Danemark : Contradiction capitaliste et radicalité, voyage à Christiania

Plus ou moins toléré depuis plus de 50 ans par le gouvernement danois, Christiania est un quartier autonome de Copenhague. Ces dernières années, il lutte pour maintenir ses lignes politiques.
La commune libre de Christiania est un quartier de Copenhague qui s’est soulevé en 1971 contre la société bourgeoise et conservatrice danoise. Au départ, un groupe de jeunes provos [1] a décidé d’occuper le quartier de l’ancienne caserne de Bådsmandsstræde en détruisant ses barrières : la commune libre est née. Elle a d’abord été un lieu d’habitation autogéré, mais aussi un espace d’expérimentation artistique et politique : ateliers d’artiste, cantines en autogestion… Elle compte aujourd’hui 800 habitantes et habitants environ.
La commune libre a longtemps résisté au gouvernement danois, telle une ZAD urbaine où les conventions sociales bourgeoises seraient abolies. Ce qui n’empêche pas certaines règles d’être présentes à Christiania comme l’interdiction de la violence, ainsi que la présence de drogues dures et des gangs de motard, fortement liés aux trafics. Après plusieurs mois de bataille entre les « Christianites » et la police, l’État danois a même fini par reconnaître un statut spécial de « lieu d’expérimentation sociale » ce qui a permis de ne pas livrer le quartier aux promoteurs, et de maintenir un statu quo autour de son existence.
Malheureusement, au début des années 2000, un nouveau Premier ministre danois décide d’en finir avec Christiania qu’il accuse d’être un quartier du narcotrafic. Il est vrai que jusqu’en 2023 la très célèbre Pusherstreet – littéralement « la rue des dealers » – était un lieu de vente de cannabis, pratique qui a toujours été tolérée à Christiania. Une tentative de raser le quartier au bulldozer n’a pas réussi tant les nuits d’émeutes qui on suivi la destruction d’une maison ont été intenses. Les Christianites se sont donc regroupées pour racheter à l’État leurs propres habitations ce qui a permis de sauvegarder la commune libre.
La fermeture de Pusherstreet cristallise aujourd’hui de nombreuses contradictions. Cette rue était en effet depuis les années 70 un lieu de vente de cannabis, au départ vendu par les habitantes et habitants eux-mêmes, mais petit à petit la vente est tombée aux mains de gangs venus d’autres quartiers de Copenhague. Avec parfois des altercations très violentes entre dealers qui ont conduit a des fusillades. Les habitantes et habitants débordés par ce niveau de violence ont malheureusement fini par faire appel à la police, étant en totale incapacité d’autodéfense face à ces gangs.
Pusherstreet a donc été fermée pour préserver le quartier et aussi sécuriser la venue des touristes. En effet, les caractéristiques uniques du quartier en font aujourd’hui une attraction touristique qui draine autour d’un million de visiteurs par an.
Christiania est aujourd’hui traversée par des contradictions très importantes : faire vivre la radicalité du quartier, continuer à lutter pour sa survie et en même temps accueillir des touristes pour assurer un revenu aux Christianites ce qui, dans un pays champion de la « flexisécurité », est une question de survie. Malheureusement l’aspect politique de Christiania n’est pas toujours au centre de ce tourisme, certaines et certains y voyant surtout un quartier de hippies avec des maisons à l’architecture inhabituelle.
Mais la Commune libre est toujours là, malgré l’abrogation de son statut spécial et surtout malgré les contradictions qui la traversent, entre radicalité, répression et tentations réformistes. Bevar Christiania ! [2]
Thomas Puppy Meinhof (UCL Alsace)






