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Grève générale en Italie : Pour une nouvelle saison de luttes




Avec le gouvernement de Georgia Meloni, l’Italie connaît actuellement une période de crise sociale. La journée de grève du 29 novembre 2024 a été largement suivie et doit être le point d’un départ d’une nouvelle saison de luttes en Italie. Nous traduisons ici un texte de nos camarades d’Alternativa Libertaria/Federazione dei Comunisti Anarchici qui résume la situation dans le pays.

Nous sommes enfin arrivés à une grève générale nationale contre le gouvernement Meloni et contre une énième manœuvre économique déchirante et sanglante. Une manœuvre qui verra une fois de plus les travailleurs et travailleuses, les retraitées et les nouvelles générations payer le prix le plus lourd à travers la perte constante du pouvoir d’achat, la poursuite de la réduction des dépenses publiques ainsi que la rareté et la diminution constante des opportunités de nouveaux emplois stables et non précaires.

L’inflation pour la période triennale 2021-2023 a dépassé les 17%. Les récents renouvellements des contrats sectoriels nationaux, comme le dernier pour le secteur public - que le syndicat CISL [1] a signé confirmant sa mutation totale en un syndicat pro-patronal et pro-gouvernemental - n’ont garanti qu’une hausse dérisoire des salaires, inférieure à la moitié de l’inflation réelle.

Le contrat des mécaniciens a été rejeté par l’organisation des industriels précisément en raison des salaires demandés. Cela montre que les patrons, dans le public comme dans le privé, tentent à présent de donner le coup de grâce au mouvement ouvrier en le ramenant à une situation de soumission totale.

La réduction de l’impôt sur le travail, déjà définie par le précédent gouvernement Draghi, n’a pas eu pour effet de hausse salariale. Et avec les nouvelles procédures de déduction d’impôts prévues pour les revenus de 20 000 à 40 000 euros, il y a un risque qu’aucune déduction ne soit effectuée. De plus, ces déductions entraîneront une diminution des recettes sociales car le gouvernement a prévu une réduction des ressources pour le Service national de santé. Celles-ci s’élèvent aujourd’hui à un peu plus de 6% du PIB et atteindront leur niveau le plus bas en 2027 : 5,91%.

En ce qui concerne les pensions, toute velléité de dépassement de la loi actuelle a non seulement totalement disparu, mais elle a été aggravée par la prolongation du travail jusqu’à 70 ans, même si ce n’est pour l’instant que sur la base du volontariat. De plus, les pensions n’ont pas été revalorisées à 100%, mais réduites proportionnellement.

Le seul secteur qui connaît une augmentation sans précédent de ses ressources est celui des dépenses militaires : quelque 35 milliards d’euros d’ici à 2039, témoignant de la conversion totale de notre économie en économie de guerre.

Manifestation lors de la journée de grève générale, le 29 novembre dernier en Italie.

Face à cette situation, la grève générale, à commencer par celle du 29 novembre 2024, doit devenir la première initiative d’une bataille longue et tenace contre le gouvernement Meloni et contre le patronat. Le rapport de force en faveur de notre classe ne changera que si nous parvenons à gagner sur quelques points fondamentaux.


Les syndicats et la gauche en partie responsables

Il faut remonter la pente de ces 40 dernières années d’histoire politique et syndicale. La complicité des syndicats et des forces dites de gauche, coupables de s’être démobilisés et d’avoir abandonné tout horizon transformateur et social au profit d’une société mercantile et compétitive, a fini par se retourner contre eux, les mettant hors de la table des négociations. Cela s’est vérifié avec l’actuel gouvernement Meloni qui n’a convoqué les syndicats qu’après avoir adopté leur manœuvre économique, privant ainsi les travailleurs et travailleuses de la seule véritable force disponible : la participation de masse et les luttes.

En conséquence de cette ligne syndicale malheureuse, une sorte de rejet et de scepticisme à l’égard de la lutte collective, du militantisme syndical et politique, s’est de plus en plus répandue parmi les masses laborieuses et les nouvelles générations. Cela a permis au gouvernement actuel de précariser davantage le travail et de faire passer la nouvelle loi criminalisant les conflits sociaux.
La précarité du travail a conduit à une perte de salaire qui a commencé dans les années 1990 avec le soutien des organisations syndicales et des partis de gauche. Il n’est pas étonnant qu’aujourd’hui, les partis dits progressistes et les syndicats eux-mêmes ne soient plus en mesure de représenter les besoins fondamentaux des masses.
Une véritable représentation des travailleurs n’est possible que si l’on arrive à obtenir des améliorations, même partielles, et si l’on est capable d’indiquer une perspective réelle de changement social. Dans le cas contraire, les voies vers de meilleures conditions de travail, et de vie en général, ne passent que par les voies individuelles classiques, donc partielles et basées sur la concurrence entre les travailleurs et travailleuses.

La nécessité d’un combat généralisé

La solidarité de classe, et la solidarité humaine de manière plus globale, ne s’exprime pas dans le besoin. Car dans la misère, le chantage se fait plus pressant. C’est pourquoi nous soulignons la nécessité d’une bataille unique et généralisée sur quelques objectifs définis. Il n’est plus concevable que chaque catégorie présente des propositions et des plateformes individuelles.

Les directions syndicales ont enfin pris conscience que la situation salariale ne peut plus être reportée et que la situation de l’emploi ne peut que s’aggraver, et ont réaffirmé, bien que timidement, la nécessité d’un gel des licenciements.

Il faut dépasser la fragmentation catégorielle et préparer une plate-forme généralisée unique et crédible pour appeler les travailleurs et les jeunes générations à la lutte.

La grève générale du 29 novembre a été suivie par 70% des travailleurs et travailleurs ainsi que par un demi-million de personnes dans les manifestations. Cela montre qu’il existe malgré tout une nouvelle volonté de se battre. Nous souhaitons que cela soit le début d’une nouvelle saison de lutte et de conflit social, seul moyen de réparer le tissu de la solidarité de classe et d’affirmer un nouveau projet de transformation sociale.

Cristiano Valente - Alternativa Libertaria/Federazione dei Comunisti Anarchici

[1Confederazione Italiana Sindacati Lavoratori (Confédération italienne des syndicats de travailleurs).

 
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