Ecologie

Inondations en Espagne : Les catastrophes du capitalisme




Fin octobre, des inondations violentes ont eu lieu dans la région de Valence en Espagne. Les phénomènes météorologiques sont de plus en plus récurrents partout dans le monde et les conséquences sont dramatiques : décès, disparues, destructions d’infrastructures, etc. Même si ces événements ne peuvent pas être évités, les conséquences, elles, varient en fonction des mesures prises par les pouvoirs publics pour mettre à l’abri la population. Face à la vulnérabilité des villes, les décideurs n’ont, à Valence, clairement pas fait les bons choix et sont responsables de la situation difficile dans laquelle se retrouvent de milliers d’habitantes et habitants aujourd’hui.

Le 29 octobre dernier, des pluies violentes ont frappé la région de Valence, en Espagne : en trois heures, il a autant plu qu’en trois mois sur le territoire touché par la sécheresse. L’événement météorologique qui a eu lieu sur le territoire s’appelle DANA (acronyme espagnol qui signifie Depresion Aislada en Niveles Alto, dépression isolée à niveau élevé en français) ou, plus communément, « goutte froide ». Rapidement, la situation s’est transformée en inondation. Si l’on explique rapidement le phénomène il s’agit d’une instabilité atmosphérique causée par la rencontre entre une poche d’air froide et de l’air chaud qui remonte de la Méditerranée et qui provoque de fortes pluies. Alors que cette tempête ne se formait que quelques fois par an il y a cinquante ans, sa fréquence devient plus régulière avec l’augmentation de la température en surface de la mer Méditerranée qui entraîne l’évaporation constante d’eau chaude dans l’atmosphère.

Cet événement tragique a causé la mort de plus de deux cent vingt personnes et environ quatre-vingts portées disparues. Des communes ont été privées d’électricité et d’eau potable ou encore d’antennes téléphoniques. De nombreux commerces et habitations ont été détruits par les inondations. Il y a urgence aussi à nettoyer les rues de la boue qui transportent germes et bactéries susceptibles de diffuser rapidement des maladies au sein d’une population déjà traumatisée par les événements.
On le sait, le réchauffement climatique augmente l’intensité des phénomènes météorologiques violents et en accroît la fréquence aussi.

Capitalisme meurtrier, pouvoirs publics complices

Ce processus de réchauffement est en lien direct avec les activités humaines, notamment les projets d’extraction d’énergies fossiles, qui rejettent des molécules de CO2, de méthane ou encore d’oxydes d’azote. Pour survivre, le capitalisme cherchera toujours à exploiter la terre, à en extraire ses ressources afin d’augmenter démesurément la production, ce qui entraîne un réchauffement climatique. Tout cela se fait pour les seuls intérêts de la classe bourgeoise capitaliste. Le revers de la médaille, c’est un dérèglement climatique violent subit par la classe prolétaire.

L’importance de la situation a été sous-estimée par Carlos Mazón, chef du gouvernement de la Communauté valencienne. Au final, est-ce réellement surprenant lorsque l’on sait qu’il représente la coalition entre la droite (Parti populaire) et l’extrême droite (Vox), où existent des relents climato-sceptiques ? Ignorant les dangers de la situation, il a tweeté que la situation était sous contrôle. Pourtant pour l’Agence d’État de météorologie (AEMET), les signaux annonciateurs étaient déjà là puisqu’elle avait déjà déclenché l’alerte rouge sur la région dès le mardi matin.

Graffiti sur la facade d’un supermarché Consum, en référence aux cinq travailleur.euses mort.es à leur travail lors des innondations
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Finalement, les autorités locales ont donné l’alerte à la population en soirée, alors que des zones étaient déjà inondées. Le conservatisme tue puisque la Généralité de Valence a ignoré les appels du gouvernement espagnol (dirigé par le parti socialiste ouvrier espagnol) pour lancer les procédures d’aides d’urgences (Unité militaire d’urgence, garde civil, services de secours de Valence, etc.). Avec le recul, la situation n’étonne pas car Carlos Mazón avait déjà supprimé l’Unité d’urgence valencienne mise en place par le gouvernement précédent (de gauche réformiste), alors qu’elle avait été créée justement pour intervenir en cas de situations météorologiques extrêmes.

