STMicroelectronics : Les CRS délocalisent une usine

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Le 10 juin dernier, les gardes-mobiles et les CRS sont intervenus violemment à l’usine STMicroelectronics à Rennes en chargeant et en tirant des grenades lacrymogènes contre plusieurs dizaines de salarié(e)s qui organisaient un blocus de l’établissement. Ces derniers entendaient empêcher le déménagement de l’équipement présent sur place.

Officiellement, STMicroelectronics Rennes a fermé ses portes le 10 mai, mais la bagarre des STMicro dure depuis presque un an. En septembre 2003, la direction de ce fabricant de semi-conducteurs avait annoncé la fermeture de son site breton - employant alors 600 personnes dont 150 intérimaires - pour délocaliser sa production de cartes à puces à Singapour. Il faut savoir que STM est un groupe franco-italien dont l’État français est actionnaire à hauteur de 16,3 %. Il a dégagé en 2003 un bénéfice net de 213 millions d’euros sur un chiffre d’affaires de 6,09 milliards. Son activité a encore connu une progression de plus de 25 % sur le premier trimestre 2004. STM a notamment reçu en 2002 avec l’américain Motorola et le néerlandais Philips 543 millions d’euros d’aides publiques pour son site de Crolles dans l’Isère. Et les salarié(e)s rennais(es) soulignent que sur leur site des équipements ont également été financés sur fonds publics.

Lutter contre cette « barbarie sociale »

Pour rompre leur isolement, les salarié(e)s de STM en Ille-et-Vilaine ont organisé le 17 avril dernier une rencontre avec d’autres boîtes en lutte sur la base d’un appel - dit appel de Rennes. Pour dire que « les licenciements que subissent les salariés de ce pays ne sont pas inéluctables » et les déclarer « socialement inacceptables ». Pour « refuser ce fatalisme qui consiste à dire et à tenter de nous faire croire que l’on ne peut rien faire contre les plans sociaux ». Ils invitaient tous ceux qui étaient dans leurs cas "à fédérer les expériences et à jeter les bases d’un grand mouvement contre cette barbarie sociale".

Une quinzaine de délégations et représentants d’usines ou d’établissements confrontés à des plans sociaux ou déjà engagés dans des procédures de licenciement ont répondu présents parmi lesquels les SKF Thomery, en Seine-et-Marne, ou les Lu-Danone de Ris-Orangis, qui, comme STM, appartiennent à des groupes qui font des profits mais qui ferment tel ou tel site pour atteindre le niveau de rentabilité exigée par les actionnaires. Lors de la première partie de la journée, consacrée aux témoignages, le problème de la sous-traitance a été largement évoqué à travers les pratiques d’Alstom Saint-Nazaire. Les représentants de BMA Menuiserie ont évoqué la situation dramatique qui en découle : près de 8 000 salarié(e)s dans la sous-traitance de la construction navale risquent de se retrouver sans travail faute de bateau en construction. Deux cas qui relèvent du cynisme intégral dans l’utilisation des fonds publics ont également été cités. Celui d’Euromoteur à Caen. Lors de la cession de Moulinex à Seb, cette dernière s’était engagée à acheter des moteurs à l’usine caennaise ; Seb a empoché les aides publiques et profitant de la faiblesse du dollar et a choisi de faire ses achats ailleurs. Sans qu’il ne lui soit rien reproché. L’autre cas est celui d’Alstom Saint-Malo qui a touché des fonds européens et a veillé ensuite à ce qu’aucune autre activité de construction navale ne s’implante sur le site. Au final, le principe d’une coordination contre les licenciements a été évoqué.

Le social avant le marché

Quel bilan politique tirer de cette journée ? Effectivement le principe d’une coordination est une bonne chose. Il est utile de se regrouper pour peser. Mais cela ne suffit pas : sans relais interprofessionnels, une telle démarche est vouée à l’échec. Et on sent bien que c’est là que le bât blesse dans l’expérience tentée par les STMicros. Ensuite, le mot d’ordre d’interdiction des licenciements de profitabilité qui est revenu plusieurs fois dans la discussion - campagne électorale oblige - pose sans doute plus de problèmes qu’il n’en résout. Il ne prend en compte qu’une partie de la réalité. Il est en effet nécessaire de lutter contre le fatalisme et la prétendue rationalité du marché. Le moteur est bien la recherche du profit en soi, pour exister.

Comme l’a signalé le représentant de l’Union groupe des dix Solidaires, il faut rendre le social plus important que le marché. La réalité des licenciements économiques des groupes qui font des profits ne prend pas en compte la réalité des licenciements induits par la dictature des actionnaires, dans les entreprises sous-traitantes et les bassins d’emplois. Se limiter aux licenciements boursiers, c’est passer à côté d’une partie importante de cette réalité. Dans ce cadre, le combat interprofessionnel et la bataille idéologique contre les dogmes du marché, du profit et de la concurrence sont essentiels.

Plus anecdotique, mais révélateur de l’isolement dans lequel se sont trouvés les STM durant leur bagarre, on a senti la tentation de s’en remettre totalement à un avocat, Me Philippe Brun qui, au-delà de son rôle de conseil juridique, a visiblement une fâcheuse tendance à considérer que sa tâche est aussi de " guider " la lutte des salarié(e)s, à intervenir dans leur stratégie revendicative. Ce qui bien entendu ne saurait être le cas. Enfin, les discussions ont montré qu’un arsenal de revendications sur la traçabilité des aides publiques et des subventions est très concrètement possible et souhaitable à défendre.

Face à une économie capitaliste mondialisée, de la restructuration permanente et de la précarité galopante, il faut imposer que le coût social soit supporté par les entreprises, dans une logique de mutualisation et non par les salarié(e)s.

Pour cela, il semble impossible d’envisager les ripostes sans reposer les critiques anticapitalistes du système.

Emile et Paule

 
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