Coupes budgétaires : Des conséquences désastreuses pour les personnes trans

Les coupes budgétaires annoncées dans les aides sociales par le gouvernement Barnier impactent plus particulièrement les personnes précaires, parmi lesquelles les personnes trans. Notre lutte contre le capital est ainsi liée à notre lutte pour les droits des personnes trans et de toutes les autres populations précarisées.
Début octobre, Barnier, premier ministre apparenté LR, déclarait son intention de refondre le système d’allocation sociale pour le « débureaucratiser ». Derrière les éléments de langage se cache cependant une volonté, commune à la droite libérale et l’extrême droite de détruire toujours plus notre système de protection sociale par leur politique d’austérité.
Le projet est clair pour Macron et son gouvernement : il s’agit bien là « d’encourager le travail et le mérite, au détriment de l’assistanat » et « limiter les revenus de l’assistance, notamment avec un plafond entre le RSA et les APL » [1].
Des réformes anti-sociales
L’idée n’est pas nouvelle chez les capitalistes. L’argent ainsi économisé aux dépens des travailleuses [2] peut aller dans les poches des capitalistes et entreprises, auxquels les gouvernements bourgeois ne se gênent pas pour faire des cadeaux fiscaux.
Mais le réel objectif derrière ces réformes anti-sociales consiste à précariser les travailleuses privées d’emploi afin de créer un véritable chantage à l’emploi : si être privée d’emploi implique une absence de revenus et donc une dégradation brutale des conditions matérielles d’existence, alors les travailleuses seront contraintes d’accepter des travaux difficiles, violents, mal rémunérés voir dangereux de peur de ne plus pouvoir se nourrir ou de finir à la rue.
Armée de réserve du capital
C’est pour cette raison que la lutte pour les droits des travailleuses doit intégrer celle pour les travailleuses privées d’emploi. La casse de nos droits se fait toujours conjointement et les bourgeois tentent de convaincre que l’ennemi des travailleuses n’est pas celui qui gagne des millions et possède les moyens de production, mais celle qui a moins d’un SMIC par mois et vit dans un HLM.
Bien que ce concept de Marx ait bientôt deux cents ans, l’analyse des travailleuses privées d’emploi comme « armée de réserve du capital » [3] est toujours juste, et décrivait déjà l’intérêt pour la bourgeoisie d’avoir un surplus de travailleuses par rapport à la production possible. Ceci permet de justifier l’existence des conditions sociales dégradées en pointant le bouc-émissaire des « chômeuses et chômeurs » ainsi que d’avoir une réserve inépuisable de main d’œuvre pour surmonter grèves et morts au travail.
Les personnes trans régulièrement impactées
Pour les personnes trans, cette casse des droits du travail est extrêmement impactante. Isolées et oppressées au sein même de notre classe, les personnes qui transitionnent de genre subissent des conditions d’existence précaires et instables : discrimination à l’emploi, à l’embauche, au logement, dans les institutions, à la santé, exclusion des cercles communautaires, religieux, familiaux, amicaux, violences accrues de la police en plus des violences physiques et psychologiques subies dans tous ces cadres [4]. En effet, dès le début de leur transition, de nombreuses personnes trans, notamment les femmes, vont voir leurs conditions de vie se dégrader parfois jusqu’au sans-abrisme.
Au travail, le licenciement ou le harcèlement jusqu’à la démission des femmes trans est monnaie courante, les contraignant au chômage ou au travail du sexe. Dans le même temps, elles sont souvent rejetées du foyer familial, sans possibilité de se tourner vers leurs amies ou leur communauté [5]. Elles survivent donc, souvent pendant plusieurs années, grâce aux aides comme celles de la CAF, le RSA, l’AAH et les APL, dans des conditions de précarité parfois extrêmes. Elles sont dépendantes pour survire du bon vouloir des institutions qui les violentent.
La sécurité sociale elle aussi menacée
Cependant les politiques d’austérité, véritables attaques sur notre classe, ne touchent pas seulement les allocations sociales mais aussi la Sécurité sociale et l’hôpital public.
La Sécurité sociale est un projet communiste. C’est une protection sociale socialisée pour les salariées qui est né au sein du mouvement ouvrier. Ce projet a pu voir le jour du fait de l’énorme part de syndicalisation et d’une forte conscience de classe chez les travailleuses d’une part et d’autre part de la puissance politique des communistes au lendemain d’une guerre où la plupart des capitalistes avaient collaboré. Depuis, les différents gouvernements bourgeois n’ont jamais cessé d’étouffer le projet d’une médecine socialisée : la santé des travailleuses est plus rapidement atteinte que celle des bourgeois. De fait l’espérance de vie de ces derniers est plus longue [5] et ils peuvent se permettre de se payer des cliniques privées avec l’argent volé aux exploitées.
Ces attaques contre la Sécurité sociale touchent encore plus fortement les personnes trans. En effet, celles-ci sont dépendantes de soins pour leur survie et, comme la plupart des travailleuses, elles n’ont pas les moyens de les payer. Au-delà des violences médicales subies, chaque attaque sur la Sécurité sociale et l’hôpital public est ainsi pour elles une mise en danger supplémentaire. Quand chaque euro compte pour tenir un mois de plus, les projets de rendre payants les soins de transition qui sont les seules choses qui les maintiennent en vie sont des projets meurtriers [6].
Des intérêts et des luttes convergentes
Trans comme cis, travailleuses, nous avons des conditions similaires et des intérêts communs : lutter contre les entreprises mortifères des capitalistes, contre les politiques d’austérité, contre la casse des droits du travail, de la Sécurité sociale et de l’hôpital public, contre les attaques sur les droits des travailleuses privées d’emploi. Pour nos adelphes trans, nos camarades et notre classe, nous mènerons la lutte côte à côte.
Nous la mènerons dans nos syndicats de lutte où nous devons porter des luttes offensives. Nous la mènerons dans nos contre-pouvoirs féministes comme le Planning familial et à l’Organisation de solidarité trans (OST), où plus que jamais nous devons permettre une autogestion de la santé des femmes et des personnes trans. Plus que jamais nous nous battrons pour nos droits et pour assurer notre survie.
Lou (UCL Grenoble)





