Face à la puissance de l’Etat nucléaire

Du 11 au 13 octobre dernier, une mobilisation antinucléaire a eu lieu à Rouen contre la relance de deux réacteurs EPR2 sur le site de la centrale de Penly. Des camarades UCL de Caen, du Havre et de Rouen étaient sur place pour apporter leur soutien à la lutte, mais force est de constater que le mouvement anti-nucléaire en France est en déclin. L’UCL Rouen partage dans cet article son analyse de la situation, sachant que la position anti-nucléaire ne fait pas l’unanimité au sein du groupe local.
La coordination anti-nucléaire a appelé à une mobilisation nationale contre la relance du nucléaire du vendredi 11 octobre au dimanche. Après une réunion publique le vendredi soir, un village fut monté sur les quais de Rouen le samedi matin avec de nombreux stands ; puis l’après-midi, sous la pluie fine normande, une déambulation a parcouru les rues de la ville.
Toute la journée fut émaillée de prises de parole, de débats et de prestations musicales ou théâtrales. Enfin le dimanche, symboliquement, un planté de bâtons sur une plage près de Penly dénonçait l’implantation des nouveaux réacteurs.
Bien que soutenue par une quinzaine d’associations et de partis politiques, seul un petit millier de personnes a parcouru les rues de Rouen, moins qu’à Caen le 23 mars 2024 contre l’EPR (réacteur pressurisé européen) de Flamanville. Ce petit nombre interroge mais reflète plusieurs évolutions du mouvement anti-nucléaire français qui n’arrive plus à mobiliser autant que dans les années 70/80.
Les deux piliers du lobby nucléaire
Nous pouvons nous interroger sur la communication et le relai fait par les organisations présentes. Que l’initiative ne soit pas ou très peu annoncée par des médias mainstream n’est pas étonnant. Mais que des militantes découvrent par hasard le jour même la mobilisation révèle bien un défaut de communication.
La lutte anti-nucléaire souffre d’un intérêt plus faible que dans les décennies précédentes. Si l’essoufflement global des luttes est à blâmer, il ne faut pas sous-estimer la réussite du lobby nucléaire à rendre le nucléaire moins indésirable. En effet, le nucléaire semble être un sujet secondaire voire accepté pour les nouvelles générations de militantes et militants écologistes. Le dérèglement climatique apparaît plus urgent que jamais et il semble moins prioritaire de s’attaquer au nucléaire qui permettrait, après tout, de décarboner le mix énergétique français.
Il y a eu clairement un manque de transmission générationnel car la lutte anti-nucléaire n’a jamais été sur ce sujet. Le nucléaire a été développée pour réduire la dépendance du pays aux énergies fossiles et donc aux pays exportateurs de pétrole. Le mouvement écologiste se battait pour un autre modèle de société opposé à l’autoritarisme et au productivisme porté par l’industrie nucléaire.
En 2024, nous faisons face à un « réalisme libéral » où la fin du monde semble plus envisageable que la fin du capitalisme. La lutte anti-nucléaire est donc victime d’un changement stratégique du mouvement écologiste où il semble plus simple de composer avec les intérêts du lobby industriel pour freiner le dérèglement climatique que de combattre sa puissance et son influence.
L’augmentation des capacités de production du nucléaire doivent permettre de décarboner l’économie en remplaçant les énergies fossiles. Cette « décroissance carbone » permettrait non seulement de ne pas remettre en cause la croissance économique mais sera même un levier de production futur.
Par exemple, l’industrie automobile est assurée de pouvoir poursuivre sa croissance ininterrompue en vendant des véhicules électriques grâce au développement du nucléaire. Cette production repose pourtant sur une intense exploitation des ressources en métaux dits « critiques » (terres rares) mais aussi sur des quantités très importantes de métaux communs comme le fer.
Au-delà des catastrophes et des inégalités environnementales que cela crée avec les pays du Sud global, nous devons souligner que ce productivisme « vert » n’est un moindre mal que dans la bouche des industriels qui souhaitent préserver leur pouvoir. En effet, le nucléaire n’est pas une énergie à l’intensité carbone nulle (cela n’existe pas) et la transition énergétique qu’elle propose n’est pas en mesure de stopper le changement climatique, au mieux de le mitiger.
Un climat délétère et anxiogène
La politique gouvernementale est même de ce point de vue une catastrophe. L’austérité publique cible très fortement le budget de l’écologie et ces réductions, voire suppressions de budgets mettent à l’arrêt de nombreux projets de rénovation énergétique des bâtiments ou d’infrastructures dédiés aux alternatives à la voitures. Ainsi il apparaît clairement que l’écologie n’est qu’un élément de discours pour l’État bien pratique lorsqu’il faut justifier l’existence du nucléaire.
Macron, après moult politiques anti-sociales, avec sa dissolution accentue le climat d’incertitudes et d’anxiétés. Le monde tangue et cela entraîne attentisme et repli sur le vécu immédiat, sur ce qui parait être essentiel (pouvoir d’achat, système de santé, dette/budget et restrictions etc.)
Face aux politiques anti-sociales et les attaques qui arrivent de toute part (retraite, extrême droite, impérialisme), les luttes de long terme ne donnent que peu de perspectives ou d’espoir aussi. Pourtant, on en subira les conséquences à un moment ou un autre.
L’alternative au nucléaire que nous devons porter, c’est un contrôle démocratique de la production énergétique et de ses usages. C’est seulement ainsi que nous serons en mesure de changer de manière profonde la production et la consommation.
Le courant libertaire doit garder et transmettre cette approche qui ne devrait pas capituler face à la puissance du lobby industriel et de l’État et de leur impact dans le mouvement écologiste.
UCL Rouen





