Antipatriarcat

Sixième Marche mondiale des Femmes : « Nous résistons pour vivre, nous luttons pour transformer ! »




Depuis le début du XIIe siècle, des rencontres féministes internationales sont organisées tous les cinq ans pour unir les forces et partager les luttes. Retour sur 2025, année de la sixième Marche mondiale des ­Femmes (MMF).

Débutée le 8 mars dernier à ­Boujdour (Sahara Occidental), cette sixième Marche mondiale a réuni d’emblée les mouvements féministes autour des luttes locales contre l’occupation marocaine. Mais la force du réseau international est en premier lieu celle de mettre en lien les mouvements protestataires, et de faire marcher les femmes sahraouies aux côtés des femmes palestiniennes, haïtiennes, vénézuéliennes, cubaines, pakistanaises, philippines, congolaises, ou indonésiennes pour une même souveraineté des peuples.

Cette année de mobilisation a vu les slogans féministes se répandre des quatre coins du monde, y compris depuis les territoires en guerre où les femmes n’ont pas cessé la lutte. Entre le 8 mars et le 17 octobre 2025 – soit entre les journées mondiales de lutte pour les droits des femmes et contre la pauvreté – les occasions ont été nombreuses pour échanger sur les politiques sociales en place et leurs impacts sur les conditions de vie des femmes.

Des dates clés ont regroupé les actions phares : la journée de solidarité contre les corporations transnationales le 24 avril, trois jours fin juin contre l’extractivisme dans le désert de Gobi en Mongolie, menés par les éleveuses nomades, le 3e sommet ­Nyéléni au Sri Lanka en septembre, etc. Avec la tente comme symbole de résilience face aux déplacements forcés et à l’appropriation des terres, les femmes du monde entier ont exprimé un même espoir pour l’éradication du patriarcat et du capitalisme.

Des frontières comme entraves

Mi-juin, la coordination MMF 13 Paca a accueilli l’étape européenne à Marseille. Si ces trois jours ont abrité une traditionnelle manifestation internationale, ils ont surtout été marqués par les nombreuses réflexions pour faire vivre les luttes contre les frontières.

En pleine mobilisation pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah et l’indépendance palestinienne, les débats ont été riches autour des politiques racistes plébiscitées par l’extrême droite. Ils ont permis de croiser les expériences pour mettre en exergue des inégalités qui façonnent nos luttes : les frontières, la colonisation, les circuits économiques internationaux, la guerre, ou encore la xénophobie de l’Occident.
Si la MMF est un mouvement fortement axé sur les luttes anti-militaristes et anti-impérialistes, c’est également qu’il s’agit là de revendications dominantes dans les luttes féministes non-occidentales, constituant une majorité de l’organisation. Ces militantes sont confrontées à la violence de nos États jusque dans leurs propres regroupements politiques : l’étape européenne 2025 s’est ainsi déroulée sans la présence de la coordinatrice internationale du mouvement dont le visa a été refusé par l’État français. Face à la répression et aux obstacles dressés contre nos solidarités, il est plus que jamais nécessaires que nous, féministes européennes, renforcions les luttes pour ouvrir nos frontières.

Lutter pour la paix, c’est lutter contre le capitalisme, et là encore, les femmes sont en première ligne. À défaut de pouvoir organiser l’acte de clôture de la 6e marche au Népal, les frontières étant rendues une nouvelle fois trop difficiles à franchir, une rencontre internationale pour la journée de la paix et en soutien aux combats menés dans le pays a été organisée en visio. Malgré les difficultés et l’absence alarmante des féministes européennes et états-uniennes, la préciosité des témoignages échangés est ici à souligner tant pour décentrer nos regards que pour contourner les tournants fascistes des médias français. La MMF propose là un outil essentiel pour façonner nos luttes révolutionnaires : organiser la solidarité féministe internationale pour construire une sororité sans intermédiaires où se rencontrent revendications et indignations, et où les voix des femmes retracent une autre histoire des révolutions.

Ness (UCL Marseillle)

 
☰ Accès rapide
Retour en haut