Antifascisme

Syndicat de la famille : On prend les mêmes et on recommence




Il y a douze ans, La Manif pour Tous (LMPT) défilait contre la loi Taubira dite du « mariage pour toustes » légalisant le mariage LGBT. Aujourd’hui nommée « Syndicat de la famille », elle a une nouvelle obsession : le programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle.

Les objectifs du Syndicat de la famille sont clairs : élargir son champ d’intervention pour « défendre la famille et la complémentarité des sexes » [1], en utilisant un éventail d’actions plus larges que la manifestation.

Tout comme le Front national qui n’a pas changé d’idées en se renommant Rassemblement national, le Syndicat de la famille continue de fait à diffuser les paniques morales réactionnaires de LMPT : haine du wokisme qui serait responsable de la baisse dramatique de la natalité, stigmatisation des personnes LGBT (et plus particulièrement des personnes trans) qui viendraient endoctriner les enfants, opposition à la PMA pour toustes... Rien d’étonnant, quand on sait que sa présidente, Ludovine de la Rochère, est passée par la Fondation Jérôme LeJeune, ouvertement anti-IVG, avant de créer LMPT et que son vice-président, Albéric Dumont, a défilé en 2019 contre la PMA pour toustes et est par ailleurs responsable de la sécurité d’Éric Zemmour.

L’organisation est montée au créneau, en coordination avec « Parents vigilants SOS Éducation » dès la sortie de la première version du programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars) en mars 2024.

Publié par le Conseil supérieur des programmes (CSP), ce programme a pour but d’encadrer les trois heures annuelles d’éducation à la sexualité que doivent recevoir les jeunes de l’école pré-élementaire au lycée depuis la loi de 2001 sur l’IVG et la contraception, mais peu proposées dans les faits (moins de 15% d’élèves en primaire et 20% au collège reçoivent ces cours [2]). 

Alors que ce programme a été salué par le collectif « Pour une véritable éducation à la sexualité », dont fait notamment partie le Planning familial, qui rappelle que l’éducation à la sexualité est « un des meilleurs outils de repérage de l’inceste et de prévention de toutes les violences » [3], alors que 160 000 enfants sont agressés sexuellement chaque année selon la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE), le Syndicat de la famille n’a cessé de discréditer la proposition du CSP, constituant selon Ludovine de la Rochère un « lavage de cerveaux idéologique ».

Pétition, fausses informations, rassemblements devant des rectorats, conférences (« Wokisme et Transidentité à l’école, laissons nos enfants tranquilles »), tour des médias de droite et d’extrême droite, du Figaro au JDD en passant par Boulevard Voltaire, voire colloque au Sénat avec les associations « Juristes pour l’enfance » et « Famille et liberté » (deux associations proches de LMPT), tous les moyens sont bons pour décrédibiliser le programme. Cet épisode n’est pas sans rappeler l’ABCD de l’égalité, programme d’enseignement de lutte contre le sexisme et les stéréotypes de genre, lancés par Najat Vallaud-Belkacem en 2013, puis abandonné face à la propagande médiatique d’extrême droite dénonçant la « théorie du genre », dont se félicite aujourd’hui Ludivine de la Rochère.

Zélie (UCL Le Havre)

[1Paula Pinto Gomes, «  La Manif pour tous devient le Syndicat de la famille  », La Croix, 27 mars 2023.

[2«  Éducation à la sexualité en milieu scolaire  », rapport de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche, 15 juillet 2021, p. 31.

 
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