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Népal : Des politiciens pourris balayés, et après ?




Les 8 et 9 septembre, le Népal a connu deux journées insurrectionnelles impressionnantes. Plusieurs lieux emblématiques du pouvoir politique, institutionnel et économique ont été incendiés. Le président Khadga Prasad Sharma Oli a été forcé à la démission. Quelles perspectives pour le peuple népalais, trois mois après cette démonstration de force ?

Comme au Maroc, en Indonésie ou à Madagascar, la jeunesse populaire de la GenZ  [1] se soulève contre des politiciens vieillissants et corrompus, qui représentent des bourgeoisies sous la coupe de l’impérialisme. Au Népal, 20,8 % des jeunes sont au chômage. 7,5 % de la population vit hors du pays, notamment au Qatar où des centaines de milliers de Népalaises et Népalais travaillent dans des conditions de quasi-esclavage. Pour le pays, classé par l’ONU dans les « pays les moins avancés » (PMA), les envois de fonds depuis l’étranger représentent plus d’un quart du PIB. La bourgeoisie, elle, se pavane dans un luxe insolent, dénoncé par de nombreuses publications sur Instagram et Twitter. L’interdiction de 26 de ces derniers par le gouvernement a été la provocation de trop. La répression sauvage (74 morts et mortes sous les balles de l’armée) ne pouvait pas suffire pour maintenir ce régime haï.

La faillite du maoïsme et de la démocratie bourgeoise

Pourtant, le parti au pouvoir se réclamait du « communisme », tout ­comme l’opposition institutionnelle. Ce paradoxe est le résultat de la faillite du maoïsme népalais  [2]. Les deux partis maoïstes au centre du jeu politique, le PCN-MLU et le PCN (M), partagent une même idée. La perspective communiste serait prématurée tant qu’un capitalisme national et une démocratie bourgeoise n’ont pas vu le jour. Il faudrait donc renvoyer à plus tard la lutte des classes. Cette théorie, qui représente un abandon du communisme, a permis aux maoïstes de devenir des partis bourgeois aussi vérolés et détestables que les autres.

La GenZ sanctionne aussi les promesses non tenues de la démocratie bourgeoise : la constitution datant de 2015 contient, certes, des aspects progressistes mais elle n’a pas vraiment changé la vie des classes populaires. Tant que les travailleurs et travailleuses n’ont aucun pouvoir effectif, la démocratie n’est qu’un vain mot.

cc Chris Hooton

Une fois ces politiciens balayés, quelles perspectives pour le soulèvement ? Dès la démission du président Khadga Prasad Sharma Oli, une présidente par intérim a été désignée pour assurer la transition jusqu’aux élections, Sushila Karki. Ancienne présidente de la Cour suprême, elle n’est pas un visage du mouvement de contestation, même si elle a été obligée de lui donner des gages.

La nomination d’un nouveau gouvernement ne fait pas une révolution victorieuse, d’autant moins que la lutte contre la corruption n’est pas en soi anticapitaliste. On peut d’ailleurs craindre une réaction libérale au nom de la lutte anti-corruption, comme au Sri Lanka ou au Bangladesh. Mais le mouvement contestataire décentralisé, créatif et massif, a fait émerger chez des centaines de milliers de Népalaises et Népalais une nouvelle conscience politique, et leur a fait réaliser leur force collective. Pour les masses, l’enjeu central de la période qui s’ouvre sera de maintenir cet embryon de pouvoir populaire, l’amplifier et le pérenniser, et d’opposer une nouvelle vague de leur colère à toute tentative de leur voler leur révolution. Vive la lutte du peuple népalais  !

[1Personnes nées entre la fin des années 1990 et le début des années 2010.

[2Voir Alex de Jong, «  Népal : le soulèvement vient de loin  », Contretemps, septembre 2025, https://www.contretemps.eu/nepal-soulevement-vient-de-loin/.

 
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