Service public : L’enseignement supérieur et la recherche à bout de souffle

Un plan sans accroc. Après presque 20 ans de réformes néolibérales, les universités sont en faillite et, sans un large plan d’urgence aussi bien financier que démocratique, elles risquent de disparaitre ou d’être privatisées.
La Loi relative aux libertés et responsabilités des universités de 2007 fut la raison d’un énorme mouvement dans les universités. En 2004, l’association Sauvons la Recherche avait permis de maigres gains pour le financement de notre système.
Malgré tout, la loi LRU a été appliquée et les dérives dénoncées se sont concrétisées. De pair avec l’augmentation du personnel contractuel et précaire, les présidences ont pris la main sur le système universitaire. Avec en ligne de mire, les classements internationaux des universités « d’excellence ».
L’université est partie pour Shangaï
Bien que très contesté par la communauté académique, les présidents et le ministère ont les yeux rivés sur le classement dit « de Shangaï ». Mais la loi LRU seule n’aura pas suffit à s’y faire une place. Les gouvernements successifs ont alors fusionné les établissements et les universités, car la place dans ces classements augmente mécaniquement avec la taille. Peu importe que cela n’impacte pas la qualité de l’enseignement ou de la recherche. Un autre levier, la généralisation du financement de la recherche par appels à projets. Les budgets se sont alors concentrés sur les universités « d’excellence ».
Le Code de l’éducation s’est pris quelques belles entailles. Le modèle d’une recherche au service du privé, soumise à la concurrence, dérégulée, qui ne se préoccupe plus des intérêts de ses personnels et des usagères et usagers, s’impose. Le budget censuré, c’était aussi le pire budget pour l’université et la recherche depuis vingt ans, avec une coupe de 550 millions d’euros ! Actuellement, 60 universités sur 75 sont en faillite.
La censure, et après ?
Dans l’immédiat, il faut imposer que le gouvernement respecte son engagement pris dans le cadre du processus de néolibéralisation, dit « de Bologne » : au moins 2% du PIB dans la recherche publique. Il faut créer massivement des postes statutaires, titulariser les contractuelles qui le souhaitent, mais aussi, comme pour le reste du service public, augmenter les salaires et les indexer sur l’inflation. Tout le contraire du gouvernement Barnier qui voulait augmenter les jours de carence ou encore supprimer la primé précarité.
De l’argent, il y en a ! Les aides étatiques vers les entreprises pour faire de la recherche privée, dite « recherche et développement », sont trop importantes et avec un contrôle trop limité (aux antipodes de ce que subit le monde universitaire). Le montant du Crédit impôt recherche dépasse le budget du CNRS ! Il faut massivement réorienter ces budgets vers l’université.
Par ailleurs il ne s’agit pas que d’un manque de moyens, mais aussi d’attaques contre le statut de fonctionnaire, d’une crise de sens en sciences de la nature, formelles ou d’ingénieurie (éco-anxiété face à des boulots qui alimentent l’industrie, font prendre l’avion, entretiennent des illusions techno-solutionnistes), de procès incessants contre l’« islamogauchisme » et le « wokisme » contre les sciences humaines et sociales, d’étudiantes fortement impactées par Parcoursup et par des perspectives d’avenir sombres, etc.
Il faut d’urgence une réforme complète du service public d’enseignement supérieur et de recherche qui réponde aux besoins réels de la population plutôt qu’à ceux fantasmés par les classes dirigeantes.
Céline, Jonathan et Léo (UCL Lyon)





