Réchauffement climatique : notre maison brûle, regardons le capital

L’été 2026 a été marqué par des vagues de chaleurs et des feux de forêts inédits en France. Et ce n’est pas un constat qui va aller en s’arrangeant. Il y a eu 4 fois plus de jours de canicules cette dernière décennie que dans les années 1980, et on peut s’attendre à 5 fois plus de jours de vagues de chaleur par an d’ici 2050.
L’été 2026 a été marqué par des vagues de chaleurs et des feux de forêts inédits en France. Et ce n’est pas un constat qui va aller en s’arrangeant. Il y a eu 4 fois plus de jours de canicules cette dernière décennie que dans les années 1980, et on peut s’attendre à 5 fois plus de jours de vagues de chaleur par an d’ici 2050.
Loin d’être un sujet anecdotique, les canicules sont un véritable enjeux de santé publique. Un bilan provisoire au 22 juillet fait état de 7 300 morts et mortes liées aux fortes chaleurs de cet été en France. Dans le monde ce sont près de 500 000 morts et mortes par an qui sont dues à la chaleur d’après l’OMS, un chiffre qui a augmenté d’au moins 85 % ces vingt dernières années [1]. L’élévation des températures favorise la production d’ozone et les feux de forêts celle de particules fines. Cette pollution atmosphérique contribue à l’augmentation des maladies respiratoires ou cardio-vasculaires. Les fortes chaleurs peuvent aussi créer nausées, maux de tête, crampes, difficultés de concentration, etc. Une étude de l’ONU constate également que pendant une vague de chaleur les féminicides augmentent de 28 % [2]. 220 000 personnes ont été évacuées prés de Bordeaux suite aux feux de forêts.
Mégafeux
Il y a un premier constat évident sur la gestion des feux par l’État et qui occupe l’espace médiatique : la France dispose uniquement de 12 canadairs, ce qui est largement insuffisant. C’est d’ailleurs pour ça que les pompiers et pompières appellent à une journée de mobilisation le 29 septembre pour demander davantage de moyens après n’avoir obtenu « aucune réponse concrète » suite à leur entrevue le 13 août avec le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez. Bien qu’il aille de soit qu’il faille développer le « complexe industriel du feu », il ne reste qu’un palliatif limité face à un problème plus profond. En effet, en 2018, le mégafeu Camp Fire en Californie a pu être maîtrisé uniquement grâce à l’arrivée de fortes pluies, malgré des équipements de pointe et des pompiers et pompières réputées être parmi les plus aguerries de la planète. Comme le rappelle la philosophe Joëlle Zask dans Reporterre : « On n’arrive pas à arrêter un mégafeu [...] ils meurent de causes naturelles » [3].
Il faut donc chercher une cause plus profonde à ces mégafeux. Outre, évidemment, le réchauffement climatique, il faut regarder les facteurs de risque d’incendie : proximité des forêts avec des zones urbanisées, homogénéité des espèces, manque d’animaux débroussailleurs, etc. En France, la moitié des forêts privées sont monospécifiques, c’est à dire composées d’une seule et unique espèce d’arbre dominante. Le hic ? 75 % des forêts françaises sont privées, l’un des plus gros taux en Europe. Lorsque la forêt devient une réserve de bois dont il faut extraire un maximum de plus-value, elle cesse d’être un écosystème complexe, fruit d’une multitude d’interactions. L’utilisation de l’espace doit être optimisé pour accueillir un maximum d’arbres, préférablement avec une pousse rapide, comme le pin maritime, réputé très inflammable. On voit bien comment ce mode de gestion des forêts rentre en contradiction avec des pratiques préventives du feu : pratiquer des brûlages dirigés, faire des interruptions dans le couvert, etc.
