Immigration : L’été des sans-papiers

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Depuis plusieurs mois, les enjeux sur l’immigration et la sécurité ont repris le devant de la scène militante et occupent une place centrale en vue de des élections de 2007 et 2008. Ce processus se caractérise par une production de lois, de circulaires, et d’injonctions d’expulsions.

La loi Sarkozy est passée et instaure une immigration “ choisie ”, non pas par les individu(e)s mais par le Medef pour satisfaire les secteurs de l’économie en recherche de main-d’œuvre (en attendant peut-être que les obligations faites aux chômeur(se)s et aux élèves que l’on oblige à choisir tel ou tel futur métier, produisent leur effet).

L’économie de marché, et le développement des pays du Sud vont continuer à produire une immigration “ illégale ”. Le patronat français a besoin des “ illégaux ” pour faire tourner certains secteurs (hôtellerie, restauration, nettoyage, bâtiment, agriculture…). Ce refus d’une régularisation vise à maintenir une pression sur le coût dûe la main-d’œuvre et à diviser français et immigrés et parmi ces derniers “ légaux ” et illégaux ”.

30 ans après la crise du pétrole et la décision de suspendre l’entrée des travailleur(se)s étranger(e)s et 10 ans après Saint-Bernard par des sans-papiers, rien n’a changé.

Ainsi c’est bien au regard de la restructuration constante de l’appareil productif vers l’accumulation des profits qu’il faut envisager l’emploi des étranger(e)s (avec ou sans papiers)et mener l’offensive contre le Ceseda (Code sur l’entrée, le séjour et le droit d’asile) comme facteur de précarisation de tous les travailleurs et toutes les travailleuses.

Renouveau antiraciste

Deux outils de lutte sont apparus ces deux dernières années, UCIJ (Uni(e)s contre une immigration jetable) et RESF (Réseau éducation sans frontières) dont des militant(e)s d’Alternative libertaire sont parties prenantes. UCIJ rassemble aussi bien des associations locales et des fédérations antiracistes des syndicats ainsi que des organisations politiques. Elle a permis de réunir des organisations très diverses, de travailler ensemble et de mutualiser les forces.

Avant l’été, UCIJ a pris la décision de mettre en place des commissions et d’envisager son avenir. L’une des commissions travaille pour produire un contre rapport sur l’immigration pour contrer les arguments du gouvernement. L’autre commission travaille à la proposition de rencontres régionales d’ici la fin de l’année et d’assisses nationales vers janvier 2007.

De nombreuses manifestations de soutien aux sans-papiers ont lieu dans l’hexagone peu relatées par les grands médias. Il y a bien l’existence d’un mouvement de désobéissance aux injonctions d’expulsions des étranger(e)s. Il y a aussi des grèves de la faim et occupations menées par les sans papiers eux/elles-mêmes qui sont ou seront évacuées par la police tôt ou tard.

Au milieu de cette effervescence on retrouve les permanences juridiques, les comités de soutien et les parrainages, initiatives qui, quand elles sont menées par les individu(e)s s’engageant à aider, accueillir, protéger une famille, sont autant d’actes de rupture avec le consensus de traitement de l’immigration. Mais lorsque ce sont des élu(e)s en écharpe tricolores qui récupèrent l’opération pour leur boutique électorale, cela n’a aucun effet, et n’est suivi par aucun changement d’attitude politique sur la “ gestion des flux migratoires ”.

Le risque est grand de retrouver dans la même démarche le soutien pour les “ bonnes familles ”, les “ bons élèves ”, et en même temps de solliciter une indulgence humanitaire et compassionnelle des autorités pour quelques milliers de personnes avant le remplissage des centres de rétentions.

RESF, né en 2004 a permis d’impulser et de coordonner la lutte contre les expulsions des élèves sans-papiers. Son originalité est également de ne pas mettre en avant un porte-parole unique, captif des médias mais d’essayer de faire circuler la parole plus largement.

Son mode d’organisation horizontal lui donne plus de souplesse et de capacité d’action qu’un regroupement comme l’UCIJ.

De plus en plus les luttes repoussent le légalisme en refusant de reconnaître la toute puissance de la loi. Est-ce une façon de désavouer la représentation politique institutionnelle et d’affirmer que c’est au peuple et à la démocratie de la rue de gouverner ?

La circulaire du 13 juin 2006 et son application a mis en avant la libre interprétation des textes par les préfets. 30 000 dossiers au minimum déposés et 6 000 seulement seront acceptés. Les nouvelles consignes du mois d’août données aux fonctionnaires de la préfecture montrent bien qui s’agit de mettre les personnes en difficultés pour les amener à la faute et pouvoir les refuser sur une procédure et non par rapport à leurs droits. Quinze minutes par dossier ne permettent pas un réel examen de la situation de milliers de familles. “ Vous n’avez pas apporté la preuve de votre attachement à la France ” sera la leitmotiv dans les semaines qui viennent.

Des papiers pour toutes et tous

Au mois d’août, un arrêté crée le fichier dénommé Eloi. Sous prétexte de lutte contre l’immigration clandestine le sinistre de l’intérieur vient de faire le choix d’instituer un fichage généralisé des personnes hébergeant un étranger assigné à résidence ainsi que les visiteur(se)s d’étranger(e)s placé(e)s en rétention. Ce fichier va diminuer la possibilité d’accès aux droits élémentaires pour les étranger(e)s par la peur qu’il va engendrer.

Pourtant au-delà des faits, l’évolution de l’opinion sur la question de l’immigration et des sans-papiers nous semble important. La médiatisation des affaires des enfants et des parents nous semble bien être un démenti par rapport à toutes les insinuations sur l’immigration. Brutalement le sans-papiers prend un visage de l’élève de la classe, du copain de ses enfants, de la maman qu’on côtoie tous les jours à la sortie de l’école.

La bataille est en cours. À ce jour, la chasse à l’enfant longtemps promise par le ministère de l’intérieur n’a pu s’ouvrir franchement. Mais rien n’est acquis pour les familles qui seront refusé(e)s et les jeunes majeurs. La venue des policiers dans les domiciles montre qu’un nouveau pas est entrain d’être franchi. Quoi qu’il en soit, on continue.

Noël (AL Paris Nord-Est)

 
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