Culture

Lire Louis Oury : Les Prolos




Louis Oury est un ourvier autodidacte qui a su témoigner de sa condition, et celle de la classe ouvrière au sein de laquelle il a passé sa vie, avec une écriture tranchante, directe et attachante.

Les Prolos fait le récit, presque vingt ans après, de ses débuts à l’usine, de son évolution dans les différents ateliers, de ses réflexions autour de ses actions et de ses doutes, ceux de ses collègues et du contexte de travail éreintant dans la métallurgie.

Son écriture retrace avec une précision filmographique son corps et sa tête se mouvant dans les ateliers des chantiers de Saint-Nazaire. Pour nous donner une vision de ce que les travailleursses subissaient, et surtout de ce qu’ils et elles étaient en capacité de représenter, comme faillibilité sous la contrainte de l’exploitation capitaliste, mais aussi d’esprit de résistance, de solidarité, et de légèreté.

Il y a des moments frôlant l’épopée, quand le récit décrit les 10 000 ouvriers et ouvrières de ­l’usine de Penhoët tenant en 1955 une gréve de plusieurs mois dans la misère, mais avec une abnégation qui va se transformer en émeute dantesque, qui a impliqué le reste de la ville, et qui a mené à la victoire. Une bataille sublime vécue du point de vu de l’auteur, qui ­n’était ni syndicaliste, ni militant de quelconque organisation.

À bientôt 70 ans des faits, Les Prolos est à lire ou relire pour avoir une idée de ce que l’ancrage dans un territoire, ici celui des travailleurs et travailleuses et de leur représentantes syndicaux, une condition commune conscientisée et une appartenance au collectif permettent face à l’exploitation. Sans fétichiser le passé ou l’idéaliser, une telle lecture donne une bouffée d’air frais pour trouver les outils permettant une telle puissance de l’agir.

Marouane (UCL Nantes)

  • Louis Oury, Les Prolos, Agone, 2005, 253 pages, 19 euros
 
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