Forêts privées, privés de forêts
Cette exploitation des forêts est évidemment poussées par l’État. Depuis 2018 les travailleur et travailleuses de l’Office national des forêts (ONF) se mobilisent contre l’industrialisation des forêts, la suppression de postes, le recourt accrus aux contractuelles et l’accroît des coupes de bois imposées par l’État. Plusieurs marches ont alors été organisées sur plusieurs centaines de kilomètres, rassemblant employées de l’ONF et riveraines pour déboucher sur un manifeste contre la marchandisation des forêts co-signé par plusieurs organisations syndicales et associatives [4].
Le constat est très similaire pour les canicules. Quand bien même ils y ont échoué jusqu’à présent, la bourgeoisie et l’État nous offrent une solution clé en main : la climatisation. C’est ainsi qu’on a pu assister cet été à l’éloge médiatique de l’entreprise ClimLoc, qui a eu la glorieuse idée de monopoliser les réserves de climatisations pour les louer à des prix exorbitants, bravo à eux ! Mais des clims pour qui ? Le 27 juin, à la suite de l’annulation de dernière minute de la Pride parisienne, plusieurs collectifs ont investi la Samaritaine pour y dénoncer le capitalisme climatisé. Les centres commerciaux étant parfaitement équipés alors que les EHPAD et hôpitaux en manquent cruellement. Il faut également évoquer les lieux où la climatisation n’est pas possible comme les travaux en extérieur (BTP, agriculture...).
Techno-solutionnisme
Il ne s’agit pas de dire qu’il ne faut rien climatiser, mais de critiquer plus largement le techno-solutionnisme qui consiste à dire qu’il suffirait d’élargir le complexe industriel – celui-là même responsable du réchauffement climatique – pour produire plus de clims, qui répondront plus à des besoins marchands que sociétaux. Le néolibéralisme est incapable de penser d’autres solutions. Il y a pourtant des solutions palliatives moins évoquées : isolation des bâtiments, végétalisation des agglomérations, réduction de la place de l’automobile, etc.
Parce qu’il y a un éléphant dans la pièce, que ce soit pour les feux de forêts comme pour les canicules : c’est celui du réchauffement climatique. Sauf dans les franges les plus réactionnaires, il n’y a plus besoin de rappeler que ce réchauffement est d’origine humaine. Cependant, il est encore nécessaire de convaincre de son lien avec le capitalisme. Pourtant la démonstration est simple : le capitalisme cherche perpétuellement à s’accroître, or il n’y a pas de croissance infinie dans une monde fini. Un changement radical du mode de production est donc nécessaire pour endiguer le réchauffement climatique.
Alors que faire ? Quand on voit qu’il y a près de 19 000 morts par an dans le monde liées à la chaleur au travail [5], le syndicat a un rôle essentiel à jouer dans cette période. Les conditions de travail en période de canicule sont insupportables : des locaux inadaptés aux fortes chaleurs, le travail en extérieur, les trajets domicile-travail complexifiés, etc. Il existe déjà quelques outils à notre disposition : le décret chaleur de 2025, le danger grave et imminent, le droit de retrait, la DUERP [6]. Mais cela reste des outils limités dans leur portée. Par exemple, le décret chaleur permet des aménagements des horaires de travail, seulement en cas de non respect de ses obligations. L’employeur a 8 jours pour se mettre en conformité, soit la durée d’une vague de chaleur.
Il s’agit alors de faire le lien entre la dégradation des conditions de travail et le réchauffement climatique pour élaborer collectivement des revendications : réduction du temps de travail, télétravail, pauses régulières. Cette élaboration collective ouvre également la porte à des remises en question plus profondes de l’utilité sociale du sujet de la production. C’est ainsi qu’en 2021, la fermeture de l’usine d’essieux de voiture GKN à Florence a permis une forte mobilisation des travailleurs et travailleuses soutenue par une mobilisation locale. Cette mobilisation aboutira à un projet de réindustrialisation autour du recyclage de panneaux solaires et de production de vélos cargos.
Au delà des promesses techno-solutionnistes de la bourgeoisie, le véritable échappatoire à la crise climatique c’est l’auto-organisation des premiers et des premières concernées. Et ça, il faut le construire !
Rémi (UCL Paris)





