Mois des fiertés 2025 : Une lutte plus que jamais nécessaire

Chaque année, le mois de juin marque le Mois des fiertés : une période stratégique de visibilisation, de célébration, mais surtout de construction politique et de lutte pour les droits des LGBTI. Marquée par de profonds contrastes entre avancées symboliques et reculs inquiétants, l’année 2025 exige une mobilisation sans faille de tout notre camp social.
Partout en Europe et aux États-Unis, les attaques contre les personnes LGBTI s’intensifient. En déclarant qu’« il n’y a que deux genres : homme et femme », Trump a donné le ton de ce nouveau mandat, véritable croisade contre ce qu’il qualifie de « délire transgenre ». Ses positions sont relayées et amplifiées par les chiens de garde du capitalisme de surveillance, Musk et Zuckerberg en tête. En abattant toutes règles de modérations, sur leurs plateformes au nom de la liberté d’expression, ils offrent un terrain fertile à la prolifération des discours de haine et des attaques ciblées contre nos communautés. Leur responsabilité est immense dans la fascisation en cours et dans le recul dramatique de nos droits. Ce virage se répercute aussi sur l’organisation des prides libérales, dont les entreprises sponsors ont annoncé retirer leur soutien pour aller dans le sens des nouveaux vents conservateurs du capitalisme.
Alors que nous bouclons ce numéro, la Court suprême du Royaume-Uni vient de décider d’exclure les femmes trans de la définition juridique du terme « femme », une décision prise suite à d’intenses pressions des lobbys transphobes. En Hongrie, le Parlement a adopté en mars à une large majorité une loi interdisant purement et simplement les Marches des fiertés. Les participantes et participants risquent désormais une lourde amende, tandis que la police pourra identifier les personnes présentes à l’aide d’outils de reconnaissance faciale. Un tournant dans la criminalisation des LGBTI, qui augure un durcissement des politiques dans d’autres pays européens – à commencer par la France – si le Rassemblement national (RN) venait à accéder au pouvoir, tant ses accointances avec Viktor Orbán sont connues.
Justement, le climat politique et médiatique français se durcit également. La banalisation des discours les plus odieux, portés notamment par la montée du RN, contribue à la normalisation de la transphobie et des violences de genre. Le traitement médiatique de l’agression transphobe du 13 mars en est un révélateur glaçant : à l’unisson, les médias ont relayé un récit empreint de voyeurisme, minimisant les violences subies et criminalisant les personnes trans. Ce glissement réactionnaire se manifeste également dans l’éducation nationale, où la notion de transphobie a été évincée du nouveau programme d’éducation à la vie affective et relationnelle et à la sexualité.
Les personnes LGBTI, aux côtés des femmes, des personnes racisées, exilées, ou handicapées, se retrouvent une fois de plus en première ligne face aux politiques autoritaires, sécuritaires et patriarcales.
La résistance s’organise
Malgré ce contexte délétère, des avancées voient le jour. En janvier 2025, la Thaïlande est devenue le premier pays d’Asie du Sud-Est à légaliser le mariage pour toutes et tous. En Europe, des débats s’ouvrent en Grèce, en République tchèque et au Monténégro sur de nouveaux droits pour les LGBTI.
Et la riposte populaire gronde face aux lois sécuritaires et répressives : en Hongrie, plus de 10 000 personnes ont manifesté dans la capitale le 1er avril pour dénoncer l’interdiction des Marches des fiertés. Une mobilisation massive qui envoie un message clair : malgré la répression, la Pride de Budapest, qui célèbre cette année sa 30e édition, aura bel et bien lieu ! En Argentine, c’est le carnaval qui s’est mué en une journée de mobilisation massive des LGBTI face aux dernières mesures transphobes de Javier Milei.
En France aussi, des initiatives solidaires émergent de la base : la récente campagne de dons pour l’Organisation de solidarité trans (OST) a permis de récolter plus de 56 000 euros – soit 113 % de l’objectif initial. Une victoire qui illustre la force du tissu militant et l’urgence de soutenir les luttes trans.
Le Mois des fiertés ne peut pas être qu’un moment festif. Il doit être un moment de convergence des luttes, de revendications offensives et de riposte politique. Partout en France, des marches sont prévues en juin – dans les grandes villes comme dans les campagnes. Les prides rurales sont devenues des leviers émergents pour visibiliser les droits LGBTI là où nos existences sont encore souvent ignorées, voire niées.
Mais au-delà de la visibilité, il nous faut construire une contre-offensive politique. Il ne s’agit pas simplement de défendre des droits menacés, mais d’imposer nos revendications avec force et fierté. Nous ne pouvons ignorer les dangers qui se manifestent dans la rue comme au sommet de l’État. L’unité de notre camp social est une nécessité vitale pour y faire face. En ce mois de juin 2025, portons haut les couleurs de nos luttes. Construisons des prides massives, radicales, politiques. Refusons le repli défensif, et contre-attaquons ! Imposons notre présence, notre dignité, notre droit à vivre pleinement !
Lysandre (commission Antipatriarcat)





