Antifascisme

Répression : Interdire « Antifa », le fantasme fasciste




Interdire « Antifa ». Voilà la nouvelle lubie des gouvernements réactionnaires de tous les pays. Ces efforts ce sont intensifiés récemment aux États-Unis avec la signature fin septembre d’un décret présidentiel par Donald Trump désignant « Antifa » comme une organisation terroriste.

Peu importe qu’une telle organisation n’existe pas en tant que telle, ou que la loi américaine ne permette pas de désigner de terrorisme intérieur. L’important est l’effet d’annonce, de frapper fort, et surtout de garder les définitions les plus vagues possibles pour attaquer tout type d’opposantes. Il ne faut pas se tromper, aussi ridicule que puisse paraitre l’idée de désigner comme terroriste une organisation qui n’existe pas en soi, la moindre opposition au gouvernement pourra vite être qualifiée d’Antifa, et donc punie par l’arsenal répressif.

C’est cet exemple que les gouvernements réactionnaires dans le reste du monde, et particulièrement en Europe, suivent désormais. On ne sera pas surpris de voir la Hongrie d’Orban emboîter le pas aux États-Unis seulement 4 jours après et inscrire l’« idéologie ­antifa » sur une liste d’organisations terroristes (sic). Cela peut entre autres entraîner des sanctions financières, des expulsions du territoire ou des interdictions d’y rentrer. Ce n’est pas le premier coup d’essai de la Hongrie qui a par le passé condamné plusieurs militantes et militants antifa, dont la députée européenne Ilaria Salis qui a finalement vu son immunité parlementaire maintenue d’une seule voix le 7 octobre 2025. D’autres n’ont pas eu cette chance et continuent d’être dans les prisons hongroises.

Dans le même temps, en ­Belgique le président d’un des plus grands parti de droite, le Mouvement réformateur (MR), a appelé à la dissolution du mouvement antifa, désigné comme « le plus grand danger pour notre démocratie ». Un projet de loi déposé par le ministre de l’Intérieur, MR lui aussi, pour interdire et dissoudre les mouvements radicaux devra être étudié prochainement. Aux Pays-Bas une motion non contraignante a été votée par le parlement à l’initiative de Geert Wilders, leader de l’extrême droite, pour interdire et dissoudre « Antifa ».

Dans la foulée, un député européen d’extrême droite belge a déposée une proposition au Parlement européen pour classer « Antifa » comme une organisation terroriste. La France elle-même n’est pas en reste puisqu’elle a dissout l’organisation antifasciste la Jeune ­Garde en juin 2025. Toutes ces mesures se justifient en invoquant la « violence » déployée par les mouvements antifa, dans le but de les discréditer et de faire accepter aux populations le renforcement de leur répression. Cet argument ne tient pas puisque de nombreux groupuscules d’extrême droite faisant preuve d’une violence accrue ne sont pas inquiétés. Ce n’est que parce que l’antifascisme s’oppose aux réactionnaires, aux autoritaires et aux fascistes qu’il est désigné comme l’ennemi.

Bien que le tueur de Charlie Kirk n’ait aucun lien avec le mouvement antifa, Donald Trump a signé un décret le 22 septembre 2025 inscrivant le mouvement « Antifa » sur la liste des organisations terroristes.
Gage Skidmore

Ces diverses dissolutions, interdictions ou mises sur listes antiterroristes pourraient ne pas ­toutes aboutir légalement, mais il est certain que la répression des mouvements antifascistes va continuer. En désignant « Antifa » comme une entité et en y attachant tous type de revendications (féminisme, antiracisme, LGBTI, anticapitalisme...) il est facile de qualifier tout et n’importe quoi d’antifa, et donc de considérer ces revendications comme terroristes elles aussi.

Cette répression de l’antifascisme va de pair avec les mouvements de répression de la transidentité. Si évidemment les mécanismes ont leurs différences, la diabolisation des deux s’accompagne d’une accusation de déviance par rapport aux valeurs conservatrices et fascistes.

Ainsi, pouvoir accuser tout opposant et opposante de terroriste aura évidemment des impacts médiatiques, étouffant tous les discours antifascistes, mais surtout cela permettra de punir les militants et militantes les plus diverses avec des procédures judiciaires accélérées et des peines encore plus lourdes. Tout soupçon de complicité sera lui aussi potentiellement puni, et touchera des organisations plus modérées mais qui auront des revendications incluses dans le fourre-tout flou de ce qu’est « Antifa ». Il s’agit donc d’une offensive globale, en partie coordonnée, et qui va sûrement se multiplier partout dans le monde pour renforcer les pouvoirs de l’État et rogner petit à petit sur les libertés fondamentales. Il est impératif pour le mouvement antifasciste de prendre au sérieux cette menace et de s’y préparer. 

Bart Everson

Comme nous aimerions que le mouvement antifasciste soit aussi puissant en réalité que dans la tête des réactionnaires. Une organisation tentaculaire avec beaucoup de moyens qui aurait un potentiel disruptif important, jusqu’à menacer l’existence même des gouvernements selon les justifications de certains et certaines. Mais nous le savons, le, ou plutôt les, mouvements antifascistes sont protéiformes, plus ou moins organisés et malheureusement en recul. Si, la répression va rendre de plus en plus difficile l’organisation de luttes antifascistes, il ne faut cependant pas désespérer. S’il ne faut rien attendre de la lutte antifasciste dans les tribunaux ou dans les Parlements, il faut continuer le travail, dans nos organisations, nos contre-pouvoirs et dans tous nos territoires. Il est impératif de « battre le fascisme partout » comme l’appelle l’UCL dans une de ses motions de congrès de 2025.

Cela passe d’abord par un renforcement de nos moyens de protection, qu’ils soient politiques, juridiques, informatiques ou autres, comme le mentionne notre organisation sœur aux États Unis Black Rose/Rosa Negra dans l’entretien publié en page 9 de ce journal [1]. Mais, il est aussi impératif de continuer à se mobiliser. C’est ainsi que le mouvement antifa pourra grandir et résister à ces attaques. Dans tous les pays où il a été interdit, les mouvements antifa ne disparaissent pas. Ils doivent simplement s’adapter. Renforcer la solidarité et la coordination entre les organisations et collectifs, localement mais aussi internationalement est crucial. L’ennemi s’organise, à notre tour de continuer à faire de même.

Sano (UCL Marseille)

 
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