Antipatriarcat

Italie : un « non » obligatoire pour les victimes de viol ?




En Italie, le gouvernement d’extrême droite de Giorgia Meloni avance un agenda réactionnaire global, visant à mettre au pas les oppositions politiques. Comme chaque fois que l’extrême droite est au pouvoir, elle prend pour cible majeure les droits des femmes, ici à travers le projet de loi Bongiorno.

À la fin de l’année 2025, des députées proposent d’introduire la notion de « consentement libre et effectif » dans la loi, conformément à la convention d’Istanbul signée par l’Italie. Cependant, la sénatrice de la Ligue Giulia Bongiorno propose alors une rédaction alternative du texte, soutenue par le gouvernement, qui impose un recul majeur de la définition légale du viol. La notion de consentement disparaît, remplacée par la « volonté contraire ». En clair : ce serait désormais aux plaignantes de prouver qu’elles ont refusé la violence qui leur a été imposée, ce qui ne peut qu’augmenter la violence que le procès représente déjà pour elles.

Dans un pays où il a fallu attendre 1996 pour que le viol soit reconnu comme un crime contre la personne et non plus seulement contre la morale, l’extrême droite entend bien revenir sur les droits obtenus par les italiennes. Les deux batteries de lois sécuritaires promulguées en novembre 2025 et février 2026 augmentent ainsi les droits de la police et créent de nouveaux délits, ciblant principalement les oppositions politiques, les détenues, les immigrées [1], mais aussi les centres sociaux qui subissent une série d’opérations de police. Le projet de renforcement de l’ordre moral patriarcal et les reculs sur les droits des femmes s’inscrivent dans cette logique de guerre aux ennemies intérieures et extérieures.

Le mouvement social italien ne reste pas atone face à ces attaques. Le projet de loi Bongiorno a immédiatement fait face à une large opposition, et il a été un thème majeur des manifestations du 8 Mars dans tout le pays. Le rapport de force social est fortement impacté par le mouvement de masse en solidarité avec le peuple Palestinien, qui a culminé dans la grève générale des 22 et 23 septembre derniers. La large victoire du « non » au référendum sur la réforme de la justice des 22 et 23 mars a en outre représenté un camouflet important pour le gouvernement.

Malgré la répression, ce rapport de force a obligé le gouvernement à une série de reculs. La suspension de l’accord de défense avec Israël le 14 avril a été une victoire spectaculaire, tant elle rompt avec le soutien inconditionnel que l’Italie avait jusqu’ici affiché envers Israël. Qu’en est-il du projet de loi Bongiorno dans ce contexte ? Au moment de l’écriture de cet article, il est en cours de négociation entre les différents groupes parlementaires pour trouver une position de compromis – mais l’opposition a déjà annoncé qu’elle refuserait tout projet de loi où la notion de consentement ne figure pas.

Pour le moment, le processus législatif est donc bloqué. Mais ce n’est pas non plus une victoire. Face à l’extrême droite, la riposte féministe est indispensable, pour renvoyer définitivement ses projets rances aux oubliettes.

Danielle (UCL Lyon)

[1Anna Capretta, «  Italie : désigner et réprimer les ennemis de l’intérieur  », Contretemps, 9 avril 2026.

 
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