuple Nasa, par le biais de l’auto-organisation en assemblées, des mandats, ainsi que la défense de la terre qu’il occupe et qu’il cultive, en fait une des premières victimes de la guerre. Au milieu des combats quotidiens, des morts, des menaces, ils tentent de mettre en place une démocratie plus directe, de faire ricocher les paroles de la vérité dans le lac du silence médiatique. Cette lutte que mènent les peuples indigènes, mais aussi des centaines d’activistes, de paysans, d’Afro-colombiens, de femmes, d’hommes et d’enfants en Colombie, est la lutte de tous et toutes contre le capitalisme et son impérialisme. C’est la lutte d’un peuple courageux qui en appelle à notre solidarité.

Camille Apostolo (AL Toulouse)

[1L’armée n’hésite pas à présenter des civils assassinés comme des guérilleros, pour gonfler ses résultats.

[2Quatre millions de personnes sont concernées.

 
☰ Accès rapide
Retour en haut