Antipatriarcat

Réseaux sociaux : Une zone de non-droit pour les femmes et les personnes LGBTI ?




Les réseaux sociaux ont longtemps servi de tremplin pour les communautés LGBTI. Aujourd’hui, avec l’assouplissement de la modération depuis l’arrivée de Trump, ces espaces se transforment en terrains propices aux discours haineux, incitant certains et certaines à migrer vers des plateformes alternatives...

Les réseaux sociaux ont toujours été un outil essentiel pour les personnes LGBTI, en particulier les jeunes. Malgré les violences et la haine qu’ils y subissent, ces communautés, aux côtés des mouvements féministes, ont su s’affirmer sur ces espaces numériques pour en faire des lieux de visibilisation, de solidarité et d’auto-organisation. Mais depuis l’arrivée de Trump à la présidence étasunienne, les réseaux adoptent des politiques de plus en plus permissives vis-à-vis des discours les plus nauséabonds au nom de la liberté d’expression. Serait-ce un tournant ?

Ne nous trompons pas, ces espaces n’ont jamais été favorables à notre camp, pas à l’aune du capitalisme de surveillance qui constitue leur modèle économique. Si les LGBTI ont pu disposer d’une telle scène sous le regard complaisant des patrons du numérique et de leurs actionnaires, c’est bien au nom de la seule logique du profit.

Les capitalistes qui possèdent ces réseaux, comme Musk ou ­Zuckerberg, touchent leurs rentes grâce aux publicités qui pullulent sur leurs plateformes et qui sont ciblées en fonction du profilage de l’internaute. Leur cible publicitaire de choix a un temps été les femmes et les personnes LGBTI, à grand coup de pinkwashing – procédé marketing utilisé par l’État ou les institutions pour se donner une image progressiste concernant les droits LGBTI – et de politiques d’inclusivité en entreprise, mais les patrons du numérique multiplient désormais les appels du pied à l’extrême droite.

Une fascisation organisée

Sur Musk (propriétaire de X, ex-Twitter), nul besoin de rappeler son implication aux côtés de Trump dont il est aujourd’hui ministre, ou de l’AfD [1] Allemande. Dans un effort de « protéger les femmes contre l’extrémisme idéologique du genre et de restaurer la vérité biologique » [2], et « d’éloigner les hommes de sports féminin » [3], le premier a signé dès son investiture une série de décrets transphobes. Quant aux fascistes allemands, leur ligne anti-LGBTI est claire, avec la volonté d’interdire l’accès aux soins des mineurs trans.

Mais Zuckerbeg n’est pas en ­reste. Depuis qu’il manifeste ouvertement son soutien à la nouvelle présidence étasunienne, le grand patron de Meta (Facebook, Instagram) a mis fin à sa politique de diversité et d’équité dans son recrutement. Arguant les bienfaits de «  l’énergie masculine  » que la société aurait cherché à refouler, il revendique ouvertement une culture de l’agressivité et ses mérites  [4].

Depuis le rachat de Twitter par Elon Musk en octobre 2022, les règles de modération sur les réseaux sociaux se sont effondrées. Peu après cette acquisition, des comptes de journalistes, de militant et militantes antifascistes ont été suspendus voire supprimés tandis que des comptes affiliés à l’extrême droite restaient eux bien actifs et visibles. Plus aberrant encore, un sondage en ligne en novembre 2022 permet le rétablissement du compte de Donald Trump, pourtant banni depuis janvier 2021 suite à l’assaut du Capitole.

Introduites dès l’acquisition de Twitter par Musk, les Community Notes, censées responsabiliser les utilisateurs et utilisatrices face à la désinformation, ont rapidement été détournées pour amplifier des discours réactionnaires et permettre une large diffusion des contre-vérités les plus nauséabondes. « Malades mentaux », « détraqués »… Des termes qui étaient jusqu’à maintenant bannis et régulés par les politiques de modération ne le sont plus lorsque spécifiquement employés à l’encontre des personnes LGBTI. Meta et X ouvrent les vannes à un déferlement de haine à l’encontre de ces personnes, incitant beaucoup d’entre elles à réduire leur présence en ligne pour éviter d’être ciblées.

Partir ou rester ?

Face à la dégradation de la sécurité en ligne, la question se pose  : partir, pour se protéger et affirmer une position contestataire ? Ou alors rester, car au delà des bots, des trolls et des algorithmes défavorables à notre camp social, on peut réussir à atteindre certaines personnes ?

Certes, des alternatives existent. Bluesky, par exemple, a rapidement été investi par les communautés LGBTI, mais dont la ligne de modération proche de Twitter avant son rachat pourrait mener à terme aux mêmes dérives. Il existe également d’autres alternatives qui ne dépendent pas des capitalistes : réseaux décentralisés où la modération est assurée par ses membres (Mastodon, Fédivers), forums auto-hébergés tenus par nos communautés… Mais ces alternatives ne permettent, pour le moment, que de rester entre personnes sensibilisées et convaincues. Si cela donne du temps pour souffler et se regrouper, est-ce bien ce qu’on attend d’un réseau social ?

Les estimations du nombre ­d’utilisateurs et d’utilisatrices mensuelles de X varient, mais en s’en tenant aux chiffres officiels de la plateforme, le constat est sans appel : ce nombre dans l’UE est passé en moyenne de 111,4 millions au cours des six mois précédant janvier 2024 à 106 millions au cours des six mois précédant juillet, marquant une baisse considérable  [5].

Cette vague de départ s’est amplifiée avec l’entrée en fonction de Trump, à travers des initiatives comme HelloQuitteX  [6]. Cette campagne coordonnée a rassemblé de nombreuses organisations de notre camp social, des médias, des associations et des individus, facilitant la migration vers d’autres plateformes, en particulier Bluesky et Mastodon. En ce sens, les retombées ont été significatives : par exemple, en France, Mastodon a connu un afflux notable d’utilisateurs et d’utilisatrices, notamment sur l’instance francophone Piaille.fr  [7]. Ainsi, la réussite de ce mouvement ne se limite pas à un simple exode de X, il représente aussi une diversification des espaces d’échange et une réappropriation des dynamiques communautaires.

L’UCL, de son côté, est aujourd’hui toujours présente sur l’ensemble des réseaux dominés par X et Meta, ainsi que sur Mastodon. Récemment, nous avons également étendu notre présence à Bluesky, adaptant ainsi notre stratégie de communication numérique aux mutations actuelles du paysage social.

Internet est un terrain de lutte où se joue la bataille des opinions, et nous ne possédons pas les moyens de diffusions. En investissant les solutions alternatives, nous créons des espaces plus sûrs et inclusifs pour celles et ceux qui en ont le plus besoin. Et si notre combat se complexifie en ligne, n’oublions pas que c’est bien sur le terrain des luttes sociales que nous devons concentrer nos efforts. Car c’est bien dans la rue, au travail et dans notre vie quotidienne, que nous devons agir pour la faire, cette révolution.

Lysandre et Hugo (Commission communication de l’UCL)

[1Alternative for Deutschland, parti allemand d’extrême droite.

 
☰ Accès rapide
Retour en haut