ExisTransInter 2024 : Une réussite unitaire en demi-teinte

Six fumigènes craquent, roses, blancs, bleus, et le drapeau trans coupe le ciel parisien en deux. Ce samedi 12 octobre, ce sont près de 3 000 personnes qui battent le pavé pour le droit des personnes trans et intersexes à l’occasion de l’édition 2024 de l’ExisTransInter.
Parmi les cortèges animés, offensifs et déterminés, on en distingue certains dont l’apparition est le fruit d’un travail unitaire opéré depuis quelques années : ceux des organisations politiques et syndicales. Leur présence – à la fois dans la marche, mais aussi dans l’organisation – paraît plus que nécessaire face aux vagues d’attaques transphobes de ces derniers mois.
L’édition 2023 de l’ExisTransInter (ETI) marquait déjà une convergence assumée avec les mots d’ordre du mouvement social de la même année en s’engageant contre la loi Darmanin et la réforme des retraites. En 2024, face au constat d’une offensive transphobe d’envergure, les organisations historiques de l’ETI ont affiché la volonté d’une risposte unitaire et massive en s’ouvrant aux partis politiques et aux syndicats. Le texte d’appel a ainsi été signé par 75 organisations, qui étaient aussi invitées à prendre la parole au début de la marche. Cette volonté unitaire fragile, vu la vigilance historique des associations trans à l’égard des autres organisations du mouvement social, n’avait pas été facilitée par de récentes prises de position d’organisations syndicales (voir numéro d’Alternative libertaire d’octobre). Il est clair que pour permettre de véritables avancées il y a un besoin impératif de pousser à ce que les pratiques évoluent et à ce que s’apaisent les divergences pour favoriser le travail unitaire.
L’UCL avait pour sa part choisi de fédéraliser l’évènement, c’est-à-dire de permettre et d’encourager la venue de camarades de tout le territoire. Les groupes locaux de Paris Nord-Est, Caen, Montpellier, Grenoble, Rennes, Le Havre et Amiens ont répondu à l’appel et sont venus renforcer les rangs. Si notre cortège fut moins imposant qu’il n’aurait pu l’être, c’est parce que c’est au sein du service d’ordre (SO) qu’il fallait compter les camarades. Et quel SO : mixte, joyeux, discipliné et organisé , à faire pâlir les TERFs [1] de passage.
Apaiser les divergences, renforcer les liens
Une timide perspective pourrait s’ouvrir avec la préparation en cours d’une proposition de loi sur l’autodétermination de la mention de sexe à l’état civil. Cette proposition se fait – une fois n’est pas coutume – à l’initiative des assos trans qui sont évidemment dans la boucle et à leur initiative. Pour autant, à l’UCL, on ne cesse de répéter que si les avancées législatives peuvent permettre des améliorations légères de nos conditions de vie, elles ne permettront jamais de remettre pleinement en cause l’ordre patricarcal, source des violences transphobes et sexistes. Nous devons nous organiser dans des contre-pouvoirs, qu’ils soient trans, féministes, syndicaux ou antiracistes ; créer ou consolider les liens, travailler ensemble, amener le sujet des luttes trans partout et organiser des formations.
Les enjeux sont aussi médiatiques : l’édition 2024 de l’ETI a été très peu couverte par les médias. La droite réactionnaire, de son côté, sait activer ses relais médiatiques pour créer des paniques morales : elle l’illustrera sans doute à l’occasion de la proposition de loi évoquée plus haut. Il est donc nécessaire que nos mots d’ordre se clarifient et se diffusent, de la base des organisations jusqu’aux espaces unitaires. Pour faire face à l’offensive transphobe actuelle, il est nécessaire non seulement de rendre coup pour coup mais aussi d’imposer ses propres mots d’ordre et revendications sans se laisser rythmer par l’agenda réactionnaire. Seul un mouvement structuré, unitaire et antipatriarcal pour les droits trans sera en mesure de répondre à ces objectifs.
Malo et Lou (UCL Rennes)





