Italie : Une Loi liberticide, esclavagiste et policière

Nous reprenons dans ces pages une partie d’un article publié sur le site Cerises La Coopérative le 29 septembre 2024, lui-même reprenant l’appel lancé par les camarades du Réseau Libre de lutter, en Italie. [2]
Depuis de nombreuses années, sous les prétextes les plus divers, des gouvernements italiens ont mis en place des lois visant à restreindre la liberté de faire grève, de lutter, de manifester. Le gouvernement Meloni est déterminé à poursuivre cette opération en démultipliant la répression étatique des luttes et de la contestation par le biais du projet de loi 1660. Avec cette « loi matraque », le gouvernement veut régler les comptes avec toutes les réalités et les expériences de la lutte en cours et créer les instruments juridiques nécessaires pour étouffer dans l’œuf les futurs conflits sociaux. La tendance croissante à la guerre sur le front extérieur nécessite un contexte social pacifié sur le front intérieur, et tous les appareils d’État « travaillent » dans ce sens.
Examinons les nouveaux règlements en détail.
Jusqu’à 20 ans d’emprisonnement pour quiconque manifeste de manière « menaçante ou violente » pour empêcher la réalisation d’un « ouvrage public » ou d’une « infrastructure stratégique ». Il s’agit de règles répressives plus sévères que celles contenues dans le code fasciste Rocco.
Le blocage des routes ou des voies ferrées est puni d’une peine allant de 6 mois à 2 ans.
Pour celles et ceux qui « dégradent » ou « détériorent » des biens meubles et immeubles « utilisés dans l’exercice de fonctions publiques » : emprisonnement de 6 mois à 1 an, pouvant aller jusqu’à 3 ans en cas de récidive.
L’occupation « non autorisée » de logements vides est punie de peines allant de 2 à 7 ans. La sanction s’étend également aux individus ou collectifs qui apportent leur soutien alors que l’on est exonéré si l’on coopère activement avec les forces de police pour expulser ou dénoncer les occupantes et occupants ou les sympathisantes et sympathisants.
La DDL [1] introduit deux nouvelles infractions commises, la première par quiconque « se procure ou détient de la documentation préparatoire à la réalisation d’attentats terroristes et de sabotages », la seconde par quiconque « distribue, diffuse, dissémine ou fait connaître par quelque moyen que ce soit du matériel contenant des instructions sur la préparation ou l’utilisation de matières explosives ou sur toute autre technique ou méthode en vue de réaliser un ou plusieurs délits non fautifs contre la sécurité publique, puni d’un maximum d’au moins cinq ans d’emprisonnement ».
Compte tenu de l’extrême élasticité et de l’arbitraire du concept de « terrorisme » – selon l’État italien, ce sont toutes les organisations palestiniennes qui luttent pour la libération de leur peuple tandis que l’État d’Israël, tout en commettant un génocide par des moyens terroristes, ne fait que se « défendre » – il est évident que quiconque possède du matériel provenant de ces organisations, ou, par exemple, du matériel utile à la lutte contre les grands travaux (comme des instructions sur la manière de franchir une clôture), est passible, dans le premier cas, d’une peine de 2 à 6 ans, dans le second, d’une peine de 6 mois à 4 ans de prison.
Les immigrées visées
Toutes les mesures pénales décrites jusqu’à présent touchent également les immigrées. Tout d’abord, un nouveau crime est introduit, pour toute personne qui « promeut, organise ou dirige une émeute » dans un centre de rétention, ou même dans un « centre d’accueil » – la peine est de 1 à 6 ans, jusqu’à 20 ans si un membre des forces de police ou du personnel du centre subit des blessures.
Deuxièmement, les immigrées enfermées dans les centres de rétention et les centres d’accueil peuvent être lourdement sanctionnées en cas de « résistance passive » aux « ordres donnés » (qui ne doivent même pas être légitimes) non seulement par les policiers, mais aussi par le personnel.
Troisièmement, le délai pendant lequel l’État peut révoquer la citoyenneté accordée à un « étranger » pour des condamnations liées au « terrorisme » est porté à 10 ans (contre deux actuellement).
Enfin, pour disposer d’un téléphone portable, l’immigrée originaire d’un pays non européen doit être en possession d’un permis de séjour !
Les policiers protégés
Dans le même temps, le nouveau délit de révolte pénitentiaire ou carcérale tombe pour quiconque « promeut, organise ou dirige une révolte », et est puni d’une peine d’emprisonnement de 2 à 8 ans. Mais avec des circonstances aggravantes, la peine s’élève jusqu’à 20 ans ! La résistance passive est également punie.
Jusqu’à présent, le report de l’exécution de la peine pour les femmes enceintes ou les mères d’enfants de moins d’un an était obligatoire ; avec la DDL 1660, il devient facultatif.
L’autre face est l’énorme augmentation des pouvoirs et des protections des forces de police. Directement, par le droit de porter en dehors du service, même sans permis, des armes non réglementaires ; indirectement, par l’augmentation généralisée des peines pour toute forme de résistance, même passive. Des peines pouvant aller de 2 à 5 ans d’emprisonnement. Le seuil de 5 ans est important car il permet à la justice de mettre l’auteure présumée en prison par le biais de la détention préventive.
C’est pourquoi ce DDL liberticide, esclavagiste et policier, rédigé sous la dictée des commandements militaires et pour les besoins de la course à la nouvelle guerre mondiale, doit être dénoncé et stoppé !
Nous le rejetons dans son intégralité, parce qu’il frappe toutes les luttes et formes de protestation en cours, et parce qu’il sert à imposer dans les usines, les entrepôts, les écoles, les prisons, l’ensemble de la société, une économie et une discipline de guerre avec leurs terribles coûts matériels et humains sur les classes laborieuses, qui constituent l’écrasante majorité de la société.
Ces réglementations d’État policier rappellent de plus en plus la structure classique des lois martiales promulguées en temps de guerre. C’est précisément pour cette raison qu’une mobilisation extraordinaire est nécessaire contre le DDL 1660, capable de s’opposer à la fois à son caractère odieusement répressif et vindicatif et au contexte de guerre dont il s’inspire.
Réseau Libre de lutter – Arrêtons ensemble le DDL 1660 (Rete Liberi/e di lottare – Fermiamo insieme il Ddl 1660)





