Fougères : Les Oiseaux passent un nouveau cap

Les Oiseaux de la tempête (aussi appelé « les Oizos ») est un collectif installé à Fougères en Ille-et-Vilaine. Il ouvre et gère des lieux politiques, sociaux et culturels où mettre en pratique l’autogestion et les échanges non marchands. Leur lieu principal, « l’Atelier », va possiblement être mis en vente. Il s’agit d’une occasion pour le collectif d’évoluer et d’aborder de nouveaux champs, notamment en sortant de la propriété privée. Retour sur le rôle du centre social et les enjeux en cours.
Depuis l’inauguration de son premier local en 2017, le centre social des Oiseaux de la tempête a développé de nombreuses activités : cela fait plusieurs années maintenant que toutes les semaines on trouve au « P’tit local » une distribution alimentaire, une cantine populaire, un atelier informatique, etc.
Avec le temps, l’envie et les besoins d’avoir accès à un plus grand lieu se sont fait sentir. Des membres ont alors mis à disposition de l’asso un deuxième lieu, une ancienne usine ! Après un paquet de chantiers participatifs, ce large espace, que l’on appelle de manière très originale « l’Atelier », a été aménagé et adapté aux besoins de l’association. Depuis son inauguration en 2021, de nombreux événements et activités y sont menées et permettent à l’association de se développer : librairie, friperie, ateliers d’éducation populaire, de réparation de vélo et de bricolage, concerts, spectacles, galas, conférences gesticulées ou pas… C’est d’ailleurs dans cet espace que s’est tenu le Ier Congrès de l’UCL en août 2021.
Un outil au service des luttes
En 2017, le groupe Alternative Libertaire de Fougères participe activement à la création du centre social. L’idée est alors d’expérimenter directement un fonctionnement en autogestion, que ce soit dans le fonctionnement de l’association ou au sein même des activités.
Un autre axe important était de pouvoir user politiquement de lieux qui ne dépendraient d’aucune autre organisation ou du bon vouloir d’une institution. Complètement indépendants, autonomes financièrement, les Oizos ne sont rattachés à aucune structure qui pourrait faire pression sur ce qui y est discuté. C’est de ce point de vue une réussite.
Mais surtout, dans une ville où l’activité politique était alors peu vivante et concentrée dans les mains des partis de gauche institutionnels, le centre social a permis l’émergence d’événements réguliers et inscrits dans les enjeux de luttes actuelles, et ce, de plusieurs façons.
Tout d’abord en ouvrant un espace jusqu’alors inexistant, il a permis à plusieurs dizaines de personnes de se familiariser aux pratiques autogestionnaires, alors que certaines en étaient très éloignées. Cet espace de rencontre, inscrit physiquement, a également été mis à la disposition des collectifs de luttes existants, et a permis à des individus d’en créer de nouveaux, en s’organisant autour de luttes communes. C’est par exemple au sein du centre social que se sont créés le Groupe féministe de Fougères, et un groupe LGBT actif qui, entre autres, organise en 2025 une Pride à Fougères pour la troisième année consécutive, alors qu’elle n’existait pas auparavant.
La communauté kurde de Fougères a également pu bénéficier du soutien matériel et logistique des Oizos pour se réunir et organiser plusieurs manifestations localement à la suite de l’attentat survenu à Paris en décembre 2022. Dans un autre domaine, lors du mouvement des retraites de 2023, le réseau des Oizos s’est inscrit en complémentarité de l’action syndicale, mobilisant des dizaines de personnes sur les manifestations et proposant du matériel pour rendre possibles les actions de blocage.
D’autres mouvements de lutte trouvent aussi aux Oizos un espace qu’il serait autrement plus difficile d’avoir ailleurs : mouvement anti-validiste, antenne locale des Soulèvements de la Terre, et bien entendu le groupe local de l’UCL, qui a pris le relais d’Alternative libertaire et dont la plupart des membres sont actifs et actives dans le centre social. S’il doit beaucoup au terreau local, le centre social a trouvé sa place dans le milieu militant fougerais.