Des gens sont donc allées travailler malgré le risque évident. On le sait, mais pour les patrons, les profits valent plus que les vies des travailleuses et travailleurs. Ainsi, ils n’ont pas cru bon d’inciter les employées à rester en sécurité. Des photos ont circulé de toits d’entrepôts s’effondrant sous la pluie, d’employées d’Ikea qui ont dû passer la nuit sur leur lieu de travail, de livreurs sortis in extremis de leurs camions…

Les inondations étaient prévisibles, mais ses effets auraient pu être moindres si des choix politiques avaient pris en compte la vulnérabilité de la région pour en planifier son aménagement. En plus d’être localisée sur le littoral, Valence est la troisième plus grande ville du pays, avec plus de 800 000 habitantes et habitants. Les cartes de l’urbanisation de la ville ont été relayées par plusieurs médias, et pour cause, il est clair qu’elle s’étend sur des hectares de terres auparavant agricoles. En grignotant sur les terres pour les bétonner (artificialiser), l’eau s’infiltre plus difficilement dans les sols devenus imperméables, ce qui ne peut qu’augmenter les risques d’inondations lors de pluies torrentielles et de crues des fleuves Jucar et Magro. Mais ce n’est pas tout !

L’inconscience des politiques a permis la validation de constructions d’habitations dans des zones déclarées inondables depuis 2003. Ironie de la situation, Valence s’est vue décerner le titre de Capitale verte européenne en 2024 pour ses nombreux parcs, ses pistes cyclables et ses bus électriques. Ce label montre une fois de plus l’hypocrisie de l’Europe néolibérale pour laquelle écologie rime avec greenwashing et politiques environnementales de façades. C’est bien la destruction de près de 9 000 hectares de vergers qui a rendu, en partie, la ville si vulnérable aux inondations.

Une solidarité de classe plus vitale que jamais

Face à la lenteur institutionnelle qui a tardé à réagir et aux manques de secouristes, ce sont les habitantes et habitants qui ont dû prendre en main la situation. Forcées de se débrouiller pour enlever la boue, évacuer l’eau, et sans accès aux besoins de base, la police locale était occupée à arrêter, pour pillage, celles et ceux qui ont pris aux supermarchés ce dont ils avaient besoin pour vivre dans cette situation. Les institutions sont toujours là protéger les intérêts privés en toutes circonstances et les espagnols savent que ces comportements meurtriers sont responsables de la situation. À Paiporta, alors que le couple royal rendait visite aux sinistrées, ce sont des jets de boue qui l’ont accueilli. Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté leur colère, réclamant la démission de Carlos Mazón et de Pedro Sánchez qui, au nom d’oppositions politiques, ont sacrifié la vie de centaines de personnes dans la région en retardant les interventions nécessaires.

Rien que cette année, au Burundi ce sont environ 200 000 personnes qui ont été impactées par les inondations et 100 000 forcées au déplacement. Au Brésil, en avril, les médias parlent des pires inondations que le pays ait connu depuis quatre-vingts ans. En Asie du Sud-Est, le typhon Yagi a touché 6 millions d’enfants. Les effets du dérèglement climatiques se font déjà sentir dans de nombreuses régions du monde et doivent nous alerter collectivement. Ce sont les États occidentaux qui poussent au productivisme et à l’extractivisme qui aggrave les conditions de vie en les rendant plus vulnérables aux variations fortes du climat. L’Europe forteresse pille les ressources et détruit les terres des États du « Sud global » pour ses intérêts capitalistes tout en fermant ses frontières pour ignorer les conséquences de leurs politiques meurtrières. La rupture avec le capitalisme doit être nette, la solidarité doit être internationale : construisons une écologie décoloniale !

Elsa (UCL Grenoble)

 
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