Lire Christian Astolfi : L’Œil de la perdrix

Le fil rouge du dernier roman de Christian Astolfi, c’est la rencontre et l’amitié entre deux femmes, Rose-Marie et Farida. L’une, orpheline, âgée de 16 ans, a quitté son village de Corse avec son mari et leur bébé ; l’autre a quitté l’Algérie pour rejoindre mari et enfants. Leur entrevue fortuite à Toulon en 1957, à proximité du bidonville où habite Farida, permet de revenir sur l’enfance, la vie familiale repliée et silencieuse de Rose et leurs parcours de déracinées à toutes deux.
Leur amitié, l’alphabétisation et l’apprentissage de la lecture grâce aux ateliers d’éducation populaire, la conscientisation politique puis la participation à des mobilisations antiracistes et anticoloniales contre la guerre d’Algérie constitue pour Rose-Marie un bouleversement existentiel.
Les silences, remplis de solitude dans leurs vies respectives, se transforment en silences complices quand elles se retrouvent. L’isolement de Rose-Marie va disparaître aux portes du bidonville. D’une rencontre de hasard, leurs rendez-vous vont devenir vitaux, pour l’une comme pour l’autre, et leur permettre d’échapper un tant soit peu à la fatalité de leur vie. Jusqu’au massacre des Algériens du 17 octobre 1961 perpétré par la police parisienne qui viendra bouleverser leur complicité. Rose-Marie poursuivra tant qu’elle le pourra son engagement au sein du Mouvement pour la paix.
Avec cet ouvrage, témoignage d’une sororité qui ne dit pas son nom, Christian Astolfi poursuit son œuvre humaniste qui rend hommage aux humbles et aux invisibles. Son roman précédent, De notre monde emporté (Le Bruit du Monde, 2022), relatait l’histoire des Chantiers navals de La Seyne-sur-Mer (Var) et du délabrement des liens ouvriers avec sa fermeture, sur fond de désillusions liées à l’arrivée de la gauche au pouvoir dans les années 1980. Jusqu’à ce que les premiers morts de l’amiante provoquent la renaissance du collectif et de la lutte.
Gile (sympathisant de Brest)
- Christian Astolfi, L’œil de la perdrix, Le Bruit du Monde, août 2004, 240 pages, 21 euros.






