Syndicalisme

Culture en danger : La colère gronde




Le monde de la culture est à la peine mais aussi en pleine ébullition. Les attaques sont dramatiques, mais les mobilisations locales s’enchainent. La semaine d’action de mars laisse espérer une intensification du rapport de force de la part d’un secteur connu pour sa créativité combative.

N’en jetez plus. En 2024, le budget alloué par le ministère de la Culture au soutien à la création artistique a été coupé de 96 millions d’euros, soit près de 10%. 2025 s’annonce pire : coupes budgétaires massives des collectivités territoriales, gel de la part collective du Pass culture [1], menaces d’arrêt du Fonpeps [2], baisse de la franchise de TVA des artistes auteurrices, RSA et assurance chômage conditionnés à des « heures d’activité », sous-financement des établissements d’enseignement artistique spécialisé, etc.

Assèchement d’un modèle culturel et politique

Derrière ces annonces, des milliers de spectacles, de productions, de festivals et de créations culturelles ne verront pas le jour. De nombreuses équipes artistiques sont menacées de disparition et des milliers d’embauches de salariées permanentes et d’intermittentes sont mises à mal. On n’assiste pas à autre chose qu’à un plan massif de licenciements et à la menace d’effondrement d’un secteur économique.

Ces coupes menacent d’abord les compagnies, spectacles et créations les plus petites. Elles sont souvent les plus critiques et portées par des valeurs d’humanisme, d’égalité et de respect des différences. Cette culture d’émancipation risque de laisser la place à une culture soumise et uniforme. Si on met ça en lien avec les menaces sur l’audiovisuel public et la concentration toujours plus importante des médias détenus par quelques milliardaires, Bolloré en tête. On peut s’inquiéter de ce qui ressemble à une vaste entreprise de formatage de nos esprits.

Réplique sociale

Face à ce mauvais scénario, la résistance a commencé à s’organiser. D’abord à une échelle régionale et dans les Pays de Loire face aux coupes drastiques du Conseil régional [3]. 3 000 personnes ont manifesté à Nantes fin novembre 2024. En février 2025, c’est dans l’Hérault que le milieu du spectacle se mobilise contre les annonces faites par le président PS du conseil départemental, Kléber Mesquida, de couper à la hache dans le budget alloué aux associations et à la culture. Toujours en février, des AG massives à Paris et Marseille indiquent la volonté de se mobiliser à une échelle plus importante en fédérant l’ensemble des secteurs de la culture.

On passe à l’instauration d’un rapport de force tangible avec la semaine de mobilisation et de grève appelée par la CGT Spectacle pour fédérer entre le 17 et le 23 mars l’ensemble des travailleurs et travailleuses du spectacle, des arts, de l’Enseignement artistique, de l’audiovisuel, du cinéma et de la culture. Lors de cette semaine de nombreuses AG et initiatives se tiennent à travers la France et montrent la volonté de la culture de ne pas se laisser faire. Elles laissent espérer un joli printemps.

Ces mobilisations sont à soutenir et populariser car ces attaques sont d’une gravité extrême. Elles ont aussi un réel potentiel de fédérer parce qu’elles pourraient être un premier coin enfoncé dans les politiques austéritaires que capitalistes et États veulent nous faire subir.

Gil (UCL Montpellier)

[1Programme qui donne aux élèves des collèges et lycées des crédits qu’ils peuvent dépenser pour des billets d’entrée à des événements culturels ou pour acheter des livres. Le Pass culture était l’une des politiques phares du premier mandat du d’Emmanuel Macron. Ce gel du Pass culture au milieu de l’année scolaire invalide des projets prévus par les équipes enseignantes.

[2Fonds national pour l’emploi dans le spectacle.

[3Présidé par Christelle Morançais, membre du parti Horizons d’Édouard Philippe.

 
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