Rétrospective 2024 : Une année décomplexée pour l’extrême-droite

Décembre 2023, la loi « Asile et Immigration », dite loi Darmanin, est votée à l’Assemblée avec 349 voix pour (aux voix de la majorité se joignent celles de LR et du RN) et 186 voix contre, sur 573 votants [9]. Cette loi, l’une des plus répressives de ces quarante dernières années et qui n’est qu’autre qu’un condensé des mesures du programme présidentiel du RN [10], annonce une année particulièrement bénéfique pour les mouvements d’extrême droite en France. Retour sur douze mois d’une montée décomplexée des idées réactionnaires.
De la part du gouvernement tout d’abord après l’abjecte loi Darmanin, c’est le droit du sol à Mayotte qui est dans le collimateur du ministre de l’Intérieur, reprenant là une mesure fétiche de l’extrême droite [3]. Les luttes contre les violences sexistes et sexuelles, « grande cause nationale » du premier quinquennat de Macron, sont également piétinées : l’heure est au « réarmement démographique », pour la plus grande joie des réactionnaires de tous bords et notamment de la floppée de ministres anciens soutiens de la Manif pour tous.
Au parlement
En mars, c’est un rapport de 370 pages sur la « transidentification des mineurs » qui est présenté par la sénatrice LR Jacqueline Eustache-Brinio, connue pour son islamophobie décomplexée et opposée à la constitutionnalisation de l’IVG. Elle dépose également une proposition de loi au Sénat pour interdire l’accès aux soins aux personnes trans de moins de 18 ans. Dans la foulée, le RN en dépose une similaire à l’Assemblée nationale en avril. Le rapport de la sénatrice LR émane en réalité de l’Observatoire de la Petite Sirène, une organisation opposée aux droits des personnes trans, et énonce quinze « préconisations », dont l’abrogation de la circulaire Blanquer, la binarité de genre sur les formulaires, ou la « protection » des toilettes.
La proposition de loi étudiée au Sénat en mai reprend l’interdiction de la prescription de traitements hormonaux avant 18 ans et la limitation de l’accès aux bloqueurs de puberté [4]. Mais le point d’orgue de cette année fut sans conteste les élections européennes de juin et le gouvernement des droites qui en a découlé laborieusement après une « trêve olympique » de près de deux mois.
Dans les facs
Les idées d’extrême droite trouvent également un écho dans les universités, par le biais de deux « syndicats étudiants », l’UNI et la Cocarde étudiante. Lors des élections Crous en février, la Cocarde étudiante, créé en 2015, a pu présenter des listes dans la moitié des Crous. Ce « syndicat » étudiant revendique notamment la priorité nationale dans l’attribution des logements Crous, s’inscrivant dans la droite ligne du RN et de Reconquête ! Si la Cocarde étudiante n’a recueilli que peu de voix et donc aucun siège, l’UNI a quant à elle réussi à conserver 11 sièges. Outre les périodes électorales, l’extrême droite s’impose physiquement dans les facs, s’en prenant régulièrement, entre autres, aux militantes de Solidaires étudiant-e-s [5].
Dans les médias
Ces dernières années, nous assistons à l’extension des idées d’extrême droite dans toute la société, au sein même des médias mainstream. Et l’on a également vu une concentration entre les mains du milliardaire Vincent Bolloré qui ouvre largement les tribunes de ses médias – entre autres CNews, C8, le JDD – à Éric Zemmour. Dernier coup d’éclat en date : la biographie de Jordan Bardella, sortie début novembre chez Fayard, filiale du groupe Hachette racheté par Bolloré en 2023 [6].
Ce sont ces mêmes médias qui se délectent de faits divers dramatiques : les morts de Lola, Thomas ou encore Philippine sont montés en épingle par l’extrême droite avec cette presse nauséabonde [7].
Dans la rue
Portés par l’hégémonie médiatique, les groupes fascistes de rue ont maintenu leurs agressions récurrentes contre les membres du mouvement social et les personnes minorisées.
Si l’échec tactique de novembre 2023 à Romans-sur-Isère, à la suite du meurtre de Thomas, a ralentit leurs volontés de démonstrations de force, peu de semaines se sont passées en 2024 sans une dégradation de local, une agression raciste, une provocation fasciste sur le territoire... même si, heureusement, ils trouvent bien souvent en face d’eux les organisations et collectifs antifascistes.
Ne baissons pas les bras, continuons le combat
Lutter contre l’extrême droite et ses idées nauséabondes est un travail de chaque instant, dans nos syndicats, dans des collectifs (notamment VISA, Vigilance et initiatives syndicales antifascistes), dans notre presse militante et partout où l’on vit.
La lutte paye : citons la réussite de la manifestation unitaire antifasciste à Saint-Brieuc en avril et du village antifasciste à Paris en mai, en marge d’une manifestation de l’extrême droite. Ou encore la belle mobilisation unitaire du 5 octobre à Concarneau pour « Désarmer Bolloré » réunissant, malgré une météo incertaine, près d’un demi-millier de personnes. Nous pouvons également nous réjouir collectivement de la fermeture de la librairie « conservatrice et indépendante » Les Deux Cités à Nancy après quatre ans d’existence [8]. De nouveaux combats nous attendent, soyons prêtes à les mener ensemble dans les mois à venir.
Commission antifascisme de l’UCL
Bibliographie
Voici une petite sélection de quelques ouvrages, à lire, à s’offrir et à faire circuler.
- Grégory Chambat, Quand l’extrême droite rêve de faire école. Une bataille culturelle et sociale, Éditions du Croquant, 2023, 130 pages, 10 euros.
- Sébastien Fontenelle, Macron et l’extrême droite, du rempart au boulevard, Massot/Blast, 2023, 120 pages, 15,90 euros.
- Stéphane François, La Nouvelle Droite et le nazisme, une histoire sans fin, Le Bord de l’eau, 2023, 180 pages, 18 euros.
- Félicien Faury, Des électeurs ordinaires. Enquête sur la normalisation de l’extrême droite, Seuil, 2024, 240 pages, 21,50 euros.
- Safia Dahani, Estelle Delaine, Félicien Faury et Guillaume Letourneur (dir.), Sociologie politique du Rassemblement national,Enquêtes de terrain, Presses universitaires du Septentrion, 2023, 326 pages, 25 euros.





