Fast fashion : Anti-Shein c’est bien, anticapitaliste c’est mieux !

Dernièrement, on a entendu beaucoup de voix s’attaquer à l’implantation de magasins Shein en France. Mais qu’est-ce qui se cache derrière ces discours, et notamment celui de l’État français ?
Depuis quelques semaines, l’État français attaque Shein, plateforme chinoise de vente de vêtements en ligne. La marque a fait parler d’elle notamment parce qu’on pouvait y trouver des poupées sexuelles représentant des enfants. Nous entendons pourtant moins parler des entreprises occidentales comme eBay ou Amazon qui vendaient ces mêmes poupées. En réalité, c’est le capitalisme qui, en quête de profit, est prêt à proposer des produits ignobles.
Icône de l’« ultrafast-fashion », cette entreprise a multiplié par trois ses émissions de CO2 depuis 2021. La marque est connue pour fabriquer des vêtements en polyester, responsables de 16 à 35% des microplastiques que l’on retrouve dans les océans. Pour compenser son coût carbone et contrer la future taxe sur les petits colis, Shein implante en France des magasins proposant ses produits.
Au-delà de la pollution, les employées de Shein ont des conditions de travail misérables et l’entreprise ferait même travailler des enfants. À travers les dénonciations de nos politiciens et politiciennes françaises, on pourrait croire que l’heure est à la critique du modèle capitaliste. Mais nous le voyons, cette attaque est dirigée particulièrement sur cette entreprise, alors que ce modèle économique existe dans des sociétés occidentales et même françaises.
La classe politique ne dénonce pas l’exploitation capitaliste destructrice. Ce protectionnisme, à l’image de celui des États-Unis de Trump, sert à protéger « nos » capitalistes français qui ne parviennent plus à concurrencer leurs homologues chinois. C’est le retour du « péril jaune », expression de la fin du XIXe siècle du suprémacisme blanc qui annonçait que les peuples asiatiques surpasseraient les Blancs. La guerre économique contre le capitalisme d’État chinois est délétère pour la classe des travailleurs et travailleuses. L’impérialisme étasunien et occidental a profité de la main-d’œuvre bon marché de la Chine et a ainsi créé une grande puissance industrielle. Il dénonce maintenant la concurrence déloyale de celle-ci... en mettant en guerre les prolétariats nationaux les uns contre les autres.
Les consommateurs et consommatrices de Shein sont aussi beaucoup dénigrées. Pourtant, ils et elles se tournent vers cette plateforme en ligne, car les produits sont très bon marché. Les critiques à leur égard relèvent du mépris de classe : ce serait à eux et elles de « mieux consommer » et de ne plus participer à un modèle immoral. Sans parler des problèmes d’addictions à l’achat compulsif que l’ont peut trouver dans les classes populaires, personne ne se tournerait vers cette boutique en ligne si les salaires augmentaient.
Face à cette situation, il devient urgent de proposer un autre futur. Une société dans laquelle les travailleurs et travailleuses géreraient elles-mêmes leur activité, dans laquelle les usagères et usagers détermineraient eux-mêmes leurs besoins. Une société dont la production n’est plus guidée par la course au profit, mais par les besoins de la population.
Antoine (UCL Alsace)





