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Fake-news et racisme au Royaume-Uni L’extrême droite se nourrit de la haine




Des émeutes racistes ont éclaté dans plusieurs villes d’Angleterre et d’Irlande du Nord du 30 juillet au 12 août 2024. Les émeutiers ont ciblé les mosquées, des hôtels hébergeant des demandeurs et demandeuses d’asile, des commerces tenus par des musulmannes et des lieux d’accueil de réfugiées, et agressé des personnes en raison de leur couleur de peau ou de leur religion supposée.

Ces violences ont eu lieu suite à une attaque au couteau qui a enlevé la vie à trois fillettes à Southport le 30 juillet, dans le sud du pays. De nombreuses rumeurs se sont alors répandues à propos de la religion et de l’origine de l’agresseur présumé  : celui-ci serait un demandeur d’asile musulman. Ces rumeurs ont été diffusées par des personnalités d’extrême droite.

Selon la police, un des principaux instigateurs des émeutes est Tommy Robinson. Banni de Twitter en 2018 et réintégré par Elon Musk après son rachat de la plateforme, il est le fondateur et ancien chef de l’English Defense League, un groupe d’extrême droite inspiré par le hooliganisme. Cette organisation a profité du flou sur l’affaire en orchestrant toute une campagne de haine.

Les violences d’extrême droite sont soutenues par des paravents légaux tel Reform UK, parti qui s’est construit sur la promotion du Brexit. Anti-immigration, ce parti présente la même stratégie que le RN en se défendant d’appartenir à l’extrême droite tout en cherchant à conquérir le pouvoir par la voie légale. Nigel Farage, son dirigeant, avait soutenu que la vague de violence était due à « l’immigration massive et incontrôlée ».

Reform UK a obtenu 14 % des voix et 4 sièges aux élections de juillet profitant de l’effondrement de la droite. Ces derniers ont entretenu cette situation, les conservateurs n’ont cessé de parler ces dernières années d’une « invasion » des migrantes alors que la presse de droite entretient le même discours anxiogène du danger de « l’immigration de masse ».

La campagne électorale avait placé la question de l’immigration au centre des débats. L’opposition travailliste accusait le gouvernement d’être trop « laxiste » quant à l’immigration et promettait d’intensifier les expulsions. Le fascisme de rue et de gouvernement ont clairement exprimé leur union peu de temps avant les émeutes  : lors d’un rassemblement patriotique le 27 juillet, Robinson avait demandé à la foule qui avait voté pour le parti de Farage et les émeutiers ont massivement levé la main. Robinson avait réuni 15 000 personnes ce jour-là à Trafalgar Square.

Des manifestations antiracistes ont eu lieu dans beaucoup de villes anglaises pour contrer la vague fasciste.
LimeSpiked. CC BY 2.0

Racisme électoraliste à droite comme à gauche

Les émeutes ne se cantonnent plus à quelques groupes d’extrême droite. La presse bourgeoise entretient le flou et la peur en distillant l’idée que ces attaques ne seraient ni dirigées, ni organisées par les fascistes. Une majorité des émeutiers ne sont pas des militants fascistes identifiés, mais des jeunes comme des vieux originaires des régions aux alentours et des villes.

La réalité des slogans proférés, les personnes et lieux ciblés démontrent que ces attaques sont orchestrées par des milices fascistes qui cherchent à entraîner par leur violence raciste les classes populaires blanches dans un mouvement suprémaciste blanc. L’extrême droite peut ainsi profiter des agressions comme d’une occasion pour recruter, radicaliser et massifier.

Le cœur de l’idéologie derrière ces émeutes est l’idée de frontière. La propagande de l’extrême droite anglaise reprend l’idée du grand remplacement, théorie du complot affirmant que des personnes non européennes s’installent en masse dans les pays européens afin de se substituer à la population déjà présente [1].

Keir Starmer n’est rien d’autre qu’un serviteur zélé du capital, prêt à trahir la classe ouvrière pour apaiser les intérêts des puissants. Sous son règne, le Parti travailliste a abandonné toute prétention de gauche, devenant un simple rouage dans la machine oppressive de l’État bourgeois.
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La reconstruction d’un antifascisme de masse

Tout en suivant une politique d’arrestations massives, le nouveau gouvernement de Keir Starmer prend comme origine des émeutes les réseaux sociaux et concentre le problème sur les Fake news, dépolitisant et légitimant la violence contre les personnes musulmanes.

Le mouvement antifasciste se restructure et repense ses modes d’action. Toute une semaine de contre-manifestations a suivi les émeutes sur les lieux ciblés par les attaques. Portées par le collectif Stand Up To Racism, qui réunit des antifascistes et activistes, le but premier des contre-manifestations est d’abord de montrer la force du mouvement antifasciste afin de contrer la visibilité des émeutiers.

Ces actions se sont déroulées dans un climat d’incertitude sur le nombre attendu de manifestantes, mais c’est une prise de risque qui s’est avérée payante car aucune violence n’a eu lieu dans la nuit du 7 août, ce qui a cassé la dynamique de l’extrême droite. Une journée nationale de manifestation a suivi le 10 août et plusieurs week-ends de mobilisation le 15 août. Le but étant de massifier encore et encore et renvoyer les fascistes à ce qu’ils sont, « une petite minorité haineuse ».

Pour cela le mouvement fait revivre une histoire de luttes antifascistes victorieuses, par exemple Cable Street en 1936 où les antifascistes et habitantes avaient repoussé les chemises noires. Le mouvement ne se limite pas à l’autodéfense mais vise également une visibilité large et tente de fédérer des communautés isolées.

Love Music, Hate Fascism

Les mobilisations ont abouti à faire revivre Love Music Hate Racism (LMHR), une organisation s’inspirant de Rock against racism (RAR) qui a combattu le National Front à la fin des années 1970. Initiée à Londres, LMHR propose l’organisation de concerts dans les villes où ont eu lieu les émeutes. À présent, la stratégie est de construire un mouvement antiraciste et anti-islamophobie qui s’inscrit dans la durée face au constat que la violence d’extrême droite ne diminuera pas sans une mobilisation de masse unitaire. De grandes mobilisations antifascistes ont eu lieu en réponse aux émeutes, cependant dans ce contexte elles apparaissent comme une réaction tardive à une explosion de violence qui couvait depuis longtemps.

L’organisation de la riposte a pris environ une semaine, un temps à la fois très court pour une mobilisation d’une telle ampleur et très long au vu des violences qui ont été perpétrées. À ce titre, la nécessité de s’appuyer sur des comités antifascistes bien implantés dans des communautés locales est une stratégie à investir. Cela permet une réponse rapide à la violence fasciste et de favoriser la solidarité entre le mouvement antifasciste et les membres des communautés locales. Par conséquent, les mobilisations de masse sont un début mais ne sont pas une fin en soi. Elles doivent être pensées comme des « points de ralliement pour des actions ultérieures ».

Charlotte (UCL Alsace) et Sarah (UCL Montpellier)

[1«   Argumenter  : contre le fantasme du grand remplacement   », Alternative libertaire, no 323, janvier 2022.

 
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