Mars Imperium/Marseille impériale : Un portail de ressources sur l’histoire (post-)coloniale

Les empreintes de l’histoire coloniale sont nombreuses à Marseille. Ce patrimoine protéiforme, régulièrement questionné, témoigne d’une page importante de l’histoire de la ville dont la connaissance reste fragmentée et biaisée par un certain nombre d’idées reçues ou d’impensés. Elle ne permet pas d’évaluer correctement ses répercussions sur la société marseillaise des XIXe et XXe siècles, ni de bien comprendre les enjeux, les interrogations, les tensions et les revendications qui s’expriment actuellement, par exemple autour des statues représentant des femmes racisées quasi-nues – conçues comme « allégories » des colonies – du pied des escaliers de la gare Saint-Charles, ou des noms de rues à la gloire des tortionnaires de la colonisation.
Une demande sociale, un déficit et un besoin d’histoire : tels étaient les points de départ du projet Mars Imperium [1], le portail en ligne et en libre accès sur l’histoire impériale et (post-)coloniale de Marseille inauguré le 11 mars 2025.
Pour explorer cette histoire et la donner à comprendre et à transmettre, l’équipe de recherche porteuse du projet a fait le choix non d’écrire un ouvrage ou d’organiser un colloque, mais de réunir plusieurs partenaires [2] pour produire un portail web regroupant cinq plateformes en ligne, chacune abordant l’histoire (post-)coloniale de Marseille et ses multiples traces selon un angle de vue particulier. Un webdocumentaire réunit plus de 80 capsules vidéos de 5 minutes, chacune faisant le point sur un des aspects de cette histoire ou de ses répercussions actuelles.
On y trouve ainsi une capsule sur l’assassinat d’Ibrahim Ali en 1995 [3]. Un film documentaire, Focus 1922, revient sur l’exposition coloniale de 1922 à Marseille à partir de ses acteurs et actrices – organisateurs, artisans et personnes déplacées depuis les territoires colonisés pour incarner les colonies fantasmées, public marseillais. « Vitrines d’empire » tente une reconstitution de l’histoire d’une quarantaine d’objets muséifiés par le musée colonial de Marseille, à partir des archives, souvent silencieuses, des musées désormais dépositaires de ces objets. Les « balades numériques » proposent trois itinéraires thématiques dans la ville pour plonger dans l’histoire des traces urbaines laissées par la colonisation dans le patrimoine, les arts, l’architecture, la toponymie.
La médiathèque documente près de 1 500 archives et ressources sur l’histoire coloniale de Marseille, réunis virtuellement en un même lieu pour découvrir ou approfondir l’histoire de la cité phocéenne et, au-delà, de la France contemporaine.
Le portail propose également des parcours fléchés à l’intérieur de tous les contenus de ces plateformes, organisés selon des thématiques transversales : le rôle des sciences au service de l’impérialisme, la question du patrimoine colonial en ville, la place des femmes et du genre, les usages de la main-d’œuvre en contexte impérial, le racisme et l’antiracisme, les mouvements de lutte contre la colonisation.
Ce projet a réuni pendant trois ans une soixantaine de personnes : chercheuses et chercheurs, professionnelles des humanités numériques, membres des institutions culturelles partenaires, actrices du monde associatif, militantes, étudiantes, développeurs web, graphiste et cinéaste.
Ouvert à de nouvelles contributions, conçu pour que ces matériaux historiques puissent être réappropriés par toutes et tous, Mars Imperium a vocation à continuer à évoluer et à donner des idées sur d’autres villes à l’histoire coloniale.
Delphine Cavallo, coordination web et données pour Mars Imperium, laboratoire TELEMMe (AMU, CNRS)






