Antipatriarcat

Mémoire LGBTI Orlando : 10 ans après, une tuerie qui résonne encore




Le 12 juin 2016, au Pulse d’Orlando, célèbre boîte de nuit queer, 49 personnes ont été assassinées dans ce qui reste une des fusillades les plus importantes envers nos communautés depuis la Seconde Guerre mondiale. Un devoir de mémoire nous incombe, afin de ne pas les oublier, mais aussi de poursuivre la lutte contre les LGBTIphobies.

L’histoire des communautés LGBTI est marquée par les crimes patriarcaux et LGBTIphobes. Nos ainées, ceux et celles qui sont encore là, ont connu nombre de ces drames contre lesquels seules notre solidarité et notre rage nous permettent de survivre : ceux qui ont mené à Stonewall bien sûr, mais aussi la violence des luttes pour la dépénalisation, l’épidémie ravageuse du VIH et les politiques homophobes qui l’ont accompagnée, et tant d’autres. Pour nos jeunes générations – dont les gros faits d’arme ont été la lutte pour le mariage pour toustes, l’accès partiel à la PMA, ou la déchirurgicalisation des changements civils de genre – Orlando est un marqueur.

On n’oublie pas, on ne pinkwash pas

Nous nous souvenons où nous étions et de ce que nous faisions lorsqu’on a appris qu’aux États-Unis, la nuit du 11 au 12 juin 2016, un homme s’était introduit armé dans une boîte de nuit LGBTI, avait tué 49 personnes, pris en otage une trentaine et blessé 53 autres. Nous nous souvenons du choc de l’impensable à connaître ces meurtres de masse à nouveau dans notre génération, de la douleur qui a habité le mois des fiertés 2016.

Il y a 10 ans à Orlando, une soirée « Latin Night » avait lieu au Pulse, célèbre boîte de nuit ouverte par Barbara Poma en hommage à son frère John, mort du SIDA. Cette soirée programmait des performances et DJ set d’artistes LGBTI racisées, notamment issues de la communauté portoricaine, communauté doublement ciblée par le racisme et les LGBTIphobies. Cette fusillade est la plus meurtrière intentée sur le sol états-unien au moment des faits et est considérée encore aujourd’hui comme un des plus importants massacres LGBTI en Occident du XXIe siècle.

Si l’État islamique a revendiqué l’attentat a posteriori, les proches du tireur ont confirmé le caractère principalement homophobe de son acte. La sphère médiatique et politique occidentale s’est empressée d’instrumentaliser l’attentat à des fins racistes pour pointer du doigt les communautés musulmanes et amalgamer homophobie et Islam. Mais rappelons que la plupart des victimes de l’attentat d’Orlando étaient d’origine hispanique, et qu’aux États-Unis, pays majoritairement chrétien, les personnes LGBTI étaient déjà auparavant les minorités les plus ciblées par les crimes de haine [1].

Ne pas laisser l’histoire se reproduire

Dix ans, c’est loin, mais visiblement pas assez pour que le sang ait eu le temps de sécher. Depuis quelques années, avec la fascisation mondiale, nous constatons une recrudescence massive des violences anti-LGBTI. Les États-Unis en sont un baromètre, et il est mauvais. En effet, l’Institut Lemkin pour la prévention des génocides (ONG étatsunienne) alerte depuis des mois sur un risque génocidaire à l’encontre des personnes trans mis en place par l’administration Trump [2] : invalidation de permis de conduire si le genre inscrit diffère de celui de naissance, incitation à la dénonciation de personnes utilisant supposément les mauvaises toilettes publiques, interdiction de la mention LGBTI dans les programmes scolaires, etc. L’histoire nous montre que le retrait de papiers d’identité d’une catégorie de la population précède dangereusement son éradication. Dix ans après, nos adelphes font face à un nouveau crime de haine à grande échelle aux États-Unis. Face aux violences administratives comme à celles militaires, de la capacité de nos communautés à s’entraider résulte celle à nous défendre.

