Jeux Paralympiques : Hypocrisie au pays du validisme

Les Jeux Paralympiques prenaient fin en septembre. Toujours séparés des Jeux Olympiques selon le souhait du CIO, cette compétition pose de nombreuses questions autour du validisme, et nous rappelle que les promesses de « visibilité » et de « représentation » sont bien souvent destinées à faire oublier l’absence d’avancée sur ce front.
« Qui ne saute pas n’est pas français ! », entonne joyeusement Emmanuel Macron en sautillant fébrilement, entouré de para-athlètes en fauteuils roulant le regardant l’air gênées. Cette scène surréaliste se déroule au terme de la « Parade des Champions », grand raout final récompensant les médaillées françaises des Jeux Olympiques et Paralympiques (JOP). Alors que ces derniers se sont clôturés le 8 septembre, cette scène sonne comme un rappel à la réalité : loin des promesses de « révolution paralympiques » que nous évoquions dans le précédent numéro d’Alternative libertaire [1], la France reste avant tout championne du validisme.
En onze jours, les Jeux Paralympiques auront fait se déplacer quatre fois moins de spectateurices que les JO valides, malgré des places souvent dix fois moins chères. Le résultat du validisme ambiant, d’un financement bien inférieur, mais aussi du cloisonnement entre les deux évènements. Une décision dictée par le Comité international olympique (CIO) avec comme principal argument l’idée que rassembler athlètes et para-athlètes risquerait de faire perdre toute visibilité au secondes, effacées par les premiers.
Des JOP au service du statu quo
Un argument intéressant à décortiquer : partant d’emblée du postulat d’un plus grand intérêt du sport valide, il sous-entend aussi qu’aucun effort, ni de l’organisation, ni des athlètes valides, ne serait envisageable pour changer cela. Le maximum imaginable pour le CIO, c’est un espace à part et délimité, qui laisse bien tranquille la majorité des valides en ne leur demandant aucun effort ou adaptation. Mais cette ségrégation doit aussi être interrogée : couper les Jeux en deux, c’est ancrer une conception binaire du handicap. On serait soit athlète, soit para-athlète, là où la réalité est bien plus complexe comme le rappellent à chaque édition des sportifs et sportives concourant à la fois aux Jeux Olympiques et Paralympiques, comme cette année les pongistes Melissa Tapper et Bruna Alexandre.
Cette binarisation va aussi de pair avec l’omniprésence d’un discours héroïsant autour des para-athlètes, qui individualise et dépolitise les parcours, tout en maintenant le mythe du mérite et le culte de la performance à tout prix. Loin de déconstruire des stéréotypes, les JOP renforcent ceux qui maintiennent le statu quo capitaliste et validiste [2].
Matériellement, passé les grandes déclarations creuses, absolument aucune mesure concrète n’a été annoncée concernant le handicap ou le handisport. Pire, alors que le gouvernement Barnier vient d’être annoncé, on constate qu’il ne contient aucun ministère ou secrétaire d’état chargé du handicap. Le sujet a-t-il été oublié ? Ou volontairement passé à la trappe, au sein d’un gouvernement qui a déjà annoncé compter couper encore dans les dépenses publiques, coupes qui ne sont jamais de bonne augure en matière de handicap et d’accessibilité.
Car la fameuse « visibilité » qu’apporterait tant les Jeux Paralympiques ne sert à rien si elle n’est pas mise au service d’un discours politique antivalidiste et de revendications matérielles concrètes. À nous de nous emparer de ces luttes et de les soutenir, et de penser un monde débarrassé du culte validiste de la performance.
N. Bartosek (UCL Alsace)





