Chronologie

Dossier CPE : Douze semaines de lutte

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16 janvier : Le premier ministre Dominique de Villepin annonce le projet de Loi d’Égalité des chances (LEC), comprenant dans son article 8 la création du contrat première embauche (CPE). Protestations syndicales.

Phase 1 : la mobilisation patine

19 janvier : Création d’un collectif national contre le CPE par une douzaine d’organisations de jeunesse.

31 janvier : À Paris, la manifestation prévue de longue date par la CGT sur le pouvoir d’achat est rejointe par quelques centaines d’étudiant(e)s.

Début février : Dans les facs, la mobilisation est mitigée. Les syndicats de lutte (SUD, CNT, FSE) peinent à réunir des assemblées générales. Seules les facs « rouges » (Rennes-II, Paris-I Tolbiac...) bougent un peu.

2 février : La journée d’action recueille un succès discutable. Toutes les énergies sont tendues vers le 7 février et la journée d’action à laquelle appellent les syndicats de salarié(e)s.

7 février : Succès de la première journée d’action interprofessionnelle à l’appel de l’ensemble des syndicats : 400 000 personnes manifestent en France. Villepin : « J’entends ceux qui manifestent, mais j’entends aussi ceux qui ne manifestent pas. »

Du côté du Medef, Laurence Parisot se démarque du gouvernement : « Il n’est jamais bon de traiter les jeunes comme une catégorie à part. »

8 février : À l’université de Rennes-II, l’assemblée générale vote le blocage total. Poussées par le succès du 7 février, plusieurs autres facs vont l’imiter les jours suivants.

9 février : À 2 h 35 du matin, l’article 8 de la loi est adopté dans un hémicycle quasi désert. PS, PCF et Verts, qui promettaient une bataille parlementaire homérique, sont ridiculisés. Pour rattraper le coup, les députés de gauche multiplient les amendements sur les 25 articles qui restent à examiner, espérant reculer l’adoption de la loi jusqu’au 7 mars, date de la prochaine manifestation interprofessionnelle. Dans l’après-midi, Villepin décide de passer en force, et fait recourir au “49.3” pour faire adopter la loi sans débat.

18-19 février : La première Coordination nationale étudiante se tient à Rennes, à l’initiative des grévistes de Rennes-II.

25-26 février : Coordination nationale étudiante à Toulouse.

Phase 2 : la lame de fond

14-16 février : L’utilisation du 49.3 a provoqué une radicalisation du mouvement. Manifestations de milliers d’étudiant(e)s dans plusieurs grandes villes. Premiers débrayages de lycées, qui entrent dans la danse.

4-5 mars : Coordination nationale étudiante à Paris-Jussieu, flanquée d’une Coordination nationale lycéenne.

7 mars : La deuxième journée d’action interprofessionnelle marque un tournant : un million de manifestant(e)s en France. Dans les jours qui suivent, le mouvement s’étend. De 20 universités en lutte sur 84, on passe à une quarantaine. Il est désormais clair que la lutte s’installe dans la durée. Au sein du gouvernement, le clan Sarkozy commence à se démarquer de Villepin sur la gestion de la crise.

9 mars : Adoption du CPE par le Sénat. Le PS et le PRG saisissent le Conseil constitutionnel. La Sorbonne est occupée par une cinquantaine de personnes. Premières échauffourées avec les gardes mobiles.

10 mars : Deuxième soirée d’échauffourées devant La Sorbonne occupée. Dans la nuit, le bâtiment est évacué par la police et fermé, 150 arrestations.

11-12 mars : Coordination nationale étudiante à Poitiers.

16 mars : 500 000 étudiant(e)s et lycéen(ne)s manifestent dans toute la France. Plusieurs incidents violents. 58 universités sur 84 touchées par le mouvement.

18 mars : Troisième journée d’action interpro- fessionnelle : 2 millions de manifestants dans tout le pays. Violents affrontements place de la Nation à Paris. Le militant de SUD-PTT Cyril Ferez est grièvement blessé par la police.

18-19 mars : Coordination nationale étudiante à Dijon.

20 mars : La mouvance autonome parisienne investit l’EHESS contre la volonté des étudiant(e)s grévistes de l’école.