Se souvenir, c’est aussi s’engager à lutter pour améliorer les conditions de vie des vivantes et vivants. Encore dans de trop nombreux endroits du monde, nous mourrons de n’être que nous-mêmes, que cela résulte du choix d’un seul individu armé ou de politiques d’État largement menées.

L’adelphité comme seule réponse aux fascismes

Nous l’avons appris de dure lutte, ni l’État, ni la police, ne protègent nos vies : au mieux, ils nous laissent seules affronter les haines LGBTIphobes, au pire ils en sont les instigateurs, y compris en Europe et en France.

Nous pouvons citer comme exemples les lois anti-LGBTI en Hongrie et en Bulgarie (interdiction la « propagande LGBT » à l’école et assimilation des homosexuelles à des pédocriminelles), ou encore les « zones anti-LGBT » de la Pologne en 2021. Mais c’est un phénomène plus large que simplement quelques pays réactionnaires. En effet, l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne alerte depuis plusieurs années sur la montée des discours de haine dans les états membres [3]. Analysant la retombée de ces médiatisations d’intolérances récurrentes, elle évoque une corrélation forte entre la montée du racisme et la montée des LGBTIphobies ; en d’autres termes, plus l’extrême droite est forte et plus les vies des personnes minorisées sont en danger. L’Union européenne reste néanmoins passive face à la montée du fascisme. Pour preuve, le refus, en mai 2026, d’interdire les thérapies de conversion en son sein, au prétexte de ne pas empiéter sur les politiques des États membres. Comment ne pas y voir une lâcheté collective face à la torture de centaines de milliers de personnes en Europe et des politiques qui la financent ?

Enfin en France, les chiffres sont effrayants : depuis 2022, elle ne fait que reculer dans le classement des pays européens respectant les droits LGBTI, en 15e position aujourd’hui. Quant à ses scores sur la Rainbow Map d’ILGA Europe [4] : ils sont désormais d’à peine 50 % sur le respect des droits des demandeuses et demandeurs d’asile LGBTI, de seulement 46 % sur la législation condamnant les crimes de haine envers les personnes LGBTI, et honteusement de 0 % sur le respect de l’intégrité des mineures intersexes. Ajoutons à cela un triplement des crimes et délits anti-LGBTI entre 2016 et 2024 et 1 salariée LGBTI sur 3 victimes d’agression ou de discrimination au travail en 2026 [5] ; tout ceci ne traduit que trop durement les violences que chaque jour nos communautés surmontent.

Cette année, nous nous souvenons des 49 des nôtres tombées sous les balles d’un homophobe il y a 10 ans. C’est par la lutte que nous honorerons leur mémoire, pour que plus jamais nous n’ayons d’Orlando.

Myriam et Ness (UCL Marseille)


