Demandeurs d’asile : Face à l’État hors la loi, réquisition directe !

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« Immigration choisie », quotas d’expulsion : le gouvernement veut diminuer au maximum l’aide pour les étrangers. Dans le cas du droit d’asile, l’État ne respecte là non plus aucun engagement. Une lutte a été engagée à Angers.

À Angers, depuis avril, un peu plus d’une vingtaine de demandeurs d’asile du Darfour, d’Erythrée ou du Nigeria, sont sans logement, hébergés de façon précaire par des militantes et militants et aidés par quelques associations ou mairies. Ils devraient pourtant être logés par la préfecture du Maine et Loire car l’État français est dans l’obligation, selon la convention de Genève de 1951, de fournir hébergement, nourriture et allocation aux demandeurs d’asile pendant l’examen de leur demande.

Réquisition !

Or, à Angers comme ailleurs de nombreux logements sont vides, et la préfecture possède un droit de réquisition. Mais il est facile de comprendre pourquoi les demandeurs d’asile sont à la rue : le nombre de places dans les Centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada) est en chute libre partout en France (plus de 1 000 places d’hébergement supprimées en 2008), par suite de décisions politiques.

Devant le refus répété de la Préfecture de respecter la loi, les demandeurs d’asile et leurs soutiens (des individus et des organisations parmi lesquels AL, le NPA, Sud Education, Sud étudiant, des membres de RESF49, de la JC, de l’Unef, du Mouvement de la Paix, d’Emmaüs ) ont décidé de réquisitionner une ancienne gendarmerie désaffectée dans la banlieue d’Angers. Le but était de loger les demandeurs d’asile et d’exiger la réquisition de ces logements par la préfecture.

Le 8 novembre dernier, 80 personnes ont investi ce lieu. Dès l’après-midi les demandeurs d’asile étaient installés. Les réseaux de soutien se sont activés pour approvisionner rapidement le lieu et maintenir une présence militante. La chose s’est faite sans effraction ni détérioration, en mettant le paquet sur les médias et sur l’info aux riverains, ce qui a assez bien réussi : bonne couverture dans les journaux, pas mal de soutien matériel des riverains.

Mais deux jours plus tard, au petit matin, l’État a montré son vrai visage : 90 CRS et flics ont expulsé manu militari les occupants, en défonçant les portes, en prenant les identités, et en intimidant les demandeurs d’asile (menottes, isolation d’avec les « européens », provocations racistes).

La répression ne paie pas !

Les occupants ont été relâchés quelques heures après. Par voie de presse la préfecture a mentionné des poursuites judiciaires à l’encontre des occupants et a tenté de criminaliser les demandeurs d’asile en évoquant un nombre « anormal » de soudanais sur Angers, des « filières organisées », etc.

La tentative d’intimidation a échoué : le jour même, une manif de soutien a rassemblé près de 200 personnes. Et le samedi suivant une nouvelle manif, très animée et « anti-préfecture », a compté près de 400 personnes, ce qui est conséquent pour Angers sur ce genre de thèmes. Mais un élément important rentre en compte : le soutien à l’initiative de réquisition traduit un certain engouement pour ce type « d’action directe ».

La réquisition et ses suites auront-elles fait bouger les choses ? Il est trop tôt pour le dire. Reste que les mairies, lassées de faire le travail de la préfecture, et craignant de nouvelles réquisitions « sauvages » semblent vouloir lui mettre la pression. Selon les dernières infos, la préfecture aurait un peu bougé, semble-t-il, puisqu’elle prétend avoir trouvé quelques places disponibles...au Havre !

Mafalda et Guille (AL Angers)

 
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