Histoire

Nécrologie : Claire Auzias (1951-2024), une passeuse anarchiste




Claire Auzias se définissait comme anarchiste individualiste (mais bon nous ne sommes pas sectaires) ; elle était avant tout anarchiste, féministe et historienne.

Claire Auzias grandit dans une famille communiste. Très jeune, elle fera l’expérience de la solidarité : à dix ans, elle cède sa chambre à une militant du FLN que ses parents cachent à leur domicile.

Sur les murs de l’appartement, elle lit « Vive la dictature du prolétariat », mais elle dit « non, pas dictature ». Toute sa vie durant sera à cette image. À l’âge de quatorze ans, elle demande à être émancipée. Début mai 1968, au lycée, elle doit intervenir lors d’un débat : elle préfère partir en manif.
Une historienne engagée

En 1980, Claire Auzias soutient une thèse d’histoire sur la mémoire orale des mouvements libertaires à Lyon avant la Seconde Guerre mondiale. Ses sujets d’études croisent les questions sociales et de genre. On y rencontre les figures d’Emma Goldman et de Louise Michel mais également les ouvrières ovalistes. Ces femmes ouvrières de la soie entament en juin 1869 une grève à Lyon, la première grève menée par des femmes en France.

Une page de l’histoire ouvrière et sociale tombée dans l’oubli que Claire Auzias contribue à sortir de l’ombre.

Elle oriente ensuite ses travaux de recherche sur l’étude des populations Roms et Tsiganes faisant œuvre de mémoire concernant le génocide des Roms qui fit plus de 500 000 morts (sur les 700 000 qui vivaient alors en Europe). Son livre Samudaripen, le génocide des Tsiganes a permis de sortir de l’oubli ce génocide qui reste encore peu connu et reconnu.

Dans les années 2000, Claire Augias s’investie dans différents projets éditoriaux : elle participe en 2004 à la fondation des éditions Égrégore. Elle est également membre du comité de rédaction de la revue Chimères, fondée par Gilles Deleuze et Félix Guattari, et plusieurs de ses ouvrages sont édités par les Ateliers de création libertaire.

Restée fidèle à ses engagements libertaires de jeunesse, c’est une historienne non conformiste qui nous a quitté. Ne laissons pas s’éteindre les vies et les luttes qu’elle a participé à mettre en lumière.

David (UCL Savoies)

 
☰ Accès rapide
Retour en haut