Syndicalisme

Répression syndicale : Solidarité avec Walter de la CNT-SO




Depuis quelques jours, la CNT-SO a relancé une dynamique de soutien pour Walter, travailleur réprimé pour sa mobilisation syndicale [2]. La justice l’a contraint récemment à verser 12 550 euros de dommages et intérêts à un policier. La condamnation remonte à 2019 dans le cadre d’une grève de la sous-traitance hôtelière. Nous nous sommes entretenues avec Walter, qui revient sur cette lutte devenue emblématique en ce qu’elle illustre les nombreuses difficultés auxquelles nous devons toutes et tous faire face en tant que syndicalistes.

Peux-tu nous en dire plus sur ce conflit social ?

Walter : En avril 2019, une douzaine de femmes de chambre de l’hôtel NH Connection de ­Marseille a décidé de se mettre en ­grève. Ce secteur est un des plus difficiles, les salariées ont peu de poids. Ce sont des femmes jeunes, souvent arrivées récemment en France. Au NH, elles étaient principalement originaires du Cap Vert. Elles étaient en réalité employées par un sous-traitant : Elior. Notre local n’était pas loin et elles sont venues nous voir pour chercher de l’aide. Les revendications se sont organisées autour d’une prime de panier et de transport, ainsi que du paiement effectif de toutes les heures effectuées. Leur direction leur demandait de faire trop de chambres en trop peu de temps et le dépassement horaire n’était pas payé.

Comment la grève s’est-elle organisée ?

Onze femmes de chambre sur quinze ont cessé le travail et ont organisé et tenu un piquet journalier devant l’hôtel. Et chaque jour la police est venue pour mettre la pression... Alors même que la justice avait autorisé le piquet car il ne bloquait pas l’accès à l’hôtel.

Le directeur de l’hôtel ne voulait pas prendre position et renvoyait les grévistes vers le sous-traitant Elior. Nous sommes même parties en délégation, avec quatre grévistes et une juriste, à Madrid au siège de NH. Nous n’avons pas été reçues. Nous avons eu le soutien de la CGT espagnole et nous avons rencontré des députés Podemos au Parlement. Sans succès.

Quant à Elior, le véritable employeur, il a toujours refusé de discuter avec le syndicat car il ne reconnaissait pas la CNT-SO. Il a reçu deux fois les grévistes mais n’a pas accepté de négocier.

Quels soutiens à la grève ont été faits et comment étais-tu impliqué dans le mouvement  ?

La grève s’établissait dans la durée et il a fallu mettre en place une caisse de grève. Elle a très bien marché. Avec le soutien de nombreuses associations, partis et syndicats, on a récolté 50 000 euros qui nous ont permis de verser 1 000 euros par mois et par gréviste. Mais au-delà de l’argent, sans fiche de paye, les grévistes commençaient à avoir des problèmes de papiers et de logement.

Pour ma part, j’étais chauffeur mécanicien poids lourds à Vitrolles à l’époque. Je militais à la CNT-SO et je venais les soutenir sur le piquet tous les samedis à Marseille. 

Venons-en aux événements qui t’ont valu cette condamnation.

Nous sommes le samedi 9 juin 2019. Grand soleil et ambiance familiale sur le piquet. Mon fils est d’ailleurs avec moi. Comme souvent, une voiture de police arrive. Un policier attrape une des grévistes par le bras et dit vouloir l’emmener en garde à vue. Il ne répond pas à nos demandes d’explications. Nous nous interposons. Des renforts arrivent et poussent les grévistes. La tension monte. Le premier policier, qui s’avère être le chef, prend une autre gréviste par le cou. Elle se dégage, s’éloigne et le policier lui court après. Moi je les suis, talonné par une autre policière que je ne vois pas à ce moment. Il semble que dans ma course je touche la policière. Elle sort alors une gazeuse et arrose tout le monde de lacrymo. Y compris ses collègues. On ne peut plus rien voir ni respirer. Tout le monde se met à crier et à pleurer.

Le chef de la police embarque la gréviste dans la voiture. Je veux l’aider en lui donnant de l’eau mais les policiers se mettent à quatre sur moi. Je lève les bras pour calmer le jeu mais ils me mettent au sol et m’immobilisent avec un genou sur la poitrine et me passent les menottes. Je ne peux plus respirer. Les policiers me relèvent mais comme j’ai des difficultés, ils considèrent que je résiste. Nous sommes quatre à être embarquées dans deux voitures de police. Deux grévistes, moi-même et… la camarade juriste de la CNT-SO enceinte de sept mois 

Au commissariat, je peine à sortir de la Clio et ils me prennent à quatre, m’amènent à l’étage et en profitent pour me menacer et me tabasser dans l’escalier. Ils nous enferment et nous passons vingt-quatre heures en garde à vue, dans une cellule glaciale. La camarade enceinte a dû être amenée à l’hôpital. 

On sent que c’est difficile pour toi de raconter cette histoire. D’autant plus que les condamnations ont suivi ?

Oui j’ai encore du mal à reparler de ça. Quand je suis sorti du commissariat je ne pouvais presque plus marcher. Un ami est venu me chercher et m’a amené chez le médecin qui a constaté les violences et m’a donné quinze jours d’arrêt. Lorsque nous sommes passées en jugement, les deux grévistes ont été condamnées à 300 euros pour des jets de farine sur une vitrine. Mais moi, les policiers m’ont chargé et m’ont accusé de violences. J’ai été condamné à six mois de prison avec sursis, 3 000 euros d’amende et 12 550 euros de dommages et intérêt pour un des policiers ainsi que le paiement de ses frais d’avocats. Le sursis est resté au dessus de ma tête durant cinq ans. La justice a exigé le paiement maintenant. 

Comment s’est terminé le conflit  ?

J’ai continué à participer a la grève malgré le sursis, alors que ça a été chaud parfois. Je devais faire attention. La grève a duré six mois en tout et s’est terminée sur un échec. Mais, quelques temps plus tard, NH a mis fin au contrat de Elior et a choisi un autre sous-traitant, qui a repris les grévistes et a satisfait leurs revendications. On peut penser que la direction de l’hôtel a pris ses responsabilités. À la même époque, il y a eu une dizaine d’autres conflits dans la sous-traitance hôtelière à Marseille. Des conflits victorieux. La lutte emblématique de l’hôtel NH Connection a favorisé le démarrage de ces autres luttes qui ont sûrement bénéficié de cette hausse du rapport de force  !

Propos recueillis par Benjamin (UCL Marseille)

 
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