Syndicalisme

Congrès SUD Éducation : Des orientations politiques ambitieuses




La saison des congrès syndicaux continue. Voici le tour de la fédération SUD Éducation. Des congressistes communistes libertaires nous livrent un premier point de vue. Le débat étant fécond au sein de l’UCL, de futurs articles y reviendront sûrement avec un angle plus critique.

Le congrès de SUD Éducation s’est tenu du 12 au 16 mai 2025 à Toulouse, un an après celui de Solidaires, son union syndicale interprofessionnelle. Nous analysons des avancées positives en matière d’inclusion, d’antiracisme, de laïcité et d’outils internes.

SUD éducation Vendée

Un syndicalisme antiraciste contre l’islamophobie

Loin de l’antiracisme moral, SUD Éducation souhaite se placer du côté de l’antiracisme politique, basé sur une analyse systémique des oppressions subies par les personnes non-blanches. Cette position s’affirme notamment par la revendication de l’abrogation de la loi de 2004 interdisant le port de « signes religieux ostentatoires », pour une école qui ne scrute pas les moindres faits et gestes des élèves non-blancs, qui ne conditionne pas la scolarisation des filles à la longueur de leur robe ou à la largeur de leur bandeau. Cette loi est dénoncée par les collectifs antiracistes comme une offensive islamophobe majeure portant atteinte en particulier à la scolarisation des jeunes filles musulmanes ou considérées comme telles. En portant cette revendication, SUD Éducation vient confirmer une avancée antiraciste conséquente.

Pour une école inclusive, accessible et antivalidiste

SUD Éducation prend également des positions fermes sur le validisme [1] et ses conséquences sur les élèves. De nombreux enfants handies, jugées « inaptes au milieu ordinaire », sont mises et mis à l’écart du reste de la société dans des établissements gérés par des associations privées financées par de l’argent public. L’entrée dans ces institutions signifie souvent une exclusion à perpétuité de la vie sociale et de l’accès à l’éducation. Une fois adulte, ils et elles n’ont bien souvent le droit qu’à des emplois en Établissement ou service d’aide par le travail (ESAT). Un milieu dit « protégé », où paradoxalement les travailleurs et travailleuses ne sont pas couvertes par le droit du travail.

L’une des revendications majeures des militants et militantes handies et des collectifs de lutte antivalidistes est la désinstitutionnalisation de toutes les personnes handicapées, ce qui signifie une seule école pour tous et toutes. SUD Éducation appelle à construire, avec les élèves handies et leur famille, ainsi qu’avec les travailleurs et travailleuses du secteur médico-social, une école où chaque enfant aurait sa place avec un accès à tous les soins et accompagnements nécessaires.

Lutter pour l’autonomie des enfants

Repenser totalement les pédagogies, les objectifs et l’organisation générale de l’école pour qu’elle soit réellement inclusive serait bénéfique à l’ensemble des élèves (et au personnel).

Tout comme les violences et le contrôle exercés sur les personnes handicapées sont justifiés par une volonté d’assurer leur « protection » ou leur « sécurité » dans le système validiste, les dominations exercées sur les enfants par les adultes sont justifiées par les mêmes raisons dans le système infantiste [2]. Comme les femmes autrefois, tous les droits ou presque leur sont confisqués : revenus propres, expression et organisation politique, libre disposition de leur corps, démarches légales et juridiques...

En s’engageant à lutter contre l’infantisme, SUD Éducation souhaite permettre aux enfants de pouvoir disposer librement de leur corps (tenues, actes médicaux, transitions de genre), mais aussi d’être protégées de l’exploitation du patronat qui cherche à mettre la main sur une main d’œuvre toujours plus jeune, vulnérable et gratuite (ou presque) grâce aux stages et à l’apprentissage. C’est aussi leur permettre de se protéger de la militarisation et de l’autoritarisme croissants perpétrés par l’État, dont l’objectif consiste à générer de bons petits soldats dociles et obéissants facilement transformables en chair à canon pour les guerres des capitalistes.

Photothèque Rouge/MILO

Des outils en construction

Les oppressions systémiques ne s’arrêtent pas à la porte de nos syndicats, même entre camarades il y a des sujets qui fâchent. Pour poser un cadre de débats sereins, un procédé de droit d’alerte a été testé pour la première fois lors du congrès : il permet à un petit nombre de personnes formées et référentes de prendre la parole pour alerter en cas d’intervention raciste, sexiste ou validiste dans le but de contextualiser et revenir à un cadre respectueux.

Comme à chaque instance fédérale, une mesure genrée du temps de parole est en place pour contrer les effets du patriarcat. Cette fois, un seuil de 50 % de temps de parole à respecter pour les hommes blancs cis a été mis en place. Il a également été voté que la parole serait réservée aux femmes et minorités de genre ainsi qu’aux hommes non blancs à la tribune pendant une après-midi, lors des débats autour des textes sur l’antiracisme et la laïcité.

D’autres outils fédéraux se pérennisent. La commission de résolution des conflits, chargée de faire la médiation et d’apaiser les tensions à l’intérieur des syndicats qui la sollicitent, a été formellement inscrite dans les statuts lors du congrès. La Cellule de violences sexistes et sexuelles, en place depuis 2023, se renforce également avec une charte plus complète. Pour autant, des conflits persistent au sein de la fédération et au sein de certains syndicats.

SUD Éducation est encore en construction, et ces orientations ambitieuses, adoptées par une large majorité, sont pour l’heure inédites dans le paysage syndical. Pour nous, elles témoignent de la vivacité de la volonté de transformation sociale, de la lutte contre toutes les oppressions et continuent de proposer un syndicalisme basé sur un projet de société émancipateur.

Mathilde et Fred (UCL Nancy), Thomas et Méline (UCL Le Havre)

[1Oppression systémique subie par les personnes handicapées.

[2Oppression systémique subie par les enfants.

 
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