Lire : Que ma mort apporte l’espoir, Poèmes de Gaza

Il n’est pas aisé de faire la recension d’une anthologie poétique sans trahir les intentions et la puissance de l’écrit.
Les poèmes de Gaza, réunis dans ce petit livre émouvant, en édition bilingue, est de ces pépites poétiques qu’il faut avoir lues. Mieux vaut les citer, espérant susciter le plus vif intérêt pour ces témoignages poignants.
Quel espoir peut-il encore émerger du chaos ? Et toi, Gaza, Comment vas-tu ? De Nisrine Suleiman (25 octobre 2023)
« Comment vas-tu ?
Je suis un tas de gravats
Comment vas-tu ?
Je suis de la poudre et des éclats d’obus
Comment vas-tu ?
Je dors sous les décombres depuis quatorze jours
Comment vas-tu ?
Je suis Gaza …
Comment vas-tu ?
Je vais survivre. J’ai entendu que le ciel nous protège lorsque la mort nous troque contre des obus
Comment vas-tu ?
Je suis en quête de pain, d’eau et d’un calmant pour la douleur
Comment vas-tu ?
J’ai peur mais pas un infime détail n’en transparaît sur mon visage
Comment vas-tu ?
Je ne vais pas bien
Je ne vais pas bien
Je subis avec tous les Gazaouis une guerre d’extermination
Je
Ne vais
Pas bien »
Et il en est encore pour minorer les événements ! Tout est dit. Tout ou presque tout, tant la souffrance est abyssale en Palestine. Comment être mère à Gaza ? de Neeamat Hassan (26 octobre 2023)
« Être mère à Gaza
C’est ne pas dormir
C’est tendre l’oreille
Dans le noir
Tâter ses moindres franges
Trier un à un tous les sons
En choisir un, de quoi créer
Un conte à sa mesure
En faire une berceuse
Et quand tout le monde dort
se dresser comme un bouclier
Face à la mort
Être mère à Gaza
C’est ne pas pleurer
C’est ramasser la peur
La colère
Et les prières
À plein poumons
Attendre que les avions
Finissent de rugir
Pour libérer un soupir
Être mère à Gaza
C’est ne pas pouvoir être comme les autres mères
C’est faire du pain frais grâce au sel de ses yeux… »
Cette recension s’achève par un court extrait du texte de Maryam Qosh « Conjonction de coordination ».
« Nous entamons notre journée en inspectant les êtres qui nous sont chers
… Et nous autres sommes encore là, toujours là … en suspens. »
Dominique Sureau (UCL Angers)
- Collectif, Que ma mort apporte l’espoir ; Poèmes de Gaza, Libertalia, octobre 2024, 232 pages, 10 euros.