NOMS ET ÂGES DES 49 VICTIMES DE LA FUSILLADE D’ORLANDO LE 12 JUIN 2016

Edward Sotomayor Jr., 34

Stanley Almodovar III, 23

Luis Omar Ocasio-Capo, 20

Juan Ramon Guerrero, 22

Eric Ivan Ortiz-Rivera, 36

Peter O. Gonzalez-Cruz, 22

Luis S. Vielma, 22

K.J. Morris, 37

Eddie Jamoldroy Justice, 30

Anthony Luis Laureano Disla, 25

Jean Carlos Mendez Perez, 35

Franky Jimmy Dejesus Velazquez, 50

Amanda Alvear, 25

Martin Benitez Torres, 33

Luis Daniel Wilson-Leon, 37

Mercedez Marisol Flores, 26

Xavier Emmanuel Serrano Rosado, 35

Gilberto Ramon Silva Menendez, 25

Simon Adrian Carrillo Fernandez, 31

Oscar A Aracena-Montero, 26

Enrique L. Rios Jr., 25

Miguel Angel Honorato, 30

Javier Jorge-Reyes, 40

Joel Rayon Paniagua, 32

Jason Benjamin Josaphat, 19

Cory James Connell, 21

Juan P. Rivera Velazquez, 37

Luis Daniel Conde, 39

Shane Evan Tomlinson, 33

Juan Chevez-Martinez, 25

Darryl Roman Burt II, 29

Deonka Deidra Drayton, 32

Alejandro Barrios Martinez, 21

Jerald Arthur Wright, 31

Leroy Valentin Fernandez, 25

Tevin Eugene Crosby, 25

Jonathan Antonio Camuy Vega, 24

Jean C. Nives Rodriguez, 27

Rodolfo Ayala-Ayala, 33

Brenda Lee Marquez McCool, 49

Yilmary Rodriguez Solivan, 24

Christopher “Drew” Leinonen, 32

Angel L. Candelario-Padro, 28

Frank Hernandez Escalante, 27

Paul Terrell Henry, 41

Akyra Monet Murray, 18

Christopher Joseph Sanfeliz, 24

Antonio Davon Brown, 29

Geraldo A. Ortiz-Jimenez, 25


PARLER LGBTI POUR MIEUX LUTTER

Les mots font partie des outils politiques des luttes LGBTI pour déconstruire les normes sociales. Les connaître, c’est déjà être une meilleure alliée.

• LGBTI : Terme englobant les personnes Lesbiennes, Gay, Bisexuelles, Transgenres et Intersexes.

• Aldephe : terme neutre, équivalent de « frère » ou « sœur ».

• Autodétermination de genre : concept désignant la capacité individuelle à déterminer par soi-même son genre, en opposition avec le système binaire (homme/femme) sociétal où nos genres sont assignés à la naissance de manière arbitraire.

• Cisgenre : désigne les personnes dont le genre est identique à celui assigné à la naissance. Contraire de transgenre.

• Coming out/Outing : On parle de coming out lorsqu’une personne révèle son orientation sexuelle LGB ou son genre TI. En opposition, on dit qu’une personne est « outée » lorsque son orientation sexuelle ou son genre est révélé sans son consentement.

• Drag : art performatif inspiré du théâtre pratiqué dans les communautés queer, basé sur la critique des normes de genre.

• Iel/ellui : pronoms neutres, équivalents de « elle » ou « il », et de « elle » ou « lui ».

• Intersectionnalité : concept sociologique développé par Kimberle Williams Crenshaw permettant d’analyser la manière dont les oppressions sociales s’imbriquent entre elles (par exemple la classe, la race et le genre), multipliant les violences subies par les personnes qui les cumulent.

• Mégenrer une personne : Désigner une personne par un autre genre que le sien, à travers des pronoms, une identité ou son deadname (prénom de naissance abandonné).

• Non-binarité : englobe les genres autres que homme et femme et est compris dans le T de LGBTI. On parle de personnes non-binaires.

• Passing/expression de genre : désigne l’apparence par laquelle on est perçues socialement.

• Personnes sexisées ou minorisées de genre : désigne les personnes subissant la misogynie, soit les femmes, les personnes non-binaires et les hommes trans.

• Queer : initialement insulte anglophone envers les personnes LGBTI, le terme est réapproprié par ces dernières le revendiquant comme symbole de fierté identitaire et de mouvement politique d’émancipation des normes de genre et de sexualité.

• Transition de genre FTM/MTF : désigne le fait de changer de genre, depuis une identité masculine à une identité féminine, ou l’inverse. Une transition de genre peut également se faire vers un genre non-binaire.

[1Chiffres de 2014 du Federal Bureau of Investigation.

[2«  États-Unis : Les personnes trans face au risque génocidaire  », Alternative Libertaire no 370, avril 2026.

[3European Parliamentary Research Service, «  Hate speech and hate crime targeting LGBTI people  », janvier 2025.

[4ILGA Europe est une ONG regroupant plus de 750 organisations LGBTI en Europe et Asie centrale. Chaque année, elle réalise un état des lieux des politiques LGBTI et actualise une Rainbow Map, définissant un pourcentage d’avancée des droits dans les différents pays. Les chiffres utilisés sont ceux de 2026.

[5Chiffres de l’Observatoire des inégalités.

 
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