L’enjeu de conserver l’Atelier
Aujourd’hui, le collectif fait face à un nouveau défi : trouver les moyens de garder l’usage de l’Atelier, le plus grand des locaux à sa disposition. Les propriétaires, qui l’avaient mis gracieusement à disposition de l’association, sont dans l’obligation de le revendre, et veulent laisser la possibilité à l’association de le racheter à un prix avantageux.
Pour les Oizos, ce n’est pas un petit défi : il s’agit de trouver a minima 100000 euros. Mais loin de s’avouer vaincues, les Oizos relèvent le défi. Une Assemblée générale en septembre a lancé le travail de collecte de fonds. Après une première phase, une deuxième AG en janvier, a confirmé le souhait de conserver le lieu à une écrasante majorité.
Surtout, l’ensemble des membres, ayant conscience des aléas qu’il peut y avoir à dépendre de propriétaires physiques, souhaitent non seulement racheter le lieu, mais aussi le faire sortir de la spéculation immobilière, en en garantissant l’usage collectif de manière durable. Dans cette optique, l’association s’est rapprochée de réseaux déjà existants sur ce terrain, notamment le CLIP.
Pour rassembler les fonds, l’association reste fidèle à ses valeurs et à son objectif d’indépendance : les subventions et les prêts bancaires ne sont pas envisagés. Elle ne peut donc compter que sur le soutien de toute personne voulant soutenir ce projet, soutien qui peut se matérialiser de diverses manières : dons via la plateforme Hello Asso, promesses de prêts militants (dont le montant et la durée sont définis par la personne prêteuse), cotisations de soutien à prix libre... et bien entendus, des événements publics seront organisés jusqu’en juin, prochain point d’étape de ce projet ambitieux ! À votre bon cœur, et vive l’autogestion !
UCL Fougères
- Pour soutenir le projet : https://www.helloasso.com/associations/csaf/collectes/objectif-atelier.
- Pour cotiser à l’association : contacter la tréso à treso@oizos.fr, vous pouvez mettre en place des virements réguliers. C’est très utile car cela permet aux Oizos de voir à long terme et d’augmenter leur capacité d’épargne et de remboursement.
Le CLIP ? Kesako ?
Le Collectif de libération de l’immobilier privé (CLIP), est un réseau actuellement composé de treize lieux collectifs sur le modèle de la propriété d’usage. Lieux d’habitation ou d’activités associatives situés partout en France, ils ont comme point commun la volonté de s’extraire du marché immobilier et de réduire leur dépendance à l’argent et au travail salarié.
Le CLIP propose pour cela un montage juridique spécifique : l’acquisition du lieu passe par une association « propriétaire » créée spécialement à cet effet, elle-même composée de deux membres, le CLIP d’une part, et le collectif ou l’association usagère d’autre part. Les statuts de l’association propriétaire viennent garantir la propriété d’usage, soit la pleine capacité à prendre des décisions dans et pour le lieu par l’association usagère. La permanence du CLIP au sein de l’association propriétaire assure la pérennité du lieu, quand bien même l’association usagère en viendrait à le quitter : il s’agirait alors de trouver un nouveau collectif pour l’occuper.
Le CLIP fonctionne sur un modèle fédéral : il est composé des membres des différents collectifs usagers, ainsi que de quelques sympathisantes et sympatisants. Il se réunit en Assemblée générale deux fois par an et s’organise via des commissions et des groupes de travail. Il est demandé à chaque lieu rejoignant le réseau de participer à ces différentes instances. Pour chaque lieu membre ou en cours d’intégration, au moins deux personnes référentes sont nommées. Elles accompagnent le montage juridique et prennent part aux AG de l’association propriétaire au nom du CLIP.
Pour plus d’informations : clip.ouvaton.org.






