Politique

Hommage : Rolf Dupuy, cofondateur de l’ORA et historien disparaît




Militant anticolonialiste et communiste libertaire, Daniel Dupuy, dit Rolf (1946-2025) a posé sa plume. Il était un de ces historiens bénévoles, érudits et prolixes, grâce auxquels la mémoire du mouvement se perpétue.

Les curieuses et curieux d’histoire sont forcément, un jour ou l’autre, tombées sur le dictionnaire inter­national des militants anarchistes [1] comptant plus de 19000 notices biographiques. C’était, depuis les années 2000, le grand œuvre de Rolf, qui menait en parallèle un autre projet plus spécifiquement espagnol, le Dictionnaire des guérilleros et résistants antifranquistes [2] couvrant la période 1936-1975, et qui compte, lui, plus de 11000 notices.

L’objectif de ce labeur de bénédictin ? Constituer une base documentaire truffée de mots-clefs permettant, en agglomérant les itinéraires individuels, de reconstituer des épisodes historiques, des trajectoires collectives ou des tendances générationnelles. C’est une logique similaire à celle du Maitron, le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français [3] auquel Rolf avait activement participé.

Avant de se consacrer à la re­cherche historique dans les années 1980, Rolf fut militant. Né en 1946 de parents inconnus, il adhéra, dès ses 15 ans, au Front de solidarité avec la Révolution algérienne, puis fréquenta la CNT espagnole en exil, rue Sainte-Marthe. C’est dans la foulée de Mai 68 qu’il rejoignit la toute jeune Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA, ancêtre de l’UCL). Il s’y activa, entre autres, dans la solidarité avec la lutte clandestine dans l’Espagne franquiste. Lors de la scission de l’ORA, en 1976, il opta pour l’Organisation communiste libertaire, qu’il quitta l’année suivante en raison de sa dérive anti-organisationnelle. Dans les années 1990, il adhéra à la CNT-Vignoles.

En général, il recevait les visiteuses et visiteurs à la terrasse d’un café de la rue Monge, à Paris 5e. Œil malicieux, gouaille à l’ancienne, puits d’anecdotes, c’était un plaisir de s’attabler avec lui. Mais on grimpait rarement chez Rolf, qui vivait chichement dans un vieux, exigu et très encombré appartement sous les toits, qui empestait le cigarillo. C’était un peu sa grotte, son cocon rempli de bouquins et d’archives, du sol au plafond. Il en avait déjà donné une infime partie, de son vivant, au Fonds d’archives communistes libertaires de Montreuil, mais l’inventaire, le classement et le transfert de cet Himalaya de papier vers des instituts d’histoire sociale est le grand défi qui, à sa disparition, s’est posé à la famille, aux amis et camarades qui l’ont connu et accompagné dans ses vieux jours, marqués par de lourds problèmes de santé qui – chapeau – altéraient peu sa bonne humeur.

Son œuvre historienne ne disparaîtra pas. D’ores et déjà, une équipe de chercheuses, chercheurs, historiens et historiennes bénévoles se propose de reprendre l’édition de ses deux dictionnaires biographiques en ligne. Salut à toi Rolf, l’histoire sociale ne s’écrira pas sans toi  !

Guillaume Davranche (UCL Montreuil)

[1Militants-anarchistes.info.

[2Losdelasierra.info.

[3Maitron.fr.

 
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