Morbihan : Contre le fascisme local, un antifascisme social

S’il est évident que l’extrême droite confirme largement son implantation, en France comme à l’international, cela s’exprime différemment en fonction des zones géographiques et de leur histoire sociale. En Bretagne, à l’époque qualifiée de « terre de mission » par le Front national de Jean-Marie Le Pen, la naissance de groupuscules fascistes fait écho à la montée récente du Rassemblement national (RN) dans les urnes. À Lorient, le travail se construit pour y opposer un antifascisme large et unitaire.
Toute distance gardée avec les résultats électoraux dont nous connaissons les biais, avec 26 circonscriptions sur 27 qui ont vu des candidats RN se qualifier au second tour aux législatives de 2024, la Bretagne n’est plus épargnée par le mouvement réactionnaire national.
Dans le Morbihan, deux groupuscules d’extrême droite se sont implantés récemment, le premier, An Tour-Tan, à Vannes et le second, nommé La Digue, à Lorient. Cela représente une nouveauté inquiétante depuis la cessation des activités d’Adsav, un parti de la mouvance nationaliste et indépendantiste bretonne qui a arrêté ses activités officiellement vers 2016. Si An Tour-Tan tente de se présenter comme une association « culturelle » qui propose des cours de breton et des activités ludiques pour cacher sa proximité idéologique avec l’extrême droite flamande, La Digue affiche clairement la couleur en se revendiquant nationaliste et royaliste. Dans les deux cas, ce sont comme partout les mêmes modes d’action qui se mettent en place : propagande agressive, groupes de combat, action directe à l’encontre des militantes progressistes, des personnes racisées ou LGBTI.
Ainsi, ces dernières années, les méfaits des groupuscules fascistes se sont multipliés, allant d’attaques contre des syndicalistes à un autodafé de livres LGBTI pendant le Mois des Fiertés publié dans une vidéo reprenant sciemment les codes de l’Allemagne nazie, en passant par de nombreuses intimidations. On a également pu voir des individus, dont des militaires basés à Lorient, s’en prendre à des révoltées suite à la mort de Nahel, avec le soutien tacite des forces de l’ordre, dans un contexte de permissivité de la violence répressive et des idées réactionnaires. En novembre, la Digue a franchi un nouveau palier en taguant largement la fac de Lorient avec, outres les messages nauséabonds habituels, une attaque nominative et clairement transphobe à l’encontre d’une militante, puis en agressant les personnes venues recouvrir leur messages.
La volonté de s’organiser contre le fascisme est réelle mais se heurte aux mêmes difficultés qu’ailleurs. S’il ne faut pas laisser la rue à l’extrême droite, quelle que soit la forme de son expression, il est également essentiel de continuer un travail de fond et non juste en réaction, pour lutter contre la porosité de ses idées. Cela s’accompagne d’un travail unitaire large, avec des organisations ne portant pas le même projet politique.
Pour aller dans ce sens, l’UCL a contribué à impulser la création du Collectif antifasciste du Morbihan (CAM) en 2022. Ce dernier a depuis permis l’organisation de conférences, assuré une veille, mais surtout renforcé la capacité à réagir ensemble aux attaques. En octobre, le collectif a contribué à faire interdire une manifestation de la Digue, mais a maintenu son propre appel à se rassembler qui a réuni un éventail large, alliant organisations politiques électoralistes, groupes antifascistes et associations citoyennistes. Ce travail de construction, s’il est fastidieux et chronophage, apparaît essentiel car notre antifascisme doit être social. Il ne peut pas se cantonner à un discours et des pratiques uniquement radicales souvent inaudibles pour une large majorité de la population, ou à l’inverse être attentiste à l’égard des organisations dont la réponse principale se trouve dans les élections ou l’action de l’appareil d’État.
UCL Lorient





