Lire : Mathilde Ramadier et Élodie Durand, « La Belle de Mai : Fabrique de révolutions »

Quiconque connaît Marseille a entendu parler du quartier de la Belle de Mai, quartier populaire du centre-ville ; ou alors de la Friche de la Belle de Mai, grand espace artistique et de création culturelle. Avant d’être un espace d’art, ces bâtiments étaient en fait une usine de tabac où une grande lutte ouvrière a eu lieu. Cette BD écrite par Mathilde Ramadier et mise en dessin par Élodie Durand, nous raconte l’histoire de la Manufacture des tabacs de Marseille et de toutes les cigarettières qui y travaillaient.
Cette histoire se passe en 1886. Les ouvrières de la Manufacture sont toutes des femmes, la plupart issues de l’immigration italienne. Elles sont encadrées par des hommes, des chefs d’ateliers, payés trois fois plus qu’elles. La BD nous raconte le racisme des autres ouvrières, le mistral qui gèle les travailleuses et les fait tomber malades, les humiliations et les gestes déplacés des chefs d’ateliers, la double journée de travail lorsqu’elles rentrent chez elle.
Mais les humiliations quotidiennes sont le terreau de la colère. La Commune de Marseille (1871) est encore fraîche dans les têtes, une grève couve, et atelier par atelier les revendications se propagent : l’arrêt des fouilles, des locaux chauffés, de meilleures conditions de travail, l’école pour les enfants, etc. Bien sûr, la grève va éclater, et la BD nous plonge dans ses remous, ses espoirs, ses difficultés, mais avant tout dans la sororité des cigarières.
La Manufacture est une propriété de l’État, la grève fait du bruit, le blocage et l’occupation de l’usine sont évoqués jusqu’à la chambre des députés ! Le monopole du tabac est très important pour l’État, il génère d’importants revenus finançant la dette publique. La puissance de cette grève a secoué les puissants du pays, mais également les syndicalistes masculins qui ne les ont pas soutenues parce que c’était des femmes. Seules, elles se sont auto-organisées et soulevées contre tous. Tout ceci donnera naissance à l’Organisation mutualiste féministe révolutionnaire, syndicat par et pour les ouvrières qui se battra pour l’égalité salariale et la défense des ouvrières.
Une BD à offrir pour Noël pour que l’on se souvienne que les femmes peuvent « emmerder tout le monde, l’État, la société, les hommes et même notre propre classe ».
Myriam (UCL Marseille)
- Mathilde Ramadier et Élodie Durand, La Belle de Mai : Fabrique de révolutions, Futuropolis, 2024, 144 pages, 22 euros.





