Édito : À nos mortes

Lorsqu’un sergent-chef français se fait tuer lors d’une opération militaire au Liban, comme le 18 avril dernier, c’est l’occasion de dépoussiérer l’attirail de cérémonie et d’organiser un hommage national en grande pompe, présidé par la ministre des Armées et le chef d’état-major de l’armée de Terre en personnes.
Par contre, lorsque Calvin Simon, 15 ans seulement, meurt la veille écrasé par un chariot-élévateur pendant son stage d’« observation », il ne faut pas attendre un tel hommage. Idem pour cet autre adolescent, écrasé cette fois-ci par une palette dans un magasin d’ameublement en juin à Saint-Lô. Ou pour quatre autres jeunes encore entre avril et juillet de l’an dernier.
Souvent stagiaires ou apprentis, peu formés, précaires et moins enclins à refuser une tâche, les jeunes forment une population à risque qu’il convient de protéger d’autant plus au travail. Mais dans notre société capitaliste, la protection des individus passe souvent en second plan face aux pressions de l’industrie pour gagner en productivité. Leur décès n’est pas dû au hasard : il a des causes structurelles.
Les ministres du travail et de l’éducation ont annoncé le lancement d’une mission express pour « renforcer les
conditions de sécurité » des stages en entreprise des élèves de 3e et de 2de. Pouvons-nous nous permettre une autre suggestion ? Supprimer ces stages qui, en plus d’être inutiles et de participer à la reproduction sociale, sont manifestement mortels.
dangereux.
UCL, 23 avril 2026





