Polluants éternels:Emplois sauvés, travailleurs et travailleuses en danger

Les polluants éternels, grand sujet de discussion depuis les années 1990, contaminent toujours les ressources en eau potable et les corps des travailleurs et travailleuses. Les industriels qui jouent la carte de la sauvegarde de l’emploi ne sont jamais sanctionnés : il y a urgence pour les syndicats de se positionner clairement contre les PFAS en adoptant une stratégie écosyndicale claire.
En février était votée à l’Assemblée une loi interdisant les polluants éternels (PFAS). Les Écologistes ont annoncé une victoire éclair mais derrière les éléments de langage la question est plus globale et mérite une réflexion de notre classe. Nous pouvons remarquer que si celle-ci était peu traitée médiatiquement en France, c’était déjà un sujet sur lequel les États-Unis avaient déjà légiféré dans les années 90. Dans la foulée, la Convention de Stockholm venait inscrire la réduction des polluants organiques persistants à l’agenda de quasiment toutes les autres nations. Ce cadre international favorise notamment les interdictions domestiques mais les députés RN n’ont pas reçu le mémo puisqu’on a pu les voir s’agiter sur les dangers pour l’industrie française.
Polluer est un droit ET un devoir industriels !
La résistance patronale a ici obtenu gain de cause autour du teflon dont Tefal ne saurait se passer. Mais le manège ne s’arrête pas là : cette entreprise en a profité pour organiser une manifestation de ses propres travailleurs et travailleuses. Un arc FO, CFDT et CFE-CGC a défendu à Paris le droit de leurs membres à être en première ligne face aux contaminations de polluants éternels. Seule la CGT a résisté à ce chantage à l’emploi, alors que c’est notre confédération qui doit faire face aux fermetures d’usines.
Solvay dans le Gard a été agité par les lobby pro-PFAS mais les salariées ne s’y trompent pas. Une fois de plus le capital s’échappe pour aller polluer ailleurs. Cette situation réaffirme la nécessité de l’écosyndicalisme. Les organisations de défense de l’environnement auraient certes pu chercher à contacter en priorité la CGT de Solvay avant de rendre publics les résultats sur les contaminations, mais cela ne règle pas la question du chantage à l’emploi qui devient de plus en plus facile pour le patronat. Nous devons renforcer la formation de nos représentants et représentantes du personnel et de nos adhérentes aux enjeux écologiques de la production, sans quoi ce sera toujours les puissants qui s’en saisiront avant nous.
Une enquête de Splann ! a révélée que dans le très rural Centre Ouest Bretagne le syndicat d’eau potable de Rostrenen a ignoré une contamination très alarmante au PFOS (un PFAS contenu dans la mousse anti-incendie), pourtant connue depuis 2017, exposant une des population les moins favorisées de Bretagne à des risques cancérigènes. Le PFOS est interdit en France depuis 2009 et sa présence dans l’eau potable normée depuis 2013. La bataille juridique continue au niveau européen pour l’interdiction d’autres PFAS présents dans la mousse anti-incendie, mais la question qui doit se poser est la suivante : qui prendra en charge la dépollution pour rendre notre eau potable ? Il n’est jamais question au niveau national ou européen de faire payer les industriels qui ont externalisé leurs coûts de production dans nos nappes phréatiques. La lutte pour la justice environnementale est encore longue.
Corentin (UCL Kreiz-Breizh)