21 mars : 400 000 jeunes manifestent dans toute la France. De Villepin déclare qu’il n’acceptera ni le « retrait », ni la « suspension », ni la « dénaturation » du CPE.

23 mars : 450 000 jeunes manifestent dans tout le pays. Affrontements à Grenoble, À Paris, l’arrivée de la manif sur l’esplanade des Invalides tourne au chaos. Les manifestants doivent faire face à la fois à la police et à des bandes de « dépouilleurs ». 420 arrestations dans tout le pays, 90 policiers blessés.

24 mars : Soutenant son Premier ministre, Chirac déclare de Bruxelles que la loi doit être « appliquée ». La police évacue l’EHESS.

25 mars : De Villepin reçoit un syndicat de droite (UNI) et deux fédérations de corpos étudiantes (la Fage et PDE) ; les autres organisations étudiantes boycottent la réunion. Sarkozy appelle à un « compromis ».

25-26 mars : Coordination nationale étudiante à Aix-en-Provence.

27 mars : Villepin invite les cinq confédérations syndicales et les organisations étudiantes à Matignon pour « discuter des aménagements à apporter » au CPE. Les syndicats déclinent l’invitation.

28 mars : Quatrième journée d’action interprofessionnelle : on passe le seuil historique des 3 millions de manifestants... plus qu’en décembre 95 et qu’en mai-juin 2003. Pour Villepin il n’est pas question de « retirer le CPE ». Sarkozy propose une « suspension de son application » le temps de trouver « un compromis ».

30 mars : Le Conseil constitutionnel valide la loi d’égalité des chances.

31 mars : Chirac annonce la promulgation de la loi d’égalité des chances, et la remise en chantier de son article 8 (CPE). Manifestations spontanées dans plusieurs villes de France. Une manifestation sauvage de plusieurs milliers de personnes parcourt la capitale jusqu’à 6 heures du matin, passant par l’Assemblée nationale, le Sénat, le Sacré-Cœur. Une permanence UMP est mise à sac.

Phase 3 : débandade gouvernementale

Multiplication de blocages d’axes routiers et ferroviaires et manifestations spontanées partout en France.

1er avril : Réunion de crise des chefs de l’UMP à Matignon. Villepin est marginalisé. Sarkozy prend la main sur le dossier et s’efforce dès lors d’enterrer le CPE.

2 avril : Sarkozy téléphone à chaque dirigeant(e) syndical(e) pour promettre que s’ils/elles s’assoient à la table des négociations, ils « n’entendront plus parler du CPE ».

1er-2 avril : Coordination nationale étudiante à Lille.

4 avril : Cinquième journée d’action interprofessionnelle. Le chiffre de 3 millions de manifestants est atteint pour la 2e fois. Exacerbation de la rivalité Villepin-Sarkozy. Laurence Parisot annonce que la crise politique « met en danger l’économie de notre pays ». Alors que le front syndical est sans faille, le gouvernement se déchire et le Medef se garde bien de le soutenir.

5 avril : Négociations au Sénat entre les « partenaires sociaux » et l’UMP qui cherche une porte de sortie.

6 avril : 45 universités toujours en grève et multiplication des actions coup-de-poing : blocages gares à Paris, Toulouse, Lille, Pau, Narbonne ; blocages de routes à Nantes, Rennes, Lorient, Nancy, Quimper ; blocage de ponts à Strasbourg et Oléron ; blocage d’aéroport à Orly ; blocage de l’usine aéronautique de Blagnac (où est assemblée l’A380)... La Conférence des présidents d’université (CPU) demande le retrait du CPE.

8-9 avril : Coordination nationale étudiante à Lyon.

10 avril : L’Élysée annonce que le CPE sera « remplacé » (pour éviter de dire « abrogé »). Villepin est battu. C’est une victoire qui doit servir d’appui pour le retrait de la Loi d’égalité des chances et du CNE. Sur 62 universités qui ne sont pas en vacances, on en compte encore 34 perturbées, dont 18 totalement bloquées.

15-16 avril : Coordination nationale étudiante à Nancy. Les 200 délégué(e)s (quatre fois moins qu’à la coordination précédente), représentant une trentaine de facs, appellent à poursuivre la lutte contre la loi d’égalité des chances et le CNE.

 
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